LOUIS XIII.
geoit éternellement dans le chagrin. II ne se pouvoit fier ni à sa mere, ni à sa femme, ni àion frere (C), trois personnes qui se laissoient gouverner par des esprits brouillons 6c factieux,8c très-mal intentionnel. Ses soeurs mêmes lui étoient contraires, 6c fur tout celle qu’il avoirmariée avec le Roi d’Angleterre; car elle recevoit à bras ouverts tous les mécontens,6c forti-fioit le panchant de son mari pour les intérêts de l’Espagne. Louis XIII n’aiant pas la têteassez forte pour pouvoir régner par lui-même, 6c se laissant toûjours mener par des Favoris ,ne fournissoit que trop de prétextes aux esprits inquiets; 6c si .dans la nécessité où il se trou-voit de dépendre de ses Ministres, il ne fût pas tombé enfin sous le pouvoir du grand Cardinal
de
La
•Mothe leVaycr, Dis-cours de laProspérité,Tom. Yinses Oeu-zr§.
fto) TibèreSuc ctjfiurtCiAugusteétoit fils d? unhomme qui àt* vérité f»'iecUra contrepen-la Cuer-*f<kPeroufe,& puis tacha** filtre unf*rtj en /*-Vifr du fìlsde Pompee ,tnfin s*attachaMure ^An-toine ; maispeu après ilfit fa paixavec Jiugufte ylui cédamème fa fin1-*?e. Sueton.** Tibtrio,XV.
î'D Mé-moires deMr de kR °chefou-
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i' 2 ) Vol*.
£ Au SSIN,
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„ jour fans quelque mortification , ni gousté en fa vie la„ douceur dune joye,qui ne fut détrempée dans l’amer-„ tume du déplaisir. Je m’empefcherai bien ici de com-„ mettre la faute de celuy que les Athéniens traitèrent si,, mal, pour les avoir obliger à pleurer une seconde fois,, les infortunes de leurs alliez, en les représentant fur un„ Theatre. Et de vrai, mon imprudence feroit plus gran-„ de que la sienne, si je voulois aujourd’huy m’étendre,, fur un sujet si ennuyeux que nous feroit celuy des sou-„ cis cuisons, 8c des inquiétudes continuelles de ce Mo-„ narque. Mais tant y a que puis qu’en mourant ses der-„ nieres paroles, que les Jurisconsultes nomment sacrées,
„ 8t qui passent pour des Oracles dans des bouches moins,, véritables que la sienne, nous ont assuré que ses con-„ tentemens n’ont jamais esté purs, ni ses plaisirs exempts,, de tristesse & d’afflictions, ne pouvons-nous pas bien„ conclure que tout son bonheur, non plus que celuy„ d’Auguste, n’avoit rien d’essentiel, 8c qu’il estoit feu-„ lement de la nature de ces choses qui ne subsistent que„ dans l’opinion ". Je ne fais point de Remarques furce long Passage, quoi qu’il soit peut-être facile d’ytrouver quelque sujet de Critique: je me contenteraid’observer que l’on y voit une preuve de mon Texte laplus convaincante qui se puisse. LouïsXIII avoue qu’ila été malheureux : personne ne le pouvoit savoir aussibien que lui, 6c rien ne l’engageoit à dissimuler dans Pé-tât où il étoit. Voler dans la Remarque (£) ce que jecite de Mr. le Laboureur.
La Mothe le Vayer dit une chose qui m’engage à unpetit Suplément. Auguste , dit-il (9), eut la disgrâce delaisser four herìtier de la plus grande partie de ses biens , erpour successeur à V Empire , le fils de son ennemi mortel. Ce-la est faux (i o) : mais il est très-vrai que Louis XIII laissala Régence de son Roiaume à une personne qu’il haïssoitde tout son cœur, 8c qu’ainsi sa disgrâce fut plus fâcheu-íe que ne l’eût été celle d’Auguste. On devine aisémentpourquoi cet Auteur ne compara pas à cet égard les mal-heurs de l’Empereur Romain avec ceux du Roi de Fran-ce. La Remarque suivante nous aprendra le peu d’affec-
néanmoins°Régent S P our son épouse, qu’il déclara
(C) 11 ne se pouvoit fier nìksa mere, ni à sa femme » nia son frere.] Voici dequoi diviser cette Remarque entrois Articles.
