LUCRECE.
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( J o) Quejugerons - nousd* Lucrèce ,Jìnon ce cju'en4 jugé Mon -
st’avoit eu aucune part à cette action de Lucrèce. Un savant homme a combatu ce sentiment
par
„ Pour néant donc tu veux ta mémoire estre heureuse:„ Car ou tu meurs meschante, ou tu meurs furieuse.
amoureux,
t*&. m. 182.aujji
Atenagiana,
r,i de« I Edit.deHollande.
fît) HenriEstienne,•Apologie® Herodo-te > Chef. XV,f “S- m.lis,US.
que Lucrèce ne se tua qu'après coup, 8c que k elle se putrésoudre à renoncer à la vie, ce ne fut qu’après avoirgoûté les plaisirs du fruit défendu (30). Ceít bien la plusfausse raillerie que l’on puisse voir, 8c il n’y a pointd’homme raisonnable qui ne décide que dans un sujet„ — comme celui-là, quitter le sérieux, 8c songer le moinsi* r al d ‘ air ' âu monde à plaisanter, est non seulement une audace té-9»V/e'yi ‘tu ' a mér3 iïe > mais aussi une grossièreté , 8c une brutalité.“prêt dup. L’action de Lucrèce ne doit exciter que des sentimensSarasin.pia- de compassion 8c d’admiration. Sa conduite fut exemptefaut 6 ’ 5 ’ 1 âe toute teinture d’impureté: ce fut un pur sacrifice àjaine^hom- i ^mour de la belle gloire; 8c l’on scroit aussi ridicule de*ie soit dire qu’il entre de la prodigalité dans Faction d’un hom-me qui jette ses bardes ann de sauver sa vie à la nage,que de dire qu’il entra de l’impudicité dans la patiencede Lucrèce ; car cette illustre Dame n’eut cette patiencequ’afin de sauver sa réputation. Mais si vous voulez voirles efforts des chicaneurs, lisez un peu ce long Passagede Henri Estienne (31) : ,,Et pourtant la povre Lucrèce„ ne jugeoit pas bien de soy, quand après avoir esté„ ainsi violée elle se disoit avoir perdu sa pudicité : veu„ qu’il est certain qu’il n’y a force humaine par laquelle», la vertu puisse estre ravie. Et pourtant ce qu’elle ad-,, j ouste, Que son corps est violé, mais que son cueur„ (ou son esprit) n’est point coulpable, contrarie à ce„ qu’elle venoit de dire, à sçavoir qu’elle avóit perdu sa„ pudicité: si ainsi est que le siégé de cesse vertu soit le„ cueur, non pas le corps. Ce que toutesfois ne sem-„ blent avoir bien considéré les payens, qui n’ont pas„ seulement excusé lacté de cesse femme, en ce qu’elle„ fut meurdriere de soymesme, mais de iceluy ont pris,» occasion de i’exalter jusques au ciel,comme ayant esté„ une femme magnanime, 8c qui a eu le cueur en bon„ lieu, en ce qu’elle ha vengé par fa mort l’outrage faict,» à fa pudicité. Ausquels toutesfois avant que refpon-„ dre touchant l’outrage qu’ils disent avoir esté faict à sa,, pudicité, je les voudrois prier de me dire comme ils„ entendent ce mot de vengeance : pource qu’il me sem-„ ble que c’est une chose contre toute raison, que l’in-,, jure soit vengée par la mort de la personne qui Fa re-„ ceuë, 8c non de celle qui l’ha faicte. Sur quoy je leur,, alleguerois qu’elle mesme ne dit pas, Mors ultrix erit ,,, ou vindex, c’est-à-dire, Ma mort en fera la vengeance:„ mais Mors testis erit, c’est à dire, Ma mort en rendra„ tesmoignage. Comme si elle disoit, Ma mort tesmoi-„ gnera aux yeux du monde ce que je ne puis descou-„ yrir estant caché en ma conscience : asçavoir que tant« s’en faut que mon plaisir m’ait faict consentir à un tel»' Ee, que ma vie m’est defplaisante pour l’avoìr com-„ mis. Mais pour venir à la réponse quant à l’autre„ poinct, je di que posé le cas que cesse mort empor-„ tast vengeance, ce seroit vengeance de Feutrage fait,» au corps, 8c non pas à F esprit, où est logée la volon-„ té pudìcque. A quoy auísi ayant esgard un certain„ Auteur (le nom duquel S. Augustin a voulu taire) en„ une déclamation, a dict ce beau mot touchant ce qui„ avint à ladicte Lucrèce, Chose merveilleuse ! il y a deux»* Personnes, &c toutesfois l’une seule a commis adultéré.