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Tome troisieme. K - P.
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LUCRECE.

en quelque façon à la coutume. II est aisé de prouver qu’en plusieurs rencontres íl a confor-mé son style au langage commun, & aux sentimens qui selon lui n’étoient qu-’erreurs popu-laires (Z,). On prétend qu’il a été Disciple deZenon. Ceux qui ont critiqué cela n’ont pas tropbien réiiffi (M). Nous dirons en réfutant Mr. Moreri (N), 8c quelques autres Ecri-vains

ver que ce Philosophe a dogmatisé la providence de Dieu, Pythia , qut tris ois é Phœíi lauroque profatur-,comme le prétend Mr. du Rondel; elle me paroîtroit, Malt a nbi expediam doùìis solatia diìshs (74).

dis-je, bien forte, fi je ne voiois que Lucrèce co m bâ-tant manifestement la providence, fans détour ni équivo- II promet là des Oracles beaucoup plus certains que ceuxque, & fans qu’on puisse former pour lui les Apologies de Delphes, Le il s’étoit servi ailleurs du même c.ompa-

( 74 ) LucresLibr. V,

Vers, US»

que l'on forme pour Epi cure, a vécu dans une entièretranquillité à Rome, ville qui n’étoit pas moins jalousede la Religion, ni moins severe contre les impies, quele Peuple Athénien. Notez en passant que les bonnesmœurs de .tout homme qui reconoît comme Lucrècelexistence , la sainteté , le bonheur, l’immortalité deDieu, fans reconoîfre fa providence, font une auíìi bon-ne preuve de cette Thefé, 1 Athéisme n est pas nêcejjaire-

ratif pour relever l’importance de la doctrine des anciensPhilosophes de la Grece.

Quamquam multa bem ac dìv'mitns ìnvenientesEx adyto tamquam tordis refponfa dedêreSanttms , cr multo certa ratione mag/s , quàmPythia , qua tnpode ex Phoebi, lauroque profatur (7 j).

(?«) U,m

Ltír, I, Vers»

737 ./MJ,,

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-, .'','su’^rpnvp nue Oui ne voit que dans F un & l'antre de ces deux Paflages 42 >41.

a“ôprim“Lon les idées du Peuple, &non passdoaî 0 fnk C 1a°providence de Dieu & son existence : car il est les principes de fa Secte ì Car selon lui les Réponses devisible ue la foi de fexSence , fans la foi de la provi- la Prêtresse d’Apollon ne pouvoient etre que les fantaisiesdence ne peut pas être un motif à la vertu, ou un frein d’un cerveau malade, ou d un imposteur ignorant. Il nen tre le vice P reconoissoit aucune Divinité dans les Oracles : ce n’étoit

C (L) Il a conformé son style au langage commun , & aux donc pas donner une grande idée d un dogme philofophi-

r,Ll ,... fffjtmui ,»e à Xrg

( 71 ) Se?!-qv.ts Manus-crits ontjiatura.

C*est U mtmt(hofe quantet» sens,

Votez, leCommen-taire deXambin inhune lo-cum ypag,,m, S9ì,

exemples. II croioit que"le ciel & la terre ne dureroientpas toûjours, & il annonce à celui à qui.il a dédié sonLivre, que peut-être la destruction de ce monde arrive-roit de leur vivant: fasse la fortune qui gouverne touteschoses, ajóûte-t-il, que ce malheur soit détourné loin denous.

Dictés dabit ipfa fidem resEorfitan , & graviter terrarum motibus orbisOmnia conquajfari in parvo tempore cernes:

Quoi) PJOCÍU A N O B I S F 1 ECTAT FORTS-N A (71) GUBERNANS:

Et ratio potius, quàm res persuadeat tpsa ,

Succidere horrisono pojfe omnia vida fragere (ji).

(ji) Lucres,Lib. V,

Vers. ioj,pag.m. 2 ss.

(?ì) Virgil.A n. Libr.III, Vers. 26s.

