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Tome troisieme. K - P.
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L U C R E C E.

(fip) Dionys,Halicarn.

Lib. I, Cap.LXXVI/I.f. m. fil.,

(70) Cejl-k-dirc une F t Ilequi eût con-sacré sa Vir-ginit* k laDéesse Vejla.

(71) Florus,Libr. I , Cap.XI.

(71) Dionys.Halicarn.IJbr. IV, 'Cap. L XXV,-H-

(73) J ‘ parle

Ainsi pouryn y accommo-der à ceux

qUt VOH-

drolent pré-tendre qit'cllteomprenoìtV ^Article

dont Denysd’Halicar-naffe »**feint parlé ,.

(74) Ltii

Femme deTynd&te.

( 75 ) StíCCtt-huit fiimavida pttellametu. Ovid.Fastor. Libr .U . f . 810.

(- 6 ) Van

des Interloctt*teurs de Ci-céron auxLivres de.NaturaDeomm.

quelque cîiose; il est de ceux qui ont fait l’Apologie de cette Dame, & il a dit qu’clle surpas-sa ses Divinitez (F). N’oublions pas de remarquer qu’auffitôt que Sextus sentit de l’amour

Silvie,lors qu’elle alloít chercher de l’eau pour le servicedivin dans le bois sacré de ce Dieu (69). Ainsi Lucrècebien loin de craindre qu elle n’offehsàt les Dieux, fuposéqu’elle Commît adultéré, devoir craindre de se trouverseule dans quelque bois consacré, 8c s imaginer que sonhonneur y couroit un très-grand risque, le Dieu de cetendroit-là étant fort'capable de devenir amoureux d’elle,8c de la forcer avec d’autant .moins de ícrupule qvi’eilen’étoít pas Vestale (70), cornme la mere de Romulus.Notez que pendant les guerres que Tarquin fit aux Ro-mains, ils firent bâtir lift Ternple a Castor 8c à Pol-lux (71), c’est-à-dire, à deux bâtards de ce même Jupi-ter qu’ils adoroient dans le Capitole. Cela justifie, à l’é-gard même dé la vieille Rome, ce que l’on a dit dans lesPensées fur les Comet.es , que la Religion n’aprenoit pasque l’impúdicité déplaisoit aux Dieux. Notez aufíì quele présider Roi dé Rome efi défendant de leuf imputerce que la Grece léuf irnpùto'it, fit conoître qu’il còuroitde mauvais bruits tôucháììf leuf conduite. Cela fit fansdotìte íju’à tout lé moins On etit quelque curiosité de s’in-formet dé Çes médisances; Sc nous savons qu’au tems de'Tarquin fÓratle de Delphes étòit fort conu à Rome (72.).L’on y saVoit donc déS nouvelles de la Religion desGrecs; oh y savoir donc les contes des amourettes desDieux; 8c comme l’on cfoit aiEmem ce qui flate les pas-sions, oœ àjoûta foi fans peihé à des discours autorisezpar uíiè Nation savante Sc ingénieuse. Sc qui soutnis-soient tàsit d’Apologies àúx gens débauchez. Nous hefaisons qu’imitér les Dieux, fé disoieht-ils à l’oreille aucomrsienceihent:ils furent plus hardis dans la fuite à me-sure qtie la Loi de Romulus viéilliffoit. Nous savon s parl’expériencë des derniers siécles, que la proscription d unLivre, OÍt l’on raconté lés amours 8c les désordres duneCour, fait bien què les habitatìs du pars, ne débitent pasces Histoires scandaleuses : mars ils n’en pensent, pasmorts; ils n’en croient ni plus ni moins qu’auparavant.Apliquez cela aux sujets dé Romulus par raport à la pros-cription dés fables dés Grecs. Ajoûtons que la construc-tion du Temple de Castor & de Pollux fut comme unedéclaration authentique des adultérés de Jupiter, 8c déro-gatoire à la Loi de Romulus (73). Le mari de la mere(74) de ces deUx Divinisez fut déclaré par cet édificeaussi solennellement cocu, que par un Décret des Arn-phictyons, ou que par un Arrêt du Sénat. D oit il fautconclure que l’honnêteté 8c les bonnes mœurs, qui fe re-marquèrent parmi les Romains des trois ou quatre pre-miers siécles, ne dépendoient pas de la Religion Paienne,mais feulement de la Religion naturelle, 8cc.

Mais voici un Dilemme. La Religion établie par Ro-mulus , Sc qui représentoit Dieu comme un être très-par-fait, líibfîstoit au tems de Lucrèce en son sentier, oiiavoit déjà été corrompue par les fables de la Grece. Auprémier cas, Lucrèce ne s’est point conduite par les prin-cipes de la Religion, puis qu‘eÌÌe a eu plus de crainte duqu’en dira-t-on (7 y), que de Dieu "Mme. Au' secondcas, elle s’est conduite paf des idées ^'honnêteté, 8c d’a-mour de chasteté, que la notion de ses Dieux ne luidon-noit point. Volons à présent cé qui concerne la secondeObservation de nôtre savant Ami.

