LUCRECE.
vains (0), plusieurs choses qui concernent Lucrèce. Ceux qui désirent de savoir les éloges qu’onlui a donnez, n'ont qu'a consulter les Auteurs que Barthius nous indique (£). Mr. Creech quidonna en i6pf une Edition de ce Poëte (c), accompagnée d’une excellente Paraphrase Sc debelles Notes, en avoit déjà publié une Traduction Angloise. C’est dommage qu’un tel Au-teur n'ait pas été de longue vie (d), & que fa fin ait été conforme en quelque maniéré à cel-le de l’Auteur Romain qu’il avoit traduit Sc paraphrasé. Je suis sûr que la Traduction Fran-çoise de Mr. l’Abbé de Marolles n’auroit point eu le destin qu'elle eut (P), si elle eût étéaussi bonne que cette Version Angloise.
II ne sera pas hors de propos d’examiner un paralogisme Sc une contradiction que l’on re-proche à Lucrèce. Le paralogisme regarde l’un des Argumens dont il s’est servi pour fairevoir qu’il faut mépriser la mort. Epicure l’avoit déjà emploié, mais d’une telle maniéré quePlutarque l’en critiqua sévèrement (£Q. La contradiction se raporte à la doctrine de Lucrècetouchant la nature de l’ame del’homme. II a soutenu que cette ame meurt avec le corps, Scnéanmoins il remarque qu’elle s’en retourne au ciel lors que l’homme meurt. Ceux qui pré-tendent
( b) Com-
ment. inStatium,
Tom, /,
261.
(c) Impriméeà Oxford in S.
(d) II a ajséde vivre en1700, n'aiantpas encorequarante ans .Voiex. lesNouvellesde la Rép.des LettresSept. 1700» -pag. zzr.
lam-
Vinus & Gi“fanius y inVita Lucre-tii. Thomas
Creech,Pne/rtt. Lu-
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tdìtì 1695.
Ecquistrgo in totahac aareaAtatìs classeqna potìjfì-intim btcccenstrì debe-bat urbanitdSj%pmanos ha-
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* er duos forteCitcrniwn fy-Cœfarem.^orhofius,Patavi-^itate Li-
( s 4 ) In Vita*-Ucretii.
( S S) Lu.retii
poè'mata , utscribis , litaft*nt multislumìnibus in-.genìi , multatamen artìs.Cicero adQuinctumfratiem,&br. II ,E K/L XI.Quclques-Un * préten-dent qtfilf au t mettren °n ita &Hon pas lita.
(86) Char-les Etienne,Glandorp,Lloyd,Hofman, •Maillet,topeWount,ctc.
^ 7 ) Tana-Swllus ka-be L le Bâ-ton des
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de Guerre civile que leur patrie est affligée, encore quele lieu particulier de leur naissance fût exemt du malheurpublic. De plus fa vans hommes (82) que Moreri ont af-firmé ce qu’il affirme : Mr. Morhof plus sage qu’eux, medira-t-011, s’est servi de la particule peut-être ; mais il estfur que son forte se raporte à un autre doute : nous lepouvons donc compter entre ceux qui disent positive-ment que Lucrèce vint au monde dans Rome même (83).V. II ne faloit pas affirmer que les parens de Lucrèce l’en->votèrent étudier à Athènes. II y a, je l’avoue, beaucoupd’aparence à cela, mais enfin, puis qu’on n’en a nullepreuve, il n’en faloit parler qu’en conjecturant, ou toutau plus il se faloit contenter de dire qu’on n’en doutoitpoint. C’est ce qu’a fait Gi fanius. Adolescentulus autem ,dit-il, quin à parentibus , jeu propinquis, confiderata ejus adhonas artes nata parie divina indole, Athenas more patrio fitmistus , Athenas non ita prident à P. Sulla crudeliter vasta-tas, non dubìto, postulat hoc Romanorum confiuetudo , ac doc-trine ratio (84). VI. II n’est pas vrai que Velleïus Pater-culus & Cicéron aient dit, que l’éloquence de Lucrècele rendoit le plus sublime des Poètes de son tems. Cicéronne parle qu’une fois de lui,& l’on ne fait pas encore cer-tainement si les louanges qu’il lui donne font grandes oumédiocres; car on est fort partagé fur la Leçon de sonPassage (85): les uns (86) y trouvent qu’il n’y avoit pasbeaucoup d’esprit dans le Poème de Lucrèce, mais quenéanmoins il y avoir beaucoup d’art;les autres (87) y trou-vent que cet Ouvrage brilloit de grands traits d’efprit, &cque néanmoins l’art y paroiffoit beaucoup. Se rangeanttant qu’on voudra à la leçon la plus favorable, on netrouve point que Cicéron dise ce que Moreri lui attribue.Quant à Velleïus Paterculus, il s’est contenté , de mettre■Lucrèce dans la liste des grans esprits, eminentium ingenìo-rum notare tempora (88) : il n’en a rien dit de particulier.