U est visible que le vœu, ou le souhait, ou la priere, qu’ilpousse, ne venoit qne de l’habitude qu’il avoit prise deparler comme les autres. II fe trouvóit tous les jours avecdes personnes dont le langage étoit parsemé de parenthè-ses que l’on auroit pu apester dévotes, si estes n’eussent étéplutôt un effet de la coutume, qu'un acte de réfléxion.Sa femme, fa servante, ses amis, tous les Romains engénéral, étoient stilez à mêler un vœu dans le récit dequelque mauvais présage, ou de quelque triste accident.Iléus averlat , Dieu nous en garde , difoient-ils. Si un telmalheur arrivoit, quod abominor , ce qu à Dieu ne plaise.Les Auteurs fe fervoient aussi de ces façons de parler,Di, próhibete minas, Di, talem avertite cafum (73). Je nedoute pas que Lucrèce, accoutumé dès I’enfance à cesformules du discours, ne s’en servît dans ses entretiensfamiliers, ou fans correctif, ou en substituant le mot denatura, de fortuna , à celui de Doits. C’est ainsi que lesProtestai» ont substitué' la parenthèse Dieu veuille avoir soname, à celle de que Dieu absolve. Les Catholiques Ro-mains fe servent de celle-ci quand ils font mention deleurs parens décédez; mais comme elle ne conviendraitpas à ceux qui nient le Purgatoire, les Protestans ne l’ontpoint admise, & se sont néanmoins accommodez à lacoutume par une phrase située comme l’autre, & tournéeselon leurs Maximes de Religion. Lucrèce fe trouvantaccoutumé, & par ses lectures, & par ses conversations,à l’ufage de cette forte de parenthèses, inséra le vœu oule souhait que l’on a vu ci-dessus. Rien ri étoit plus inu-tile que cela dans l’Hypothese qu’il soutenoit, & l’on nepeut pas prétendre qu’il ignorât l’incompatibiíité d’un pa-reil vœu avec la doctrine des atomes; il favoit trop bienque la nature ou la fortune, qui les poussait, n’étoit pascapable de changer, ou de retarder leur cours, ni d’en-tendre même les souhaits des hommes. Si la fuite de leurmouvement devoit amener bientôt la ruine du monde,cette ruine étoit inévitable ; les prières les plus dévotesdu genre humain, les sacrifices, & les processions n’ypouvoient aporter le moindre delai. D on vient doncque Lucrèce invoque en quelque façon la Nature ou laFortune, afin qu’elle renvoie à un autre tems la destruc-tion de la terre ? C’est qu’il parloir quelquefois selon lestyle courant. Notons que le dogme de la fatalité n’ex-Clut pas tous les souhaits; car fans s’écarter de ses princi-pes Epicure auroit fort bien pu souhaiter que la disposi-tion des arômes fût favorable à fa santé. II n’auroit paspu demander qu’elle changeât, mais desirer seulementque leur nature les eût amenez à un tel, ou à un telpoint. Lucrèce va plus avant, comme il parait par sesexpressions. Voilà le prémier exemple que je veuxdonner.

Le second n’est pas éloigné de celui-là » vu qu’immé-matetnent après les six Vers que j’aì raportez, on trouve

les pensées de Mr. Des Cartes font plus dignes d’atten-tion que les Prophéties de ces diseuses de bonne avantu-re qui courent de lieu en lieu. II est donc clair que Lu-crèce accommodoit son langage aux opinions populaires,

& que l’on ferait coupable d’une chicanerie ridicule, ûl’on soutenoit que la force de la vérité lui arracha quel-quefois des confessions qui renversaient son Système, &qui le convainquaient de fe contredire grossièrement; quepar exemple il a reconu en deux endroits de ses Poésies,qu’il y avoit quelque chose de divin, d’inspiré, de sur-naturel , & de prophétique, dans les Oracles d’Apollon.

