L U C I L I U S.
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Veut qusil íoìt le premier Auteur de cette espece de Poésie (A); mais quelques Savans n’enconviennent pas. II avoit accoutumé de dire qu’il ne souhaitoit ni des Lecteurs ignorans, nides Lecteurs très-íavans (F). II n’y a point d’aparence qu’il soit mort à l’âge de quarante-sixans (G), comme quelques-uns l’aíTurent. De tousses Ouvrages il ne nous reste que des Frag-mens de ses Satires (H). C’est dommage; car si l’on avoit toutes ses Oeuvres, on y apren-droit bien des choses. Cicéron s’est contredit fur le Savoir de Lucilius (/). Je ne pense pas
que
ft t) Horat,Satìra ILìbrí ii,Vers. 6 z.
(ti) SeettitLitctliíts tirbens
Te Ltipe,teàdiîu , e* As»r.mnwr.i fre-& lt in ilUs .
ïers. Sat. I,Vers. iij.
(13) Juvea.Sâtka I,Vers t 6 s.
(* 4 )' Hotat.Saura t
I.ibri II,
Vers. 4 «.
(ij) Minius,
Prisât.
(l«) Quitt-til. Instir.Orac. LXbr.
X > Cap. I.
(t 7 ) Votez.
Préface dteVITùnie de^Horace deMr. Daciei.
(18) Cicero,de Oratoie,
Tiur. 11 cap.VI. r
( r 9 ) Idem,Lîbr. 1 deFinib. Cap.Ula
(20) II parlea Brxtus.
(aï) Viden-
fur porro hetc*ferri ext r ffalioneCìceronii iní Lr °‘,s«°s de
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Cederet, introrsum surfis ? num Lilius, aut, quiDuxit ab oppressa meritum Carthagine nomen,
Ingénia offensé? aut Uso doluere Metello?
Famojisque Lupo cooperto versibus, a t qtáPrimores popuh arrtpuit, populumquc tributim ,
Scilicet uni iquus ■virtv.ú , atque ejus arnicas (u).
Perse témoigne la même chose en moins de. paroles (1 2).Voiez Juvénal qui raporte que Lucilius avec fa plumefaisoit trembler les coupables, ni plus ni moins que s’illes eût poursuivis l’épée à la main.
Ense velut stricto , quóties Lucilius ardensInfrtmmt , rubet auditor cui frigida mens estCriminibus, tacha judant pruordia culpa qt 3).
(E) On veut qu il soit le premier Auteur de la Satire, maisquelques Savans hen cottyiennent pas .-J Ceux qui lui en don-nent l’invention se fondent sur ces paroles d’Horace.g»/^cum est Lucilius ausus PRiiiusá hune operis componerc car-mina morem ^14) ? Ils allèguent auffi un Passage de Quin-tilien, & ces paroles de Pline: Si hoc Lucilius qui p r i m u sconâìdit ftyli najum, dicenduPt fihï futavit (15). Voici letémoignage de Quintilien : Satira quidem tota noftra est ,in qua r r 1 m u s infignem laudem adeptus est Lucilius (16).Mais nonobstant ces autoritez , Mr. Dacier a soutenuavec beaucoup de vraisemblance que Lucilius n’a fait quedonner à ce genre de Poésie une forme mieux entendue,& qu’y répandre plus de sel que n’avoient fait ses Prédé-cesseurs Ennius & PaCuvius (17).