„ ais edict sainct Augustin vient puis à faire cest argu-„ ment, bt ce n'est point impudicité par laquelle ell’ ha,, la compagnie de cest homme maugré soy , ce n'est„ point justice par laquelle elF est punie, veu qu’ell’estj, chaste. Car il est certain que tant plus on excuse l’adul-„ tere, tant plus on accuse l’homicide : tant plus on ac-„ cuse l’adultère, tant plus on excuse l’homicide : (le cas„ posé toutesfois qu’il fust licite -à une personne de se,, desfaire soymesme). Et le mesme S. Augustin, qui„ loue la rencontre susdicte de ce declamateur, semble„ aussi avoir très-bien rencontré en cest autre argument,, (si toutesfois il le met comme sien) Si adultéra, mr„ laudata? fipudica , cur occifa? C’est-à-dire, si ell’ a esté„ adultéré, pour quoy a ell' esté louée ? si ell’ a esté pu-,, dicque, pourquoy a ell’ esté tuée? Sur lesquels mots„ un mien ami (32), sçavant personnage, Sc lequel Dieu„ a doué de beaucoup de grâces, desquelles les fruicts se„ sentent aujourd’huy en divers lieux de la Chrestienté,„ a faict depuis peu de jours un Epigramme du plaisir„ duquel j’ay bien voulu faire le lecteur participant. II„ est donc tel,
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„ Si tibi sorti fuit Lucretia gratffs ttàulter ,
„ Immeritb ex mérita prttmia cade petìs :
„ Sin potins casto vis est alìata pudori ,
„ Spuis furor est hostis crimine velle morts„ Frustra igitur lattdem captas Lucretia : namque„ Vel fttriofa rms, vil ficeler ata cadis.
, Je le mettray aussi en François, selon qu’il fut traduict, sur le champ par un des amis de l’Auteur,
» Si le paillard t’a pieu, c’est à grand tort Lucrèce» Que par ta mort tu veux, coulpable, estre louée :
» Mais si ta chasteté par force est violée,
» Pour le forfaict d’autruy mourir est-ce sagesse?
Louis Guy on (33) a dérobé toutes ces choses à HenriEstienne, fans y faire presque aucun changement, 8c sansle citer; ce plagiarifme lui est ordinaire (34). Un JésuiteEspagnol s’est amusé aux mêmes chicaneries; mais,com-me on le verra dans la Remarque suivante, il y a mêléde bonnes choses. II aprouve les Vers Latins que l’on avus ci-dessus, 8c il soutient que Lucrèce ne témoigna nichasteté, ni courage, 8c que par lâcheté elle craignit plusle couteau de son mari, que le sien propre. Nt defeubriolo uno ni lo otro ; no lo primero , pues confintio : y como dìzeSant Ambrofio 4 ot r a de fit mariera: (j) Facilius oportuitsanguinem cum spiritu fundere, quàm perdere castitatem.Ni tampoco mostro lo fegundo , pues por staqueza de animo te~mio mas el cuchillo de Colatino , que el fiuyo propio ■■ y por estose mato con defesperacion , la quai (J) pone Santo Thomas porhija dela luxuria (35). Tout cela est faux 8c injuste: ellefit paroître 8c beaucoup d’amour pour la chasteté, 8c ungrand courage. Quand on a la force de s’ôter la viepour mettre à couvert fa réputation , n’aime-t-on pasmieux mourir que perdre la gloire, 8c y a-t-il en cela lemoindre vestige de lâcheté ? Si c’est agir contre les réglésde la bonne Religion, c’est pour le moins se conformeraux idées de l’Héroïsme Paien. Mais réfléchissons un peufur les paroles de Henri Etienne.