( M) On prétend qu il a été Disciple de Zenon, Ceux quiont critiqué cela nant pas trop bien ré'ùjfi.] Si l’on admet unefois le sentiment de ceux qui disent que Lucrèce fut en-volé à Athènes pour y étudier,on ne pourra guere révo-quer en doute qu’il n’ait été l’un des Disciples de Zenon,le Chef de l’Ecole Epicure en ce tems-là. Aussi voions-nous que Lambin & Gifanius joignent ensemble ces deuxopinions : Credibile est Lucretium . . . fefe Athenas contulis-fe ìbique Zenonem illum Epicuraorum Coryphaum audivijfe (76), (76) Lam-Voilà ce que dit Lambin, & voici les paroles de Gifa- >às, í«mus (77) : Prterant hortis eo tempore Zeno acriculut tlle fe- Vlt ? E £ i_nex & Phéidrus homo , ut Cicero ait, bumaniffmus, itaque CUn ‘bis videtur usus pnceftoribus Titus , quos etiam Attisas taule (77) in vitalieet hoc po'éta grandior audhit. Mr. le Baron des Coutu- Epieu ri.res a suivi les mêmes traces : Il est vraisemblable, dit-il (78),que Lucrèce . . . alla à Athènes, ob Zenon qui étoit l'honneurde la Seéîe Epicurienne s’étoit aquis me estime generale. On Cíecea inféré dans la Bibliothèque Universelle (79) une Lettre ■ 'qui contient quelques Remarques contre ce Baron. La (79) Tenuderniere est celle-ci : Enfin la j bevuè est que Zenon est dit XXII, t«Ì*avoir été Vhonneur de la Seíle Epicurienne, au lieu qu’il est I 8 í,iîS.reconnu pour le chef fies Stoïciens. Le Censeur n’a paspris garde qu’il y a eu plus d’un Zenon : il a cru qu’onavoit voulu parler du Fondateur des Stoïques, & fur cepied-là il devoit trouver dans les paroles qu’il critiquortune insigne faute de Chronologie dont il ne parle pasZenon le Chef des Stoïciens mourut la 1 année de la 12.9Olympiade ; il faut donc dire que fa mort a précédé deplus de 160 ans la naissance de Lucrèce. On devoit doncsoupçonner qne l’Auteur que l’on censurait avoit eu envue un Zenon différent du Fondateur des Stoïques; & fice soupçon avoit engagé à quelques recherches, on au-rait trouvé un fameux Epicurien nommé Zenon (80) (s°) H ít,:t

qui enseignait dans Athènes au tems de Lucrèce de SUí s

( N) En réfutant Mr. Moreri.] I. II ne devoit pas dire fcTdeque notre Poète s’apelloit T. Carus Lucrèce. Carus n’étoit Scriptor. .point son nom, mais son surnom, cognomen. II. Par ces Histor. ri' 1 "mots, Romain de nation , Moreri a voulu dire iàns douteque Lucrèce étoit né à Rome. C’est mal exprimer fa ni *pensée; car où est l’Auteur exact qui ferait difficulté desoutenir que Cicéron & Tite Live sont Romains de na-

prius aggrediar quàm de re fundere fataSanéltùs , <& multb sert a ratione magis , quarte

tìon , comme Demosthene & Thucydide sont Grecs denation? III. On ria nuste preuve que Lucrèce soit né àRome; il ne salait donc pas lui donner affirmativementcette patrie, comme a fait Moreri. IV. Encore moinsfaloit-il dire, que Lucrèce témoigne lui-même qu’il étoitnatif de Rome. Je riaì trouvé dans Lucrèce qu’un Pas-sage sor quoi l’on fe puisse fonder, pour dire qu’il fedonne cette patrie; mais ce Passage n’est d’aucune for-ce. Le voici,

r unde, petens placidam Romains incluta pacemjNam neque nos agere hoc patridi tempore iniquesPojfumus nquo anìmo (&l).

Cicéron, Tite Live, Florus, Seneque, n’eussent pointparlé autrement, eux qui étaient nez hors de Rome.^Fous les habitai» d’un pais pourraient dire dans un tems

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