L U C R E C E.
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par des Remarques qui font tres-dignes de discussion ( E ). Le Pere lé Moine me fournira
quelque
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«iiffi proxì-mxra Ipa<!i. Idem,ìbid. '
<5«) Dio-dor. Siculus
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(si) îenfe'esdiverses furJts Comè-tes , Chap.
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volution, 8c étant comme un pivot de l’Histoire du Peu-ple Romain, a dû être raconté fort gravement, afin qu’ilparût que la Roiauté, fous laquelle les Romains avoientvécu depuis que leur ville étoit fondée, navoit pas étéabolie fans une forte raison ; qu’il faloit donc dire, nonpas que Lucrèce avoit soufert volontairement que Sex-tus se satisfit, car cela est contigu au crime (jj), maisquelle y fut contrainte lepée à la* gorge. Le Critiquenous avertit de comparer le narré de Dion avec celuide Denys d’Halicarnaíîe, qu’il trouve beaucoup inférieurà celui de Diodore de Sicile (56); mais, ajoûte-t-il, lemeilleur de tous est celui de Tite Live.
Quelque admiration que j’aie pour l’érudition très-pro-fonde 8c très-judicieusc qui éclate dans les Ecrits de Hen-ri Valois, je ne puis être ici de son sentiment. II mesemble que par raport à la gravité il ne manque rien aurécit de Dion; 8c j’y trouve la chasteté de Lucrèce dansun auffi beau jour que dans aucun autre Historien, Scselon toutes les circonstances qui en peuvent releverl’idée. Les termes èxofax, obx ’úxouax ne signifient rien queTite Live, 8c Denys d’Halicarnasse, 8c les autres n’aientfait entendre clairement. Ils ne servent qu’a marquer unecirconstance qu’aucun Historien n’a omise, qui est queSextus ne se servit point d’une force immédiate, commelors qu’une femme se défend le plus qu’elle peut desmains, des pieds, 8c des dehs » 8cc ; mais Dion ne laissepas de faire entendre que s’il y eut quelque chose de vo-lontaire dans la patience de Lucrèce, ce fut de la mêmefaçon que le plus avare de tous les hommes jette volon-tairement ses marchandises dans la mer, lors qu’il n’y apoint d’autre expédient que celui-là de sauver sa vie, quilui est plus précieuse encore que ses richesses. Tout leîrionde juge que ceux qui ne jouissent d’une femme,qu’après lavoir menacée de la mort, ou de la question,ou de quelque peine encore plus effraiante, l’ont forcée,3 c qu’ils méritent d’être punis comme des violateurs; 8cl’on ne peut pas dire que cette femme ait soufert cela debon gré : il n’y a point là une autre espece de consente-ment que celui d’un homme qui marche, mais qui ne lefait qu’à cause qu’on lui tient l’épèe aux reins, 8c quel’on est prêt, ou de le tuer, ou de le traîner la corde aucol, s’il ne marche. Je fuis persuadé que Dion se seroitservi des mêmes termes, êxoSrx eux ’áxovrx, non invita, s’ilavoit eu à représenter la diférence qu’il y a entre unefemme qui aime mieux marcher que de se laisser traî-ner, 8c une femme qui aime mieux se laisser traîner,«pte de marcher. Qu’on cesse donc de dire qu’il a faittort à Lucrèce.
