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Tome troisieme. K - P.
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L U C I L I U S. LUCRECE.

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l’on s’exposoit à un grand péril quand on médisoit des

Poésies de notre Lucilius (P),

O 1 ) Défen-se pourItiennePasquiercontre lesimposturescalom-nies deïrançoisGarasse,

?• 791,792.

ÌH) Voiez la

"flemarq. (£).

íîO Pline* dàt, primus

^ondidit

®yli nasum,dr non pas ,ïtimus fuitlucilius'nui stylum«cuisse di-citur.

Ksf) Quin-Jilien dit,

Jn jatyraPrimus insig-»em lau-<iem adep-tes est Lu-cilius , írson pas , fuitprinceps fa-tyricorum.

ísj) NamJttit hoc vi-tiosus ìn horetfœpe ducen-tos,

“Vt magnumVersus diUa-*<*■> flansP e de i n un0t•êiuum flueretIU7U-3 -ENtus.Horatius,5at. iv LibríP,V„f 9 .

Ís6) Spar-tian. in.

Hadriano,Cap. XVI ,pag. m. ij83 »mi l.

prie , en quelles absurditez on se met quelquesfois, four vou-loir critiquer un Autheur (51). II n’y a rien de bon danscette Répliqué que la Remarque fur les cent ans que Ga-rasse met entre Cicéron 8c Lucilius. Ce Jésuite se mê-lant de critiquer un Anachronisme en fit un autre : car iln’est point vrai que Lucilius fut environ cent ans devant Ci-céron-, il mourut quelques années après la naissance de Ci-céron : il étoit facile aux Apologistes de Pasquier d’avérercela ; mais au lieu de bonnes preuves, ils se contentèrentd’alléguer que Lucilius étoit oncle de Pompée contem-porain de Cicéron. Us se trompèrent ; Lucilius passe oupour l’aieul ou pour le grand oncle de Pompée (51). Usont grand tort de prétendre qu’on ne peut pas reconoîtreque le style de Lucilius différé de celui de Cicéron. 11 ya plus de différence entre le style de Cicéron & celui deLucilius, qu’entre le style de Monsr. Flechier 8t celui deClement Marot. Pour en être bientôt convaincu, on n’aqu’à jetter les yeux avec quelque goût sur les'Fragmensdu Satirique Latin, & fur Cicéron à l'ouverture du Li-vre. Oposer au Pere Garasse les termes de Pline mal ra-portez (53), 8c ceux de Quintilien mal raportez tout demême (54), c’est prétendre qu a cause que Régnierest le premier qui ait écrit de bonnes Satires Fran-çoises , son style ne différé point de celui de Mr.Patru, ou de celui de Mr. Despreaux. L ’emuntt* narìsd’Horace ne prouve rien ; on le diroit de Clement Ma-rot , Le de Régnier, avec beaucoup de justice ; 8c néan-moins , quelle difference n’y a-t-il pas entre leur langage,8c celui de Mrs. Patru & Despreaux ? Voiez tout le versd’Horace, EmunHa naris d u R. u s componere versus. N’a-t-il pas falu tronquer pitoiablement son témoignage, afind’oser s’en servir ? Si on l’avoit donné tout entier, n’au-roit-on pas fourni des armes à son Adversaire ? Mais cet-te preuve tirée d’Horace est beaucoup moins ridicule quecelle qui fuit, 8c qui est tirée du même Auteur. Luci-lius au raport d’Horace faisoit deux cens vers en une heure-,donc il écrivoit auffi bien que Cicéron. Quel monstre deconséquence ! Et qui n’en seroit étonné, quand on con-sidéré qu’Horace raporte cela comme un défaut de Luci-lius, 8c qu’ausiitôt il compare les Poésies de cet Auteurà des eaux bourbeuses (55). La derniere preuve des Apo-logistes d’Etienne Pasquier ne vaut pas mieux que les au-tres. Elle est fondée fur un fait faux, dont la conséquen-ce porteroit contre eux, s’il étoit vrai. Ce n’est pas àLucilius, mais à Ennius, qu’Hadrien donnoit la préfé-rence fur Virgile: 8c tout ce que cela prouve c’est que lestyle d’Ennius étoit plus rance 8c plus moisi; car c’est cequ’Hadrien cherchoit,. comme le remarque fou Histo-rien. Amavit prsterea genus dicendi vetuftum . Cice-

roni Catonem , Virgilìo Ennium , Sallufiio Calium prdtu-Itt (;6).

