L U C R E c e:
2rZ
que l’Invocation, qui se trouve à la tête de son Poème (/), soit propre à montrer qu’il s’eífccontredit, & que dès la prémiere ligne il a' quité son Système. Ils auroient raison, s’il étoitvrai que cette Priere fût autre chose qu’un jeu d’esprit ( As), où il voulut bien s’accommoder
en
C? 7 ) Re-marquesfurie I Li-de Lu-crèce,
c °m?,nenct-
Î 4 o,
Jacob.
RondeHus,
de V it a Sc
Moribus
Eçìcuïî,^Amfìdod.
Itzvz m 12 .Voici, f *At~iicle
Cure, %TTn.iryue (L).
(îs) ]
Re-liquesI ' lr le I Li-! te de Lu-
l u ”>ihi
p rx .
c u n * da «W/;P rr ^spa~sts m P r *-«tó-
cl? xsa >
Çal f<rpe , re+
?#*«■ homi-itura , dìvâm-?#<? voluptas 5
^ ctW «f
capíam
jst** lande co-
° na ’»- Lu-
VÏ\ Libr -
V ‘>í- S> 1 .s 5 U rims l tí
Z°7' r ‘*-«
ftu 1 ?-
**■
i® 2 ) Geor.dice'^»-
tk ’ïÌT-
&î tf *-
E***
<Zr«
p%l lh <
íu?)?' 4 " - '*
le
Xett ré/£tll tlis, Clle l
( r) U Invocation qui fi trouve à la tête de fin Poème.]Mr. le Baron des Coutures observe (57) que cette Invoca-tion a surpris beaucoup de Savans, comme contraire à la doc-trine d’Epicure. Lambin, ajoûte-t-il, cite un Florentin quiprétend en avoir trouvé la raison, parce que ce Philosopheayant soutenu que nos crimes nattiroient point la colere desDieux, non plus que nos bonnes allions leurs bienfaits, il ad-mettoit néanmoins les prières , c? vouloit qu ils écoutaient cel-les des hommes. Je n’éxamine point si sous prétexte qu’E-picure a fait profeíìion d’honorer les Dieux, il est permisde conclure qu’il a fait auffi profeíìion de les invoquer, &d’attendre qu’ils exauceroient ses prières. II n’y a nulleconséquence de l’une de ces deux choses à l’autre. Onpeut estimer, respecter, vénérer un être, à cause desperfections de fa nature, saris pourtant lui adresser desprières; car on pourroit être persuadé qu’il ne se mêle derien, Lc qu’il ne dispense ni les biens ni les maux. Jen’exainine point non plus st Epicure n’a fait semblantd’honorër la Divinité, que pour s’exemter des peinesétablies contre l’Athéisme. je renvoie mon Lecteur auTraité du savant Mr. du Rondel. (58). Mais j’ose bienassurer que Lucrèce n’a point invoqué la Déesse Venus ,pour se conformer aux principes que ce Florentin attri-bue à Epicure, que les Dieux font dignes de nos prièresencore qu’ils ne gouvernent pas le Monde. Ae ne fuis pasdu sentiment de Lambin, ( c’est Mr. le Baron des Coutu-res qui parle (59) ) qui aplaudit à ce Florentin : luy-mêmen explique pas mieux la chose, en adjoûtant que Lucrèce ne■s eft peut-eftre adrejjé à Venus, que suivant la coutume desPoètes, í? que ce neft point en qualité de Philosophe qu ilprétendait que ses charmes obtiendroient de Mars la paix, queles Romains fiuhaittoient ; ou pèut-estre qu Epicure, mettantde souverain bien dans la fuite de la douleur, s’eftoit adrejsé àla maîtresse des plaisirs, ou parce qu enfin elle estoit mere d’E-•née, d’ou firtoit le fondateur de Home. Pour moy je sou-tiens que Lucrèce ne s'est point éloigné du sentiment d’Epicu-re , en invoquant Venus : ce n’est point une saillie de Poète, nyUne reconnaissance Romaine-, c est une refieílion de Philosophe. Ilria point regardé la Maîtresse de Mars comme une Deestè,puis-que luy-même dans fin second livre dit, que Baccus zv le vin,Cerés cv le bled font les mêmes choses; il ne s'est pas non plusimaginé que Mars fût un Dieu ; mais comme il écrivait un poè-me de la nature des choses, pouvoit-il mieux s'adresser qu à lagénération qu il entend par la mere des Amours, que tous lesNaturalistes ont connu pour cet appétit secret qui a esté donné àchaque espece pour sa propagation. Cela n’Ôtepointla difficulté;car ll est fur que Lucrèce considéré Venus selon les idéesde ceux qui la prenoient pour une Déesse. II ne la re-garde point comme la passion naturelle qui porte les se-xes à s’unir: car selon cette notion Venus n’est pas plusla mere d’Enée, que la mere d’Epicure; 8c néanmoins illa désigne d’abord par l’épithete à'JEneadum genitrix. Cequ’il y a de plus raisonable, ce me semble, est de direque tout ceci n’est qu’un jeu d’esprit. Lucrèce, voiantque tous les Poëtes -invoquoient les Muses au commence-ment d un grand Ouvrage, ne voulut pas que son Poëmetut privé d un ornement de cette espece: il débuta doncpar invoquer Venus, comme la Divinité la plus conve-nable à un Physicien. Mais il ne prétendit nullement quece fût un acte de Religion, ni que la Venus qu’il com-bloit de tant d’éloges fût un être qui entendît rien. C’estainsi qu’il a invoqué dans un autre endroit la Muse Cal-liope (60), sans prétendre s’adreffer à aucun être intelli-gent. II n’a donc rien fait contre ses principes. J’aimeroisautant accuser Lipse d’avoir fait un acte d’IdolatriePaien-ne, par les Vers qu’il adresse à la Planète de Venus enfaveur de son Jardin (61), que d’imputer à notre Lucrèced’avoir fait un acte de Religion, par la Priere qu’il adres-se à la mere d’Enée. Notez qu’une infinité de PoètesChrétiens, mille fois plus ennemis de tous les Dieux duPaganisme que Lucrèce ne l’étoit, invoquent souvent lesMuses ou Bacchus dans leurs Poésies. C’est pour imiterles Anciens, & non pas pour faire aucun acte de Reli-gion ; car ils ne songent point alors à invoquer Dieu.■Notez auffi qu’on a mis en parallèle cette invocation deLipse ad stellam Venerem, 8e l’Invocation de Lucrèce, &qu’on l’a fait à dessein de convaincre Lipse d’une impié-té (6z) ; mais ce n’est qu’au cas que cette Priere ne soitpoint un jeu d’esprit'(63). Ce n’ét'oit que cela.
Au reste, le Florentin dont parle Mr. des Coutures estle docte Pierre Victorius. Mr. Minutoli me Vécrivit l’an1693. Voici ses paroles plus amplement que je ne les airaportées dans l’Article d’E p 1 c u r e (64). „ II y a dans le« même Recueil (65), à la page 19 , une Lettre de Pe-» trus Victorius à Jean délia Casa Archevêque de Bene-” vent,qui roule sur la question si lé Poète Lucrèce,qui» dans le commencement de son Poëme invoque Venus," ne peche pas en cela contre la doctrine d’Epicure son>> P at Jon, 8c si cela est compatible avec cette inaction" ffiri est attribuée aux Dieux par ce Philosophe. Mr. du” 5 S, n - e * é° nt je n’ai pas lul’Ouvrage qui faits Apologie» u Epicure à cet égard, fait-il mention de cette diffi-
(««) VFez.,les Lettrespubliéespat Mr.Matihxus*
à Leide fan1695 m 8 >pag, 162.
(67) ïbidt.
pag, 16Z.
(68) Namtu so/a potestrancjuilla pu-ce juvareM-irtnieis :quorriam bellifera mcencra.MavorslArmìpotensrégit : in gre -mium qti:
fe tnum jeT(eficit, <tler~no dcvinttus
Libr. 1 ,
Verj'. zr.
(69.) Voiex. ìaRem. (E),Citât. (26 J..
S i Epi-cure a puaccorderson Systè-me avec leCulte pu-blic > Sctromper lesAthéniens,
„ culte,& cite-t-il cette Lettre”? Tycho Brahé fut con-sulté sur cette question par Isàc Pontanusl’an 1596, 8erépondit pertinemment. Ad qmstìonem illam jocofam,dit-ìl (66), CT* nonnihil Criticam antiqui Lucretii, cum fsfiâìam Philofiphorum Deos eorumque providentiam ìnfician-tium profiteretur , Venerem nthilominus, Mneadum genitri-cem, primordto fui operis, esusque opem imploret, non habeofirto dicere , quomodo hac refilvenda fit, fiquidem non adVeneris fidus caelefte, quod nos una cum ceterís subinde scru-tateur , fid ad terrestrem illam Venerem, Aineadum, utifin-gebant Poéta, matrem, cr aliorum quoque hominpm genitri-cem pertineat .(67). Si qutd tamen in his hostri va-
lent lusus, crediderim Lucretium ad imitationem aliorumPoètarum fie exorj'um esse, non quod révéra altquam Deam,qua Venus appellaretur,aut ulla alia numina ftatueret. ldeoquejub hoc nomme voluptatem corpoream, quam etiam Deum sub-inde nuncupare non veretur, intellexiffe arbitror.