II me permettra de dire que l’Erudition qu’il a débitéesur la distinction des Dires, des Furies, Le des Eumeni-des, 8c ce qui s’ensuit, passoit Lucrèce, & toutes lesfemmes qui furent jamais à Rome, 8c au pais des Athé-niens. C’étoit un morceau de la Théologie la plus mys-tique qui fût alors dans le monde. Les -femmes n’yavoient que voir: les simples initiez n’en aprochoientpas ; il saloir être vieux adepte pour être instruit de cetArticle. Je ne sai fl Varron lé plus docte des Romains ,gc 1 e Pontife Caius Cotta (76), pénétrèrent si avant. Acoup sûr Lucrèce ne savoit pas qu’elle auroit beau fe tirerd’afaire au ciel, & en terre devant les Dires, 8c les Fu-ries: Lc que tout cela ne lui serviroit de rien, si elle ne sefournissoit des pieces que les Eumenides lui demande-roient dans les enfers. Elle 11e fe tua donc pas pour avoirde quoi répondre à un examen dont elle n’avoit nulleidée. L’intérêt unique de fa,réputation, fans aucun ra-port à la Religion, la porta à se tuer, comme on l’a ditdans les Pensées fur les Comètes.

Saint Augustin a fort bien compris cette vérité, 8c ena conclu avec raison que la conduite de Lucrèce n’égalepas celle des femmes Chrétiennes, qui aiant.subi unesemblable violence, se consolent cn Dieu le témoin deleur pureté intérieure, Lc se gardent bien de réfuter lessoupçons des hommes par la transgression de la Loi divi-ne. Quod seipsam, quoniam adulterum pertulit, ettam nonadultérai a occidìt, non efi pudicitia caritas , fied pudoris infir-mitas. Puduit enim eam turpitudinis aliéna infe commisse ,ttiam fi non fecum : en Romana mulier laudis avida nitnmmventa efi, ne putaretur, quod violenter est passa cum vive-Tít > tenter pajfa fi vïveret. Unde ad eculos hominum men-t l s J USL . teftctn illam pœnam adhibendam putavit, quibus con-J c tentiam demonstrare non potuit. Sociam quippe sabli fe credttr u:t, Ji quod alias in ea fecerat turpiter,ferret ipfa patien-Itr, Non bsc feetrunt femina Christtam, qiu pajfa fimlia

pour

vivant. Tamen nec in fe ulta funt crimen alienum , ne alio-rum feeleribus adderentsua; si, quoniarn hofies in eis concu-pifeendo stnpra commifcrant , ilU in fe ipfis hemicidia erubes-eendo committerent. Habent quippe intas gloriam caftitatis *testimonium confcientia; habent autem coram óetilis Dei fui ;nec reqmrunt atnplms , ubi quid reííe faciant , non ârnpliushabent , ne devient ab áublorìtate legis diviná , cùm maie de-visant ojfenjionem fufpicionts humana (77). Si au lieu desuivre l’esprit Romain avide de loiiange (78), elle se fûtconformée aux Loix de la bonne Religion, elle eûtmieux aimé se laisser tuer par Sextus, que de lui permet-tre ce qu’elle soufrit. On ne peut donc la justifier auTribunal de la Religion; mais ii on la juge au Tribunalde la Gloire humaine, elle y remportera la couronne laplus brillante. Car si d’un côté la vie lui a été moins chè-re que la chasteté, elle a sacrifié de l’autre à la belle ré-putation ce qu’elle avoit préféré à là vie même. Toutcela fe réduisoit à l’amour propre; mais si elle eût étéChrétienne, je dis bien Chrétienne, elle eût agi autre-ment, 8c par un principe' d’amour divin. Le Jésuite Es-pagnol que j’ai cité ci-deffus lui marque bien son devoir,8c lui opose ce que répondit Lucie femme Chrétienne.Mal se eganho Lucrecia , y fi tuvièra tanto valor de animacomo hettfiosura ., con el primera reparara el danno que la hi -z.o la segunda. No son violadas , ditee Sant Ba/ilia (*j , ha-blando de las virgines : Quse vim passe funt non consen-ti ente ad voluptatem anima, imo intégra m arque incor-ruptam fponso suo & fide Lc virginitate inclitam, major!cum gloria 8c laude obtulerunt. Êjlo no fabia Lucrecia, yfi lo ehtendia , cégafe con el puntillo de la honra, y tódo loperdio. De mánera , que por medìo de la muerte , que do

muertá : y por temor de la honra quedo deshonrada .