(P) On s’exposait à un grand péril quand on médisoit desPoéfies de Lucilius.'] 11 y a long-tems que j’ai lu ce que jevais copier. „ Notre petit Docteur en fait à peu prés„ autant (57). Sans mentir un homme de cette humeur„ est bien sujet à se faire battre, (j’entens à coups de„ langue 8c à coups de plume) car nous ne vivons pas„ en un siecle fi licentieux que l’estoit celuy de ces jeu-„ nés Romains de condition, qui se promenoient par les„ rues tout le long du jour, cachant fous leur robe de„ longs fouets, pour châtier l’infolence de ceux qui n’ap-„ prouvoient pas le Poète Lucilius, s’ils estoient fi mal-„ heureux que de se rencontrer en leur chemin (58) ".Je crus en lisant cela, que puis que Costar ne ci toit per-sonne, il n’en savoir pas la source, 8c je me mis en de-voir de la chercher. Je la trouvai dans quelques Versqui ont passé pour être d’Horace, 8c qui ont paru à latete de l’une de ses Satires (59) dans de certaines Edi-tions. Mr. Dacier les a insérez dans ses Reifiarques surce Poète; je copierai tout ce qu’il dit là-dessus: on yverra que Mr. Costar grossit les objets, 8c que sa brodureest trop relevée.

„ On peut dire de Lucilius, qu’il a eu le bonheur de-, certaines femmes, qui, avec très-peu de beauté, n’ont,, pas laissé de causer de violentes passions. Parmi ses,, Partisans il y en avoit de si outrez, qu’iís couroient les„ rues avec des fouets fous leurs robes, pour fraper tous-> ceux qui oseraient dire du mal des vers de Lucilius ;

,, Lucìli, quam fis mendosus, te fie Catone,, Defensore tuo pervincam , qui maie sattos„ Emenàare parat versus. Hoc lenius illeEst quo vir melior. Longe subtilior ille„ Eput multum puer & loris & funìbus ud'ts„ Exornatus ut ejfet opem qui ferre Po'ètis,, Antìquis pojfet contra fastidia noflra ,

,, Grammaticorum Equitum doHijfimus.

„ Lucilius, je vai vous prouver que vous estes plein de fautes,„ par le témoignage mesme de Caton ,. vostre plus grand Par-„ tisan. ll se prepare à corriger vos vers mal tournez.. Com-„ me il est plus homme de bien qu un autre , il a pris en cela„ le parti le plus honnefie est le plus doux. Mais il n est pas„ fi fine? fi subtil que ce savant Chevalier, qui a soin de se„ munir de bonnes estrivieres cr de bonnes cordes mouillées ,„ pour vanger de nos degottsts les Poètes Anciens. On avoit„ mis ces vers à la tête de cette Satire, comme s’ils es-„ raient d’Horace, 8c que ce fust le commencement de„ cette Piece. Canterus 8c Lilius Gyraldus s’y font trom-„ pez. Mais quoy qu’ils ne soient pas d’Horace, ils ne„ font pourtant pas mauvais : 8c ils servent à faire voir ,„ que les vers de Lucilius n’avoient pas esté toûjours es-„ timez de tout le monde (60) ”,