II accuse Lucrèce de contradiction 8c d’ignorance: elleignoroit le vrai nom des choses, puis qu’elle croiok'avoirperdu fa pudicité, nonobstant la résistance de son cœur.Elle se contredisoit, puis qu’auffitôt elle ajoûta que soncorps seul avoit été violé. Gfitìd salvi est mulieri amijja pu-dicitia ? ce font ses paroles, veftigia viri alieni Collatine ïnletto funt tuo. C&terìtm corpus est tantum vìolatum, animusinsons: mors testis erit; fied date dextras fidemque, haud im-puni adultero fore (36). Je m’étonne que Henri Estienne ,qui étoit un habile Grammairien, ait si peu considéré,que dans l’usage de toutes les Langues, les mêmes paro-les, fans devenir impropres, se prenent en divers sens,les uns plus étendus, 8c les autres moins. Croioit-il pou-voir faire la leçon à Tite Live fur la signification du motpudiettia? Je dis à Tite Live; car c’est à lui qu’apartien-nent les expressions de notre Lucrèce. Le Latin qu’onparloit à Rome, quand cette Dame vivoit, n’étoit pointsemblable au Latin de cet éloquent Historien, 8c il n’ya guere d’aparence qu’il eût trouvé quelque part les pro-pres termes dont Lucrèce se servit : chaque Historien lestourna à fa maniéré; les plus exacts sc contentèrent d’enretenir le sens & la force. 11 est probable qu’elle se plaignitd’avoir perdu son honneur; d’avoir été déshonorée, ouque Sextus lui avoit ravi l’honneur, 3 cc. 11 n’y a pointd’impropriété dans ce langage. C’est ainsi que s’exprime-roit une Françoise en pareil cas, quoi qu’elle entendît falangue parfaitement, 8c que malgré fa douleur elle prîtgarde de ne point blesser les réglés de la Grammaire.Ceux qui enlèvent une fille, 8c qui en jouissent de viveforce, font censcz lui ravir l’honneur; 8c si les parensbornent leurs poursuites à exiger qu’on l’épouse, le pro-cès s’apelle très-proprement un procès en réparationd’honneur. On sc serviroit des mêmes phrases, quandmême la violence n’auroit pas été íî outrée, je veux aireen cas que le ravisseur eût obtenu quelque espece de con-sentement (37), parce qu’aiant proposé à la personne en-levée de choisir ou l’aqusescement à sa passion , ou lamort, ou les tourmens de la gêne, ou la faim, ou quel-que autre peine capable d’intimider les plus résolus, elleauroit choisi la prémiere partie de l’alternative, fans au-cune forte d’aprobation intérieure. Or si Lucrèce pouvoitdire proprement parlant que son honneur étoit perdu,ellepouvoit fort bien se servir de termes équivalens : ipudiettiaamijfa. Notez qu’Ovide s’est servi des mots pudor raptus,pour signifier la jouissance forcée dune fille (38); 8c quePlaute a exprimé la défloration par les termes pudicitiapuisa (39). Ainsi tombe la prétendue contradiction quel’on impute à Lucrèce; car les mêmes filles ou femmesqui se plaindroient aujourd’hui d’avoir été violées au sacdune ville ou ailleurs, d’avoir été déshonorées, d’avoirété dépouillées de leur honneur, ajoûteroient fans se con-tredire que leur ame n’avoit point eu de part à cettesouillure.
Henri Etienne n’entend pas ce qu’il dit, lors qu’il assû-re que les Paiens ont loué Lucrèce de ce qu elle avoitvengé par sa mort l’outrage faiff sapudtctte. 11 est fauxqu’ils aient donné ce tour à leurs éloges ; tout ce doncqu’il avance pour les réfuter est une illusion, c est le So-phisme qu’on apel \c ignoratio elenchi. Les Païens qui louentLucrèce fondent leur panégyrique fur son extrême sensi-bilité pour la gloire, & pour la réputation de femmechaste, 8c fur fa grande délicatesse à F égard de ce pointd’honneur; délicatesse fi forte qu’elle ne lui permit pointde survivre à l’afront qui lui avoit été fait. Ce que notreCritique emprunte de saint Augustin, 8c dont il n’a pasbien pris le sens, est sujet au même reproche. C’esttoujours la fausse suposition que Lucrèce se tuaC c 3 pour
(33) LouisGuyon,DiversesLeçons,Tom. 11KLivr . IVChap. XI K.
(3+) Volet.
ci-dejsm taTíemartj. (B)de C ^Article
LEOV1TIUS.
(t) S. Um-,br. ad virg.Upsamc--?, s.
(i) S.Thedad Colojfi,c. 3. /eff. I.
(3;) Juande terres,PhilolòpiiiaMora! dePrencipes,Libr. X IX,Cap. VIII,fag. s 77 .
(36) Lìviuî,Libr. /, Cap,
L VIII.
(J7) Mireque cela “n'em*pécherait peintque fan aclionne fût un violproprement
dit ,ír pu-nissable selonla rigueur deeLatx (pui ontété faites con-tre les viola-teurs du sexe,
Í3 S ) Tenuit-que fugam,rapuitque pu-dorem. Ovid.■Metam.
Libr. I, Vers,600.
(Zî>) Planehic illeejl quimihi in Epi-dauro primtespudicitiamPerpulit.ïlaut. inEpidico,MS. IV, Sc,I> Vers. M,