( F ) Il ne souhaitoit ni des Lefíeurs ignorans, ni des Lec-teurs trìs-savans .) 11 y a dans ce souhait un je ne sai quoiqui marque beaucoup de bon sens. Ces deux sortes deLecteurs font quelquefois- également, redoutables ; les unsne voient pas assez, & les autres voient trop : les uns rieconnoissent pas ce qu’û-n leur présente de bon, on n’aaucune justice à attendre d’eux ; 8c l’on ne sauroit cacheraux autres ce que l’on a d’iniparfait. L’un des interlocu-teurs de Cicéron dans le II Livre de VOrateur raportecette pensée de Lucilius 8c l’aprouve, 8c s’en fait à hti-même l’application, je veux dire qu’il souhaite la mêmeC ss-°^ e ’ * olci ce qu’il dit : Sjuod addidisti tertium vos eoseffe qui vitam insuavem fine his fiudiis putaretis ; id me nonmodo non hortatur ad dijputandum ,sed etiam deterret. NamUt Cajus Lucilius homo dôùìus, ZV perurbanus dicere folebat,ea qui fcr 'tberet, neque ab indoíïìfftmìs, neque ab doiìiffimislegi velle,quodalterinìhilintelUgerent,alteri plus fortajfequàmipfe de se, quo etiam scripsit : Perstum non euro legere. Hic enimsuit, ut noramus, omnium fere nostrorum hominum dothffìmus.Lalitem Hecimum volo , quem cognovimus virum bonum ez noniliiter atumffed nihil ad PerfiumSic ego,fi j am mihi difiputandumfit de his nostris Audits, nolim equidem apud rustteos , sedmulto minus apud vos. Malo enim non intelligt ratìonemmeam, quam reprehendt (18). Cicéron, dans un autre Li-vre où il parle en son propre nom, se déclare fort éloi-gné du souhait de Lucilius; il demande les Lecteurs lesplus habiles, il ne craint personne. Nec enim , dit-il (19),ut noster Lucilius, reeufabo quo minus omnes tnea legant, Uti-nam effet ille Perjíus, Scipio vero, & Rutilius multo etiammugis, quorum ille judicium reformidans, Tarentihis ait se,CT 1 Confentinis ,<& Siculis scribere: sacete is quidem ficut alias,sed neque tam doííi tune erant ad quorum judicium élabora-r et, cr sunt ûltus script a leviora, ut urbanitas fumrna appa-reat, doClrina mediocris. Ego autem quem timeam leiíorem,quum ad te ( lo) ne Gruis quidem cedentem, in philofophiaaudeam scribere ? II avoit raporté dans un autre Livre cet-te pensée de Lucilius, en l’aprouvant 8c en l’adoptant,comme il paroi: par la Préface de Pline, qui après un sigrand exemple se fait honneur de l’adopter. Praterea estquidam publica etiam erud'ttorum rejeblio. Vtìtur illa e? M.Tullius, extra omnern ingenïi aleam pofitus, er ( quod mire-mur) per advocatum defend'ttur. Nec doctiffîmis: ManiumPersium haec legere nolo,Junium Cangum volo. Sguodfihoc' Lucilius , qui primus condidit ftyli nafum, dicendum fibiputavìt: fi Cicero mutuandum, prifertim cum de Republieasenberet: quanto nos caufatms ab aliquo Judice defendimus ?Le Pere Hardouin a chassé Lilium Decimum de ce Passa-ge de Pline, pour y mettre Jumum Congum, conformé-ment aux Manuscrits. II observe que Lucilius emploiaplus d’une fois cette pensée, & nomma tantôt certainespersonnes, 8c tantôt d’autres, 8c qu’ainsi l’on a eu tort.de prétendre qu’il y a dans Pline Lilius Decimus , fousprétexte qu’on trouve ce nom dans Cicéron au II Livrede Oratore. Pline n’â point eu en vue cet endroit de Ci-céron, mais un Passage des Livres de Republiea. Voiez 1 amarge (z r).
(G) Il n’y a point d’aparence qu il soit mort a l’âge dequarante six ans. J La Chronique d’Eusebe ne lui donneT O -M. III,
que cet âge-là : elle met sa naissance au premier an de la158 Olympiade,8c sa mort à la r année de la 169Olym-piade (zz), qui est l’an 651 de Rome. On ne doit pasaccuser Glandorp de le faire vivre soixante quatre ans;c’est une faute des Imprimeurs, qui aiant transposé leschiffres nous ont donné 64, pour 46. De telles fautes leur.font ordinaires. Pour prouver qu’Eusebe se trompe, si faut"seulement considérer que Lucilius a fait mention de laLoi Liánia, établie contre la dépense des festins Fan de
Rome 656 ou environ. Lex deindc Lieinia rogata est ..
Hujus legts Liv'tus Poêla meminit . Lucilius quoque leg 'n
ìstius meminit in his verbts, Legern citemus Licin’i í.23V 11a donc vécu cinq ou six ans depuis Tannée où l’on prétendqu’il mourut à Naples; 8c si d’autre côté nous considé-rons qu’il doit être né avant Tannée 605 de Rome,puis qu’ilportoit les armes devant Numance Fan 620, nous trou-verons que fans figure Horace l’aura pu traiter de vieil-lard. , C’est lors qu’il dit que Lucilius répandoit tous lessecrets dans ses Livres, desorte que l’on y trouve sa viecomme dans un tableau ex voto.
. . . Me pedìbus deleâlat claudere verbaLucili ritu , nostrum melìoris utroque.
Ille velut fidis arcana fodalíbus, ohmCredebat lìbris : neque , fi maie gefferat ufquamHecurrens alto, neque fi bene, quo.fitut omnisVotiva pateat veluti defcrìpta tabellaVita s E n 1 s.
Ces paroles d’Horace fe trouvent dans la Satire Ivs. z8 sdu II Livre.
