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LUCRECE.
(40) Ego me,etjî peccatoabsolvs, fap~flicio non li-bero. Nec alladctnde impii"dica exemptaLucresi a■ viyet. Livius,Libr. J, Cap.L VIII.
Examend’une Ob-jection dcsaint Au-gustin.
(41) August.de Civit.T>cì y Libr. /,Cap. XIX »m.6Z.
(42) VotezValctcMaxime,Libr. IV yCap. VI,num. 5 .
(43) rotezTline, Epist.XVI LìbriIII.
(44) Ho-iat. OdeXXXVIILibri /.
(45) I Livrede Samuel,Chaç. XXXI,Vers- 4 .
(4 S) II Livrede Samuel,Chap. J,
( 47 ) II Li-vre desMaccabées,Chap. XIV,Vers. 42.
Voiez. íitíffïdans Joscphedc BelloJud. Libr.Vit, cap.XXX l\r,
& xxxv,
la Harangued*Elcazjirfin effet.'
(48) Celle destSHùicnS,
' pour se punir de soli, crime. C’est une ignorance de l’étatde la question. Cette Dame se reconut innocente, &voulut mourir néanmoins, & ne pas soufrir qu aucunefemme impudique eût le-front de vivre sous prétexteque Lucrèce violée auroit eu la lâchete de demeurer dansle, monde (40).
L’une des plus raisonnables Objections de saint Au-gustin est que se tuer soi-même est un crime, 8c il fortifieson Argument par les éloges que l’on donnoit à Lucrèce.II raisonne ad hominem contre les Païens, 8c leur alléguéles Loix de leurs Tribunaux. Estes les eussent obligez àpunir un homme qui auroit tué Lucrèce. Vous seriezdonc obligez, continue-t-il , à ^ punir, fi on l’accufoitdevant vous de ce qu’elle s’est tuee. Que fi vous répon-dez qu’il n’est pas poflible de la punir, vu quelle n’estpoint présente, pourquoi ornez-vous de tant d’éloges lameurtrière d’une personne vertueuse ? Sed quid est hoc,qtìòd m eam gravites vmdicatur , qm adulterìum non admifimNam ilíepatriâ cum pâtre pulsus est: hac fummo est maSlatafupplicio. Si non est illa impudicitia, qua invita opprimitur ;non est hue justifia, qua casta punitur. Vos appello, LegesJudicesque Romani. Nempe poft perpetrata sacinora , necquemquam scelefium indemnatum impuni voluiftis occidi. Siergo ad vestrum judicium quifquam deferret hoc crimen , vo-bisque probaretur non solìem indemnatam, verìem etiam cas-tam ct ìnnocentem interfettam ejfe mulierem ; nonne eum quiidfecijfet, severitate congrua pleSîeretis ! Hoc fecit illa Lucre-tia, illa, illa fie prédicat a Lucretia innocentem ,castam ,vimperpejfatn Lucretiam infuper interemit. Proferte sententiam.<Sjuod fi propterea non potestis, quia non adstat quam punirepoffìtis, cur interfeêlricem innocentis ct casta tanta pradica-tione laudatis (41) ! Je n’entreprens point d’autoriser ceuxqui voudroient dire en faveur de cette Dame, que saintAugustin l’a condamnée par des principes qu’este ne co-
_ */T*_ *. 44 • __ - ’ c 1 /J ex 1<-» 1?
qu’ils n’étoient pas tous du sentiment des Stoïqués, &qu’il y a eu de grans Philosophes qui ont condamnél’homicide de soi-même. Je sai aufîi qu’on a dit que c’é-toit plutôt une lâcheté, qu’une preuve de courage, quede renoncer à la vie pour se délivrer du chagrin 8c de ladouleur, 8c qu’un homme qui se résout à luter long-temsavec la mauvaise fortune fait paroître autant de fermeté,que ceux qui se tuent font voir de foiblesse. Je sai, dis-je, qu’il y a eu bien des gens parmi les Paiens qui onttenu ce parti; mais ils n’avoient point de leur côté lebrillant & l’éclatant: ils étoient considérez comme peu-ple: l’autre faction étoit la noblesse, le parti distingué,l'école de l’Héroïsme, 8c l’on pòuvoit leur représenterqu’à l’exemple des faux braves ils recouroient aux nomshonorables, 8c qualifioient fermeté, intrépidité, l’amourexcessif de la vie, la crainte excessive de la mort. Ilsétoient fi passionnez pour la vie, que rien n’étoit capa-ble de leur en donner du dégoût: le déshonneur, la pau-vreté, les cachots les plus puans, les maladies les plus in-vétérées ne l’enlaidissoient point (49) : elle leur paroissoitaimable, lors même qu’elle étoit ainsi équipée. La mortne trouvoit là aucun fard qui cachât une partie de fa lai-deur. Voilà, eût-on pu dire, quelle étoit la source de cegrand courage dont ils sé glorifioient, 8c qui leur faisoitconsidérer faction de Lucrèce comme un effet de pol-tron erie : Plaquera de antmo , disoit ci-dessus le JésuiteJuan de Torres.