I. II salut que pour le bien de son Roiaume, c’est-à-dire pour ôter aux esprits faétieux les moiens de cabalerdangereusement, Louis XIII donnât ordre à fa merede sortir de France : 8c il ne se porta à ces dures extré-
?P r ^ s a y oir essuie une longue fuite de brouille-ms, où 1 Autorité Roiale étoit fort mal ménagée II futnécessaire plus d’une fois de subjuguer par lésâmes lespartisans de Marie de Medicis. 1 mes les
II. Quant à fa femme, je vous renvoie aux Mémoiresde Mr. de la Rochefoucaud, J'ai sceu de Mr. de chavi-gny mesme, dit ce Duc (n), qu estant allé trouver le Royde la part de la Reyne, pour luy demander pardon de tout cequelle avoit jamais fait ; C-? mesme de ce qui luy avoit dépleudans fa conduite , le suppliant particulièrement de ne pointcroire quelle tust eu aucune fart dans ï affaire de Chalaìs , nyquelleeuft trempé dans le dessein d’espouser Monsieur, âpresque Chalaìs auroit fait mourir le Roy , il refpondit fur cela aMonsteur de Chavigny fans s’émouvoir: En l'estât où je fuisje luy dois pardonner, mais je ne la dois pas croire. Notezque le Roi s’en alloit mourir lors qu’il parla de la forte.C’est un tems où pour l’ordinaire l’on dit ce qu’on pense,& principalement par raport aux choses où le mensongene sert de rien. II faut donc conclure qu’il mourut très-persuadé que son épouse étoit complice d’une énormeconspiration, où l’on avoit résolu de se défaire de lui, 8cde la faire épouser au Duc d’Orleans son successeur. Orcomme l’affaire de Chalais s’étoit passée l’an i6z6, jugezsi ce Prince avoit vécu peu d’années dans la défiance parvaport à cette Reine, 8c dans les dégoûts d’un triste res-sentiment. II ne faut plus trouver étrange qu’elle ait étéfi long-tems stérile : les maris les plus incontinens pour-roient-ils bien fe résoudre à s’aprocher de leurs femmes ,s’ils les croioient coupables d’une si noire trahison? Ilfaut bien du tems à un Prince pour digérer ce morceau :si faut que son Confesseur revienne souvent à la char-gé (n), lors même que plusieurs années ont passé s urcette plaie. Que Louis XIII eût raison, ou qu’il n’eneût pas, c’étoit toute la même chose. Son cœur n’enlouffroit pas moins. Mr. de la Rochefoucaud dit (13)que le Roi, quand il fit cette Réponse à Morssr. de Cha-yigni, croioit que la Rguie avoit encore des liaisons avec
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( 14 ) Uê-moires dela R.oche£.tà-meme .
( 17 ) Votezfur tout ceciU TUmarauc-(Bfi).
(18) Mê-
ler Espagnols par le moìen de Madame de Chevreuse qui étoitalors à Bruxelles. II observe aussi qu’il solut faire jouermille machines, afin d’obtenir du Roi que la Reine fûtRégente; Elle croyois le Roi tres-éloigné de cette pensée, parle peu d'inclination qu’il avoit toûjours eu pour elle (14) . , ,
. .EUe er Monsteur qui avoient eu trop âe marques de l'aver-sion du Roi, e? qui le soupçonnaient presque également de lesvouloir exclure du manîment des affaires , cherchaient toutessortes de voyes pour y parvenir (15). Elle n’y feroit jamais / ,parvenue, s’il avoit falu que le Roi la lailïat pleinement 4
maîtresse; mais dans l’espérance qu’il qut de ne lui lais- & j.fer qu’une ombre d’autorité , il passa la Déclaration.
(16) Il ne pouvoit consentir a la déclarer Regente , ej? ne se (is) Là-mi-pouvoìt resoudre aussi à partager Vautorité entre elle (3 Mon- me ,pag. 4.peur. Les intelligences dont il l’avoit soupçonnée , C/ le pardonqu il venoit d-'accorder à Monsteur pour le traitté d’Espagne ,le tendent dans une irrésolution qu’il neust peut-estre pas sur-montée , st les conditions de la déclaration , que le CardinalMazarìn c?* Monsteur de Chavigny luy proposèrent, ne luyeussent fourny ï expédient qu’il Jouhaitoit pour diminuer lapuissance de la Reyne ; er pour la rendre en quelque façon dé-fendante du Conseil qu il vouloit efiablir (17).