£ ) o» a dit . . . que la Religion navoit eu aucune farta cette aclion de Lucrèce. JJn savant homme a combatu cela
f ardes Remarques . dignes de discussion. ] On a fait
trois Observations dans les Pensées diverses fur les Comè-tes. I. Que fendant les trois ou quatre f remiers siécles de l’an-cienne Rome, la modestie, la frugalité , ix la chasteté desfemmes, y éclatèrent extrêmement, 8c qu’il y en eut quifirent paroître une grande sensibilité pour l’honneur (57).II-Que cette sensibilité nefouvoitfas être inspirée aux sem-mes Romaines far la Religion quelles frofejsoient, fuis qu ileut falu four cela, que leur Religion leur eut apris, que lim-fMiette déplaisait aux Dieux. Or bien loin de le leur atren-dre, elle leur en/eignoit au contraire, que les Dieux étoientexcessivement impudiques (58). III. Que si Lucrèce avoitaimé la chasteté par un principe de Religion, ou, ce qui est lamême chose, st elle l'eút aimée afin d'obéir à Dieu, elle ri eûtjamais consenti aux defirs de Sextus, t? eût mieux aimé aban-donner fa réfutation à la calomnie, que de se souiller dans unadultéré. C est pourtant ce quelle ne fit pas. Elle résista cou-rageusement aux poursuites de ce Prince, quoi qu 1 il la menaçâtde la tuer. Mais quand il ieût menacée d'exposer sa réputa-tion à une infamie éternelle, elle fit ce qu’il souhaitait, IXpuis se tua. C'est une preuve évidente, quelle naimoit dansla vertu que la feule gloire qui iaccompagnoìt , c V quellen’avoit nullement en vue de plaire à ses Dieux ; car ceux quiveulent plaire à Dieu, choisissent plutôt de faster pour infâmesdevant les hommes, que de commettre le crime. Il faut doncavouer necejsairement, que la Religion de Lucrèce ne contri-buoit rien à sa chasteté ; IX qu à cet égard elle eût été toutetelle quelle étoit, quand même elle n eût jamais oui dire quily eût des Dieux (59).
Monsr. duRondel publia en 1685 des Réfléxions fur unChapitre de Theophraste (60) , que j’ai lues 8c reluesavec un très-grand plaisir. L’endroit où il fait l’Eloge, 8cl’Apologie de Lucrèce, me charma principalement; carj’ai toujours été l’admirateur de cette illustre Romaine,8c si le sujet l’eût pu soufrir, je n’aurois pas moins plaidéfa cause dans les Pensées fur les Comètes, que dans laRemarque précédente. J’aplaudis donc de bon cœur àtoutes les choies que Mr. du Rondel allégué pour la jus-tifier, hormis ce qui se raporte aux motifs de Religion.II fait deux doctes Remarques fur ce point-là : l’une (61)que les Dieux impudiques n’étoient point ceux que l’onadoroit (61) dans la vieille Rome ; l’autre, que si Lucre-ce (63) a voulu survivre pour quelques momens a son hon-neur, c est qu’elle y eftoit forcée far sa Religion, tx quelle es-
(«$) C,st]Serviusin Virgil.jEneid. Libr,VIII, Vrrf%646.
toit comptable de fa réputation devant les Euménides (64). («4) Là-mî •
Elle ne pouvoit s’acquiter de son devoir, qu en apellant son m< ’P'K-
Mary, son Père, ex le reste de sa Parenté, leur exposer son
malheur jusqu aux moindres circonstances , ex se tuer ensuite
devant eux , pour preuve de ce qu elle auroit avancé. Un
Poète, dont on ne sait point le nom , a attrafpè l’idée de ce
que je dis.
Quum foderet ferro castum Lucretia pectus,
Sanguinis 8c torrens egrederetur, ait :
Accédant testes, me non favisse tyrannoAnte virum languis, spiritus ante Deos.
Quàm benè, producti pro me p ost fata, loquentur;
Alter apud Manès, alter apud Superos.
Mais il y faut suppléer ce que je dis, touchant le tribunal desEuménides. Voicy ce qui en est. Selon les Théologiens de VAn-tiquité , on eftoit composé d'Ame, de Corps, ex d’Ombre. En.mourakt, on rendoit l’Ame au Ciel , ex c eftoit là qu’on exa-mìnoit les pensées devant les Dires : On rendoit le Corps íla Terre, ou les aillons s’examinoient devant les Furies : exon rendoit ïOmbre aux Enfers , oû il falloit répondre desbruits qui avoient couru de nous, ex cela devant les Eumeni-des. Ne Lucretia, dit un Ancien (65), Castitatis famamdeperderet, quippe quam sine Purgatione suturant essecernebat. invita turpibus imperiis paruit. Il falloit desTémoins, ex du sang, pour fe purger de la calomnie, ex pourparoistre impunément devant les Euménides : ou bien il falloitse résoudre à estre damné à tous les Serpens de l’Infamie, quiétoit une de ces Déesses-, tertia Pœnarum Infamia. Ainsi,
Monsieur, Lucrèce a satisfait à fa Religion, ex elle est pluslouable qu on ne s’est imaginé jusqu icy, puis que dans le coupde poignard quelle se donna, elle fit un sacrifice expiatoire, quiforça la Médisance à estre muette, ex luy fraya un cheminglorieux aux champs Elysées.