( K ) Ils auroient raison, fi .. . cette Priere fût autre chosequ un jeu d’esprit.] Avant que d’abandonner cette matière,il faut que je dise que si Lucrèce avoir invoqué ou Ve-nus ou Calliope, avec la persuasion que sa Priere lui pro-curerait quelque bien,ilse seroit contredit d’une maniérétout-à-fait indigne, non seulement d’un Philosophe, mais ’julZrè amc-même d’un homme médiocrement capable de raisonne- r is. Lucret.ment. Car à peine a-t-il fini cette prétendue invocationde la maîtresse de Mars (68), qu’il établit pour principe,que les Dieux ne se soucient, 8c ne se mêlent de rien (69);
& dans tout son Livre il prend à tâche d’expliquer lesphénomènes de la nature par le mouvement des atomes,
& de réfuter ceux qui y font intervenir le ministère desDieux. On ne peut point inférer de là, ni qu’il n’aitpoint cru leur existence, ni qu’il n’ait point eu du respect8c de la vénération pour eux ; car selon ses principes iln’est point absurde qu’il se soit formé des êtres beaucoupplus parfaits que l’homme, 8c contens de leur condition,
8c nullement curieux ou de savoir, ou de réformer lesactions 8c les affaires d’autrui: 8c comme il est très-cer-tain que nous admirons avec beaucoup de vénération lemérite de quelques grans hommes, fans avoir jamais reçud’eux aucun bienfait, ni fans en attendre aucune faveur,ou en craindre nul mauvais office, rien n’empêche queles Sectateurs d’Epicure n’aient effectivement vénéré lesDieux. Mais on peut très-bien inférer du Système de Lu-crèce, que cet homme n’a point dû les invoquer, &qu’il a dû regarder comme une chose très-inutile tout leculte de Religion qui se pratiquoit dans Rome ,les vœux,les sacrifices, les fêtes, 8cc. II se présente ici une résié-xion à faire sur la conduite des Prêtres Athéniens par ra-port à Epicure. Ils ont fait punir en divers tems les Phi-losophes qu’ils accufoient d’Athéisme , & ils firent ungrand procès à Aristote pour un simple acte de profana-tion (70). D’où vient donc qu’ils ne harcelèrent point ( 7 °) MmrEpicure? Fut-ce à cause qu’il ne se brouilla jamais avec mr - Anaxil ~eux par quelque intérêt personel, par quelque offense fjsJ‘fitpersonelle , comme avoient fait peut-être ceux qu’ilspoursuivirent, 8c que peut-être ils n’accusérent d’irreli-gion que pour contenter leurs pallions particulières, fousle manteau de la piété ? Fut-ce à cause qu’Epicure eut lapolitique de se conformer au culte public, & de l’aprou-ver hautement? Je croi bien qu’ils étoient capables de secontenter de l’extérieur, comme l’on fait aujourd’huisans vouloir fouiller dans les pensées ; mais ne faloit-iipas comme aujourd’hui que cet extérieur fût conservéjusques dans les Livres, 8c dans les Leçons ? Souffroient-ils qu’on dogmatisât dans son Ecole le contraire de cequ’on disoit dans les rues 8c dans les Temples ? II est dif-ficile de s’imaginer cela. Cependant le Système d’Epicu-re combatoit formellement 8c clairement le culte desDieux ; tel que les Athéniens le pratiquoient : il ne pou-voir compatir qu’avec l’estime, le respect, les louangesdes Dieux; 8c nullement avec les prières, les sacrifices,
8c les actes de pénitence. Ainsi tous les inconvéniens quel’on pouvoit craindre de l’Athéisme, l’anéantiffswent de
la confiance en la protection du ciel, la destruction de _ _ _
l’espérance d’être heureux en bien vivant, 8c de la peur August. ded’être malheureux en vivant mal; tous ces inconvéniens, Civit. Del,dis-je, fans en excepter un seul, couloient auffi naturel-lement 8c auffi nécessairement de la doctrine d Epicure,que de la doctrine des Athées. Les esprits le moins pé-nétrans comprennent très-bien, que tous les usages de laReligion font fondez, non pas fur le dogme de l’existencede Dieu, mais fur le dogme de fa Providence : puis doncqu’Epicure a été foufert dans une ville ou 1 on puniffoitles Athées, il s’ensuit que l’acception de personnes y avoirlieu, & qu on y avoit double poids, &: double inclure^ou que les Athéniens, si fins Sc si déliez dans le reste,étoient fort stupides fur le chapitre de la Religion. Ils s elaiffoient jouer comme des enfans : ils ne s’apercevoientpas qu’en dogmatisant comme Epicure, on se moquoitd’eux si l’onprotestoit quel’oiiaprouvoitl’usagedes sacrifi-ces, 8c des prières, 8c toutes les autres parties du cultepublic. Cette raison là me parortroit forte, pour prou-D d 3 • ver
)olem ejftdixit laptdemardentem ,negans utîqueX>eum > cum-in eadem ci-vitate gloriajìoruerit E[>i-curm , vixe-'ritque fecuruSznon folum fo -lemvel ullumfyderumDeum ejjè macredens , feinec Jovemnec utlumdea-rum omnìnoin mtmdo ha-bitare cont'en -dcns , ad quempreces homi -num fuppU-eatìonefqueperveniant .
Libr. XVIII»Cap. XLl ,