LUCRECE, Dame Romaine illustre par fá beauté êc par la noblesse de son extrac-tion (^), 8c plus encore par fa vertu, fut mariée à Collatin parent de Tarquin Roi de Rome.Rien n’est plus conu que la raison qui la porta à se tuer, & cependant je ne laisse pas de narrerici les circonstances de cette Histoire tragique. Tarquin, n’aiant pu se rendre maître de laville d’Ardée aussi promptement qu’il l’avoit cru, prit le parti de l’assiéger dans les formes. Lestege traînoit en longueur, & n’empêchoit pas que les jeunes Princes ne se régalassent aílèzsouvent. Sextus donnant à souper à ses deux freres, & à Collatin, la conversation tomba surle sexe, cC il s eleva entre eux une dispute, non pas fur la beauté de leurs maîtresses, commell arriveroit aujourd hui, mais fur la beauté de leurs femmes. Chacun soutint que la sienneétoit plus belle que les autres: la contestation s’échaufant, Collatin ouvrit un moien de la ter-miner. A quoi bon tant de paroles, dit-il, nous pouvons en peu de tems avoir des preuvesvisibles de la supériorité de ma Lucrèce: montons à cheval, allons surprendre nos femmes, lejugement de la question fera plus facile que si elles s’étoient préparées à nous recevoir. Le vinles avoit échaufez, ils acceptèrent ardemment la proposition, 2c s’en allèrent à Rome à toutebride. Ils y trouvèrent à table les belles filles de Tarquin qui faifoient fort bonne chere avecdes personnes de leur âge. Ils allèrent ensuite à Collatie; & quoi qu’il fût déjà fort tard, ilsrencontrèrent Lucrèce au milieu de ses servantes, occupée à travailler de ses mains à des ou-vrages de laine (a). Ils convinrent tous qu’elle l’emportoit fur les autres, & s’en retournè-rent au camp. Sextus transporté d’amour pour elle retourna peu de jours après à Collatie fansen dire rien a personne. II y fut reçu avec toute la civilité que l’on crut que méritoit un pro-che parent fils aîné du Roi, & que l’on ne soupçonnoit d’aucune pensée malhonnête. Aprèsque l’on eut soupé il fut conduit à la chambre qu’on lui avoit destinée. II ne s’endormit point :mais dès qu’il eut jugé que tout le monde dormoit, il se glissa l’épée à la main dans la cham-bre de Lucrèce j & après l’avoir menacée de la tuer si elle faisoit du bruit, il lui déclara sa pas-sion: il sc servit des prières les plus tendres, & des menaces les plus terribles, & de tous lesbiais imaginables dont on peut attaquer le cœur d’une femme. Tout cela fut inutile, Lucrè-ce persista dans fa fermeté : la crainte même de la mort ne l’ébranla point -, mais elle ne put ré-sister à la menace que Sextus lui fit enfin de l’exposcr à la derniere infamie. II lui déclara quel’aiant tuée il tueroit un esclave, & le mettroit dans son lit, & seroit acroire que ces deuxmeurtres avoient été la punition de l’adultere dans lequel il l’avoit surprise. Etant ainsi venuà bout de son infâme dessein, il se retira auffi content & aussi fier de sa conquête, que si elle

eût

(- 4 ) Par la noblesse de son extradions] La Famille Lu- le Régné de Tarquin le Superbe, car ce Prince donna lecretia étoit sans doute patricienne, puis qu’on y trouve Gouvernement de Rome a S r u r 1 u s L u c r e t 1 u sdes Consuls dans un tems ouïes plébéiens n’étoient point Tricipitin, pere de notre Lucrèce, mariée avec unPrin-admis au Consulat. Elle faisoit une très-belle figure fous ce à Sang (r). H y a des Auteurs qui disent (z), queT Q M. III, Ce 2, Numr

(S?) Ceft-Ì.dire ,Giraccomme t>io •gene fait torele contrairede ce que ltPeuple fait.

(58) Costar;,Suite de laDéfense dcVoiture,pag. 40.

(S9) Kdu I Uvn H

sío) D aciersur la xSatire duI Livred’Horace,

pag. 603 duVI Tome,

(d) Perguntinde Colla-tìam : ubiLucretiamhaudquAciuAm

m régi as nu-THS 3 yuas ìn,convívio lu-xuejne cumualibus vi-der ant , tem-pus îerenîts ,fed no£be feradeditam Un&inter lucH-brantts andl-ias in médiaAàium fcd en ~t em inve-rsent. T. Lí-

VÌUS, Ubr. I,Cap. L VII. .

(1) Livius,

Liir. I, Cap,LIX.

(1) Voiez.

Plut arque,in Numa,pag. 74,-4.