■ Le n est pas une petite faute que de dire qu’une fem-me nommee Lucilia, fit avaler à Lucrèce un philtre amou-reux qui le fit tomber dans une étrange frénésie. C’estavoir omis une circonstance capitale, savoir qu’on ditque Lucilia étoit femme de Lucrèce (89). VIII. II n’estpas vrai que Cicéron dise, que Lucrèce Ostella . . . étoitplus propre à faire des Harangues qu à, prononcer des Juge-mens (90). IX. Cicéron, Velleïus Paterculus, & Césarne par ent point d un autre qui étoit aparemment firere ou on-cle au Poete. II est bien vrai que celui dont Cicéron &César patient, celui-là dans ses Lettres à Atticus (91) ce-lui-ci dans la Guerre Civile, est le même homme : maiscelui dont Velleïus Paterculus parle est différent de celui-là, & aparemment ne difere point de celui qui haranguentmieux qu’il ne plaidoit.
(O) . . . V’ quelques autres Ecrivains.'] Voiez ci-dessusla Remarque (B). Mr. le Baron des Coutures fait dire àLambin, que l’élocution de Lucrèce est préférable à cel-le de César & de Cicéron. II faut qu’il lé soit servi d’u-ne Edition différente de celle que j’ai consulté, oùj’aitrouvé ces paroles, Hoc non dubitanter ajstrmabo nullum intota lingua latina scriptorem Lucretio latine melius este locu-tum : non M. Tttllii, non C. Cnfaris orationem este purio-rem (92). C’est à Pierre Victorius que l’on pourroit im-puter quelque chose de semblable ; car il préféroit haute-ment Lucrèce à Virgile (93). II est surprenant après lePassage qu’on vient de voir, que l’on accuse Lambin dedire qu’il trouve méchante la Latinité de Lucrèce. %uorefipexit forte Dionyfius Lambinus cum Lucretium malum latini-tatìs autorem vocat, qua tamen cum fiententia ìlle minime au-diendusest (94). Borrichius supose que Cicéron, Aulugelle,& Scaliger ont loué Lucrèce de s’être servi d’une très-pureLatinité : Certe purìstima latinìtatis este omnia in conjestoe st -.. . laudaturque hoc nomme Ciceroni, Gellio, Scali-gero, aliis (9;). Nous avons vu ci-deflus que F éloge deCicéron n’a nul raport à la pureté du style. Glandorp (96)íé trompe, quand il supose que Lucrèce a suivi les scn-
JflHar.yae { 5 m us elles n'en font point. (9°) Voler, ci-âesttis la fin de laVins. ( < fCrtiele LUCRECE, Dame Romaine. (91) Epist. IV. u-
ffi Horace k ambimiS > '» Vira Lucrecii, fub fin. Votez, aujfi fi s Notesf“stre de Vigsti 1 (î>l) Pestant par Florence j'avois rencontré un Com-
stst'le: ejítelle entreoT U ” *‘ Vre -Aristote, dans lequel es Commentateur chagrin tueusen, “H/res, fr dieu! fy- quels attentats.' de prendre des mots les uns p 0 -,t r
r^urf 1 eirc - • - - ^1 __ T>„rv../\. \ í.