Examinons le Dilemme de saint Augustin. Ita hac eaus-fia ex utroque latere coartatur , tst fi extenuatur homicidium ,adulterìum confirmetur ; fi purgatur adulterìum , homicidiumcumuletur : nec omnino invenitur exitus, ubi dicitur , Si adul-terata, cur laudataì fipudica, cur occifa (50) I II prétendqu’on ne peut exténuer l’homicide de cette Dame fansaggraver son adultéré , ni exténuer son adultéré fans ag-
( 4 P) Pesez. UsVers de Me-eene dans
Seneque,Epist. CI,
pag, m. 414,
noissoit pas; car elle ignoroit les axiomes de 1 a Religion graver son homicide. Mais pour faire voir qu’il n’avoitChrétienne qui défendent d’attenter à fa propre vie: elle ' ,ssp7 panse u a„ j.-
eut donc pu sse plaindre de ce qu’on la traduisoit devantun tel Tribunal: este en eût pu décliner la juridiction,
& demander d’être renvoiée à ses Juges naturels, à cesidées de la grandeur & de la gloire héroïque qui ont per-suadé à tant de personnes qu’il vaut mieux mourir, quede vivre dans le déshonneur. Mais, comme je l’ai déjàdit, ce n’est pas une réponse dont je veuille me mêler:j’aime mieux cette autre Remarque: les Magistrats Ro-mains, que saint Augustin apostrophe, 8c qu’il demandepour juges de la question, l’eussent bientôt désabusé, enlui faisant voir que les Loix qui ne donnoient nulle au-torité aux particuliers fur la vie les uns des autres, n’ôtoientpoint à chaque personne le privilège de disposer de sapropre vie. Ignorez-vous, lui eussent-ils dit, l’admira-tion qu’on a toujours eu pour les Catons, pour les Bru-tus, & les Cassius, & pour tant d’autres illustres Romainsqui ont préféré la mort à une vie qui les eût rendus té-moins de l’opreffion de la liberté, ou qui les eût exposezà la discrétion de leurs ennemis,ou à un état languissant?
Ignorez-vous les éloges dont le courage de Porcia ( 41 ),
8c d’Arria (43) est couronné ? Ignorez-vous que nousavons vu avec quelque déplaisir que Cleopatre, qui s’étoitdéshonorée par ses débauches, ait eu la gloire qu’este nemérìtoit pas, de préférer la mort au chagrin d’être me-née en triomphe?
Rï'futa-;
TION duDilemmede St. Au-gustin.
(50) Augustede Civit.
Dei, Libr.Cap. XIX,
&UA generofiusPerire qmrens, nec muliebriterExpavit enfiem, nec latentesClasse cita reparavit oras.
Ausa ct jacentem v’tfere regiamVultu sereno sortis , ct afperasTratlareserpentes, ut atrum
Corpore combìberet venenum ,
Helìberatâ morte ferocior :
Savis Liburnìs fciUcet invidens,
Prtvata deduci fuperbo
Non humilts rmûìer trìtmpho (44),
Ignorez-vous en un mot, qu’on a toujours admiré la ré-solution qu’ont prise, ou quelques particuliers, ou mêmedes villes toutes entieres de périr plutôt dans les précipi-ces , ou dans les flammes, que de tomber entre les mainsde leurs ennemis ? La Nation, que vous regardez com-me le peuple favori du vrai Dieu, ne blâma point Saulson prémier Roi, l’un des plus vaillans Princes de sonsiécle, d’avoir prévenu en se tuant le déplaisir de tomberentre les mains du victorieux (45). Son Successeur, l’unde vos plus grans Prophètes, ne laissa pas de lui donnerde très-grans éloges (46). Les Livres de cette même Na-tion ne donnent-ils pas des louanges à un brave qui avoirimité faction du Roi Saul (47) ? Et après cela vous nousviendrez dire , tout homme qui auroit tué Lucrèce feroit pu-. nijfable ; elle P est donc de s'être tuée} Aprenez àmieux raisonner, 8c souvenez vous que les Maximesde la Secte la plus noble 8c la plus auguste qui ait étéles Grecs (48), favorisent le procédé de cette Da-
II est sûr q Ue f a j nt Augustin se servoit d’un mauvaisbiais en recourant aux Maximes des Paiens , comme àune réglé de la condamnation de Lucrèce. Je sai bien