III. Quant à son frere, tout le monde soit ses chutes moires de8c ses rechutes : on l’engageoit dans toutes sortes de com- p“ c ^íoj. cplots: il y avoit des Provinces qui se soulevoient pour i ean s,con~-lui : il avoit des intelligences en Espagne. En un mot , tenant cepuis que le Roi le croioit complice de l’affaire de Cha- quis’eftpas-lais, il ne pouvoit le regarder que de mauvais œil. Cet '? e» francsobjet le faisoit resouvenir qu’on avoit voulu lui ôter lavie, pour faire épouser sa veuve au Duc d’Orleans qui depuis l’anlui auroit succédé. Je ne soi point si la jalousie de mari -s-s jus-se mêla dans les chagrins de Louis XIII; maison assû- l l u ’ en l'an-que la Reine caressoit beaucoup le Duc d’Orleans. Voi- ’ssJésjL..ci ce que nous aprenent des Mémoires publiez l’an dm dfs'i68j(i8).„Monfieurfaisoit tous les jours fa cour auxRei- piem„ nés, qui etoient demeurées à Paris durant le Siégé de t .“ r l6ÌS„ la Rochelle; 8c c’étoit avec beaucoup de franchise , m 2 ‘ !
„ même avec la Reine régnante, avec laquelle il avoit n; .
„ toûjours été en bonne intelligence, 8c n’obfervoit pas rJtrtûiïde„ trop de cérémonie. Dès quelle vint en France elle François 1,
„ le traita de Monsieur, en parlant à lui 8c de lui, 8c a ^s mar i- Í B K„ toûjours continué. A quoi quelques-uns ont trouvé à , . Me ,_
„ redire, attendu qu’en lui écrivant elle ne le traite que moires dû„ de mon Frere. Pendant le petit voyage que le Roi Duc d’Or-„ vint soire à Paris, Monsieur ayant rencontré la Reine Mans,p. 4 r,’„ une fois qu’elle venoit de faire une Neufvaine pour„ avoir des enfans, il lui dit en raillant, Madame, vous sf^ L ' m„ venez, de solliciter vos Juges contre moi: Je consens que„ vous gagniez le procès, st le Roi a affez de crédit pour ce-,, la ”, Tel qu’on nous le représente dans ces Mémoi-res, il avoit un peu besoin de l’avis qui fut donné auDuc de Valois (19). Le même Livre nous aprend quele Roi étoit pour le moins aulîì chagrin de ce que sonfrere avoit des enfans, que de la stérilité de la Reine.
Voici les allarmes qu’on lui donna fur le mariage du Ducd’Orleans avec l’Héritiere de Montpensier. Tronson Se- le ma ‘" Scretaire du Cabinet, quelques autres serviteurs particuliers deUjahítsiedu Roi, qui regardotent seulement Vintérêt de sa personne qu'itavJtRoyale, & non celui de l'Etat, ayant representé au Roi de “fi de ce mt-quelle importance il lui étoit de marier Monsteur son Frere à l *
une riche herìtiere, alliée comme celle-là à la Maison de Gui- Madame ‘luise, qui avoit autrefois voulu envahir la Couronne ; W avec avoit depuisun tel appanage qu on lui donnait , que fa Majesté ri ayant d »nn£ beau .point d’enfans , il ne feroit plus considéré que comme un Roilanguissant, c” que toute la Cour, qui ne se conduit que far s rmv antiìt, rtintérêt, l'abandonnerait pour aller k Monsteur, comme a. un de toutes cesPrince vigoureux , qui promettoit bientôt lignée » fur laquelle craintes , p,chacun fonderait ses espérances, c? feroit des desseins qui ne ne
pourroient être qu au préjudice de fa Royale personne. Sa Ma- e W3
j esté en sut tellement touchée de jalouse, que le Pere Souffran extrême dé-son Confesseur, ï étant venu trouver un matin dans son Ca- plaisir , pourbìnet, Sa Majesté ne faisant que sortir du lit, elle se jetta k Isssssss.ssson col tout éplorée, dit qu’il connaissait par estes que la Reine p,sa Mere se souviendrait toute sa vie de ce qut s etoit passe k la vertu de cettemort du Maréchal d'Ancre, er que les avantages quellefro- Primeffe:curoit k Monsteur ne permettaient pas de douter qu elle ne l ai- sffsdnefamât plus que lui. Le Pere, bien étonné de ce discours, es- \S™™saye d’éfacer doucement ces défiances de l esprit du Rot, l assu- u,Jé qu' u «ereau contraire, cre (20). On remit le calme dans son es- fi/t. Mé-pris le mariage fut conclu (zi); si en vint bientôt une moke , s d »fille’: tout cela chagrinoit le Roi, 8c ce fut un bonheur £“,**•pour lui que fa belle-sœur mourut peu aptes les couches ;il ne laissa pas d’en paroitre fort afflige. Voiez la mar-ge (22). II fe garda bien depuis de consentir à un second (23) Là-mê-•maiiage de son frere (13), mc,pag. 7-0
A a (d) s’ìl
(22) ZnCovèque le %oitrouvât jbtstcompte danscette perte ,qtfapparcm-ment ìl endeût me