Quanta mas , que refpondio muy bien otra no Lucrecia Roma-na, fino Lucia Chrijtiam, al Présidente Paschafií, que sobreel mesnto punto dixo, la pondria en el lugar de las mugertirameras, para que qualquiera la ìnfamasfe,y el Espiritu divi-no de que se.precidva la desatnparasse : Si invitant jusserisViolât!, castitas mihi duplicabitur ad coronam (79). U ya une autre chose en quoi les femmes Chrétiennesdont parle saint Augustin la surpassaient : elle eut àchoisir entre la mort, & la complaisance; elles n’eurentpoint la liberté de ce choix (80). Les tyrans, les persé-cuteurs , les soldats, emplôiòient la violence fans propo-ser l’alternative. Réduites en cet état elles ne pouvoiéntS’armer que du défaut de consentement,Lc que dê la répu-gnance du cœur; car dequoi eût servi la résistance des bras Lçdes mains? Quant au reste,il faut présumer pour Lucrèce lamême chose que pour elles, c’est-à-dire, rejetter les con-jectures dont saint Augustin a fait mention à l’égard decette Dame Païenne. Que saít-on, dit-il, si elle ne sesentoit pas coupable de quelque consentement, Sc si cene fut point la raison pourquoi elle se tua? Quid fi enim,( quod ipfa tantammodo nasse poterat , ) quamvis juveni vio-lenter irruenti, ettam sua líbidine illeíla eonsensit, idque in sepuniens ita doluit, ut morte fut are t expiandum ? Quamquamnec sic quidem occidere fe dtbuit , ji frubtuosam posset apuddeos falsos agere pœnïtentïam. Verumtamcn fi sorti ita estfalsumque est illud, quod duo fuenint, & adulterium unmadmifit , fid potius ambo adulterium còmmiserunt, unusmanifesta invafione, altéra latente consenfione, non se occi-dit msontem (81). Ce sont des soupçons déraisonna-bles. II faut croire que son cœur ne perdit rien de fapureté , 8c qu’on lui ôta par force une pudicité im-maculée (8z). C’est la traduction litérale des parolesdont Brutus fe sert dans Denys d’Halicarnasse. Notezqu’on peut croire raisonnablement que personne n’au-roit jamais ss faction du fils de Tarquin, si Lucrèce nel’e.ut révélée.

(F) Le Pere le Moyne ... a fait ïApologie de cette Da-me, cv il a dit qu elle surpassa ses Divlnitez.J J’ai veu,dit-il ( 8 g), le probes que l'on fait k fa mémoire ,„ 8c la fen-,, tence qui luy est attachée dans les Livres de la Cité de„ Dieu. J’ay aíïisté quelquefois aux Déclamations, qu’u-„ ne des plus hautes Lc des plus fortes Vertus de son 8e-„ xe (.84), a coustume de 'faire contre elle: Lcj’avoué„ que ix elle est jugée par le Droit Chreílien Lc selon les„ Loix de l’Evangile, elle aura peine de justifier son in-

„ nocence.Neantmoins, si elle est tirée de ce

„ tribunal fevere, où il ne fe présenté point de Vertu,, rayenne, qui ne soit en danger d’estre condannée: si„ elle est jugée par le Droit de fou Pays, Lc par la Reli-,, gion de son Temps, elle sc trouvera des plus chastes„ de son Temps, Lc des plus fortes de son Pays : • la no-,, ble 8c vertueuse Philosophe, qui l’accuse si souvent ,„ 1 absoudra de son malheur, Sc se réconciliera avec el-» k; 8c chacun avouera que son péché fut moins de fa>> àte, que de l’impersection du Droit Romain*, qui ne» * a voit pas bien reglée, 8c des scandales de la Religion,» Rui ne luy avoit donné que de mauvais exemples. En3, effect, le Droit de ce Pays-là n’estoit alors qu’un Droit

3, superficiel Lc de montre.Quant à la Religion Ro-

33 maine qui erigeoit les Courtisanes en Déesses, Lc sa-33 crifioit à des Adultérés, il ne falloit pas attendre qu’el-33 le fiít des Vierges, ny des Femmes chastes. ' En cela

„ Lucrèce,

(77) Augitft.

de Civit.

Dei, Libr. I,Cap. XIX,fis.

(7S) Vincttamer patricelaudumqusimmuisa cu-pide. Virgil./En. Libr.VI, Vtrs.S24.

(*) V. Basil.Lib. dc ver.virg.

(79) J nan.,de Tortes,Philoso-phé Moralde Principes,Libr. XIX,Cap. VIII.p<8- 577 -

(80) Chrijlia-nis fœminisin captivitatecompr.ffisalieni abomnicogitations

faniïitatisinsultant,August, deCivit. Dei,

Libr. /, Cap*■X / X, p. 6-.

(81) idem,ìbid, pag. 6S*

(82) T$v

âl-isxVTOV

à<pKipe&£tffX

ctì§3 síSTÌCfiíaç. Impôt-Ittta pudicittâper virafpoliata .DionyCHaJic. Cap.LXXX VIé

M * 274.

Ces parolesréfutent laCritique deHenriEstienne.Votez. ci~àei+srn la Kcrnaf*que (D),

& 2 alinéa*

Moyoc

parle