pas examiné assez diligemment cette cause, il sufit de di- P“Ure que son Argument prouve trop ; car par un semblableraisonnement il faudroit blâmer une personne qui méri-teroit de grans éloges. II arriva quelquefois dans lesprémiers siécles que des filles fort pieuses, qui s''étoientconsacrées au célibat pour le service de Dieu,furent vio-lées. Cela n’arrive que trop souvent encore aujourd’hui,
8c l’on entend tous les jours faire le conte d’une Supé-rieure, qui avec fa troupe avoir passé par les mains d’unecompagnie d’Irlandois dans le Piémont, 8c qui en fit sescomplaintes à Mr. de Catinat. Suposons qu’une Religieu-se conçût un fi grand chagrin dans un tel cas qu'elle encontractât une maladie mortelle. Suposons que le témoi-gnage de fa conscience, fortifié par les plus solides con-solations qu’un Théologien puisse donner, ne soulage pasfa mélancolie. Suposons qu’elle eût conçu tant d’amourpour la pureté du corps 8c du cœur, que la feule idéed’une souillure très-involontaire la plongeât dans un re-gret insuportable 8c qu’elle en mourût, ne seroit-ce pasune preuve convaincante d’une chasteté exquise? Soninnocence, 8 c fa vertu n’ensseroient-elles point placéesdans un plus beau jour? Cependant, si nous suivions leDilemme de saint Augustin, tout ce qui feroit donné àson affliction feroit ôté à sa chastet é,fipudica cur mortua?
Vous volez donc bien qu il y a plus de subtilité que desolidité dans f Argument de ce Pere. Et ainsi voilà Lu-crèce parfaitement à couvert des traits de saint Augustinhormis à l’égard du meurtre; car si elle ne fût morte quede tristesse, tant lui que les autres Peres de l’Eglise eus-sent confirmé par le genre de sa mort les louanges de sachasteté incomparable.
L’un des travers d’esprit que Balzac donne à son Bar-bon est celui-ci: „ Un autre mot mal-entendu de ì’His-„ toire de Dion l’a obligé à calomnier la chasteté de Lu--, crece, c’est-à-dire, à jetter de la boue fur la plus b este„ fleur de f Antiquité, 8c à salir le principal ornement„ de Rome naissante. Et bien que la réputation d’une íì„ lionneste Dame soit venue pure 8c entiere jusques à„ nous, cét Accusateur de la Vertu a f effronterie d’agir,, tout seul contre le tesmoignage de tous les Siécles, 8c„ de disputer a cette Heroïne la possession de sa gloire,
„ par un procez intenté mal à propos. 11 prétend que„ Tarquin commença véritablement par la force, mais,, quil acheva par la persuasion; que Lucrèce refusa son,, consentement au crime, mais qu’elle apporta quelque,, complaisance à la qualité; qu’après avoir esté vaincue,
„ elle fut gaignée, 8c que le remors de la faute qu’elle„ avoir faite, autant que le regret de saisiront qu’elle-> av °it receu, la fit refondre à ne pas survivre à son„ déshonneur.
Le prétexte que f Historien Dion peut fournir auxmédisans consiste en ce qu’il a dit, que Lucrèce fut en-gagée à soufrir volontairement que l’on jouît d’elle.
H vxyxeerev seùrìjit éxoStrm vspio-Sîjtui. Coegit eam non invi-ta m fluprum pati . (;z). A-L fih ovs ruSr’aùx cézoozu
èls.ot%eêS>t. Eam igitur ob caufam non invita adulterocjJfitis 3). Le savant Critique qui a publié plusieurs beauxFragmens de Dion le blâme d’avoir fait une injure atro-c e à Lucrèce, en disant qu’elle ne fut point déshonoréecontre son gré (54). II prétend que c’est ruiner tout ce Not. m >que la narration de cette Avanture doit avoir de grave, cerptaDio"
& stu’un tel fait aiant amené dans Rome une insigne Ré- nIS ^
volu-
(51) Balzac»
par. m. 88 ,
89, dst Bar-bon.
(sz) Dio» .in ÉxccipU*à ValeíîoeditisS 74 -
(;,) Ides»,
ibid.p. S7^’
(54) Gravts-sima injuriaLucrâtìAff*afficit DUI 1 »eam minir»‘
invitas» “dufi
tero cemr»> x stam ejfe fir‘~bit. Henr.
VálcíuiSj
■ Ex-