(is) De tous ses Ouvrages il ne nous reste que des Fragmentde ses Satires.] Car cinq ou six mots qui nous restent deses autres Pieces (24) ne méritent pas qu’on y ait égard,Sc même l’on ne demeure pas d’accord que ces Piecessoient de lui. Voiez les Notes de Douza le fils fur lesFragmens de Lucilius à la page 99. Quelques-uns disentqu’il fit la Vie du même Scipion l’Africain dont Enniuschanta les victoires. Douza le nie par une raison qui meparoît très-infirme ; il l’emprunte de ce que Lucilius 8cce Scipion ne vécurent pas en même tems. C’est unemauvaise preuve: un Poète qui vivra d’ici à cent ans nepourra-t-il pas faire la Vie privée, ou du Prince de Cou-dé, ou de Mr. de Turenne ? Je croi néanmoins avecDouza que Lucilius fit la Vie de ce Scipion F Africainavec qui il vécut familièrement. Ejusdem Scipienis, c’estDouza le fils qui parle dans fes Notes fur les Fragmens denotre Poète à la page 98 , vitam privatam poftea descripstt,in quo Pseudoporphyrionem manifestì erroris convincit Parentmeus, qui Lucilium vitam privatam S.cipionis, Enniumveto bella descripfiffe annotât : ubi mail nomina Scipionuminter fe confufa. Ennium enim Scipionis majoris res gefias ce-ciniffe constat. Lucilius autem ut ejusdem vitam privatamde/cripserit, ratio temporum plane veiat. II faut que Mr.Oacier ait cru que cette raison étoit bonne, puis qu ilparle ainsi: „ LuciJius outre fes Satires avoit fait un Ou-,, vrage particulier de la Vie du jeune Scipion l’Affri-„ quain, fils de Paulus iEmilius, où il parloir de fa jus-„ tice & de fa valeur. Ceux qui ont cru que Lucilius„ avoit parlé du Grand Scipion, 8c que c'est celuy dont„ Horace parle icy, confondent les temps. Le Grand„ Scipion estait mort plus de trente-cinq ans avant h„ naissance de Lucilius (zy)”. Si Lucilius étoit mortavant la naissance de Scipion, cela réfuterait invincible-ment ceux qui lui attribueraient F Histoire de ce Gén éralRomain: mais les vouloir réfuter par la raison qu’siestné trente-cinq ans après la mort de ce Héros, c’eít êtreen distraction d’esprit. II est non seulement possible quece Poète ait fait FHistoire de Scipion l’Africain l’ancien,mais auslì il est vraisemblable qu’ìl Fa faite : & cela à laprière de Scipion F Africain le jeune son bon ami, quipouvoir lui mettre en main cent bons Mémoires. Je neme dédis pas pourtant de ce quej’ai avance; combiende choses y a-t-il qui ne font pas vraies, encore qu ellessoient très-vraisemblables (26)? Au reste, les Fragmensde Lucilius furent recueillis avec un grand foin par Fran-çois Douza, Sc publiez (27) à Leide avec des Notes lan1597. Ils auroient bon besoin d être encore mieux éclair-cis par quelque savant Critique.
(s) Ckeron s’eft contredit fur le Savoir de Lucilius .] Dansle I Livre de l’Orateur il reconoit que Lucilius étoit unhomme savant. Ses paroles méritent d être taportécs. Sedut folebat C. Lucilius fipe diapré homo ttbi subiratus (28),mihi propter eam ipsam causam minus quam y débat samilia-ris, sed tamen CV dotius c? perurbanus, fie sentie xemtncmesse in oratormn numéro habendum, qui non fit omnibus risartibus qui sunt libero homine digm perpolitus (29). II luidonne le même éloge de docte au 11 Livre du mêmeC c Ouvra-
{22) CajusLv:iliusfcîyrarumfcrìptorNedfoiì morì*tur ,ac puiliiofunerè ejfcr -
tuYianno
Tis 46. Euíeb*
in CÍUO&.
ad ann. 2Olyrop. 169.
(23) A. Ge^-lius, Libr. I/j»Cap, XXlVn
(24)
nius, VaceEugium, 'cite EpodosHymnosde Lucilius *On cite anjjifa Com íditintitulée
Numtnula-ïi«l. Voiez,Voíîìus deFoët. Latin.'P a & 12.
(25) Dacieríui Horace»Tom VI2 r27,
commentantces parolesd’Horace Sat «1 du Livre II.f. r 6.Attainen& juttumpoteias fitscriberefortemScipiademut sapiensLucilius»
biiù
falf
frets
Qui
Libì
(27) ^Avec/’Horace deCruquius.
(28) Cest-Ì.dire à MutiusScevela. I_,nraison e/u’unScholiafteDauphin
dmne de cettecolore , fi voitdan ; f.Ar-ticle d? A E-BUTíUS,Citation (23).
(19) Cicero,dé Oiaroí,Libr. I , Cap.XVI,