On ne sauroit rien alléguer de plus propre à confirmerla prémiere de ces deux Observations, que ce qui fe trou-ve touchant les Loix de Romulus dans Denys d’Halicar-nasse. Ce Prince Fondateur de Rome emprunta desGrecs ce qu’ils avoient de meilleur pour le service divin:mais il rejetta les fables que les Anciens avoient divul-guées concernant les crimes des Dieux , Sc ne soufrirpoint qu’on attribuât à ces natures divines aucune chosequi fût mal séante à leur souveraine félicité. T obç Sì »«-f aSeSoicévoue orepì xbrSv çcvSoUi , h oïç fiXxcrqnqtlxi rivée ehrì xxr*abrôiv íj xxryyopíxi , irovypoùe nui âvutpeXelç xxt ùr%$(tovus iÍotA«-| 3 ày élvui, xxi ob% i'n íecév àbX’ ovì’ àvifávcav àyuìSív ksiove,aravreee i\ê$x\e , xcù vtxferxeôxre rouf àvúfÚTtooç xparteToi ettfìíetëv léyav rè xaì <Pfoveïv, pssth «broie otforattTÓvrxe áváÇiov èsti-•ristevfix rSjç pxxxpíxe tyvaeitiç. Ceterum f abulas de ipjts a ma-jorìbus traditas, probra eorum continentes ac crimtna , impro-bas censuit, inutiíesque ac indécentes, IX ne frobis quidemviris dignas, nedum diissuperis .- repudiatisque his omnibus,ad bene ac praclare de diis sentiendum IX loquendum civessuos induxit, nihil eis affingi pajfus quod beats, illi natursparum effet consentaweum (66). II observe nommément queles Romains ne débìtoient pas que le Ciel eût été châtrépar ses enfans, ni que Saturne dévorât les siens, ni queJupiter aiant déthrôné Saturne le précipita dans le Tarta-re, ni que les Dieux eussent été à la guerre 8c qu’ils yeussent été blessez, ni qu’ils eussent été valets parmi leshommes. Tout ce Passage de l’Historien est très-nota-ble; car on y voit Romulus qui établit la Religion, nonpas en homme élevé parmi des pastres, mais comme unexcellent Philosophe, 8c comme un Théologien millefois plus éclairé que les Magistrats de Grece. Cependant,les autres Historiens, non pas mêmes ceux qui commeTite Live étoient plus intéressez que Denys d’Halicarnas-se à la gloire de Romulus, n’ont rien dit fur cet Article:ce silence est surprenant 8c inexplicable. Mais remarquonsque cet Auteur, qui articule tant de choses rejettées parle premier Roi des Romains, ne marque pas qu’ils aientproscrit ce qui concernoit les adultérés des Dieux. Di-sons auffi qu'il avance faussement qu’ils ne parloient pasde la castration du Ciel, ni de la destitution de Satur-ne, 8cc. Comment osoit-ii afirmer des choses û fausses?
Ignoroit-il que les Romains avoient adopté toutes ceschimères de la Mythologie Greque (67) ? Que ne secon-tentoit-il de dire que durant les prémiers siécles de Romeils n’y ajoutèrent point de foi? Quoi qu'il en soit, ac-cordons-lui ce qu’il débite de Romulus, on ne pourrapoint en inférer que notre Lucrèce ait été persuadée queles Dieux étoient fort chastes.
La tradition, que Romulus étoit fils de Mars 8c de laVestale Silvie, étoit fans doute déjà vieille au tems deTarquin; car cette Vestale avoit déclaré pendant fa gros-sesse qu’un Dieu l’avoit mise en cet état (68). Romulusavoit intérêt que cette fable fut crue, afin de couvrirl’honneur de fa mere, 8c de fe donner une origine céles-te. Cela étoit bailleurs très-conforme aux intérêts tem-porels de la ville qu’il avoit bâtie; 8c c’est aparemment laraison pourquoi rejetant les autres fables des Grecs, st nemarqua pas qu’il falût exclure les amours des Dieux.
Scions donc persuadez qu’au tems de Lucrèce, l’un desArticles de foi du Peuple Romain étoit que Mars engrossa
Silvie,
(fi S) Dionyí.Halic. Libr .II, Cap.XVIII,pxg. S°,
( 67 ) Volez.Cicéron,de NaturaD eorum.
(ís) DionyHalicarn.Libr. I, Cap.LXXVIII,pag. m. fil..