, f’*’’ ct moins Latin que Lucrèce. Balzac 3 Défense à Ae-
L- 116 Vvc, n» O^res Dheà. (94) Morhofms, de Paravii• V s J omdims.de Poctis Latinis,p<:?. 45. (96) Onomast.p«.
Ií 7 -
timens d’Empedocle ; s’il avoit pris garde au I Livre dererumnatura où Empedocle est réfuté, il n’auroit pointdit cela.
{P) La Traduâïton ... de stlr. P Abbé de Marolles nau-ro'itpas eu le destin quelle eut.] La Reine Christine l’auroitremercié de la Dédicace d’un si beau Livre. Son silencemortifia fans doute F Abbé qui ne laissa pas d’être biencontent de son travail. II faut F entendre lui-même (97)
Spuand VEdition de la Version de Lucrèce fut achevée, /«brave M. du Morbier, pour qui j ay tousjours eu tant d'efti- Mé- 0i "me, trouva bon que f en fiste un présent à la Reine Christine moues, par.de Suede (98); toutesfois cela ne servit de rien, o* je ne fifay 186,187, àpas mefimes, ji elle receut le Livre que M. Herauld, qui fat- l ’ am - l6 S°-soit icy fies affaires avec tant de foin w de fidélité, masteurade luy avoir envoyé. Bu moins n en ai-je point receu de re- C est-à-
ponfe, contre la coutume de cette Princeste qui estait alors astez fjt dédiasse*libérale de fies compliments aux gens de lettres. Gfuoy qu’il ensoit, le Livre n'a pas laiffè d'estre astez bien accueilli du pu-blic: e y f ay vû quelques savants hommes, M. U Comte dePagan , feu M. le Pailleur , le doâle M. d’Aviston , Mons.de la Courvée Médecin de la Reine de Pologne , esr quelquesautres , qui m en ont remercié pour l’intere/l du public , âpresavoir satisfait en quelque fapon aux dificultez, qu on y pou-vois former à cause de la doHr'me de ce Poète dans son trot-fiefme Volume, où il traite de la Nature de VAme. Je l’aidepuis fort corrigé, ev mis en bien meilleur estât pour en faireune seconde Edition. Mr. l’Abbé de Marolles n’entendoitpas assez bien la Langue Latine, & la Physique d’Epicu-re,' pour réiiffir dans une telle Version. Cependant ellea été imprimée deux fois, 1, Fan 1630 dédiée à la Reinede Suede; 2, Fan 1663 augmentée de la Traduction duX Livre de Diogene Laërce, Lr dédiée à Mr. le prémierPrésident. •
(A.) Plutarque critiqua Epicure sévèrement.] Pour com-menter avec ordre ces paroles-là, il faut d’abord repré-senter le but d’Epicure, & de Lucrèce. Ils se proposentde prouver qu’il ne faut point craindre la mort, que lamort n’est rien, que nous n’y avons aucun intérêt, qu’el-le ne nous concerne pas. Nil igitur mors est, ad nos nequepertinet hilum (99). Leur preuve étoit prise de ce que leschoses dissoutes ou séparées ne sentent point, & que les M Lueret;choses qui ne sentent pas ne font rien à nôtre égard. Voici fstles paroles d’Epicure : O' Sdsaro; oòSìv srpòç ífíSç, tò yùp pstç.'m. 172-Siuh,vûìv âvuuri 4TE<, tò 5 S àvetiaSitTovv oúSìv stpìt ífíSs (100).,
Plutarque (101) trouvoit que ce Philosophe faisoit là un (100) Diog-.'très-mauvais Syllogisme, & qu’il y manquoit une propo- Laert. Lir,sition nécessaire, savoir celle-ci, la mort est la séparation s ’ m f t ‘.du corps & de l’ame; S eúvaro; -pv/fc, xxì aúijixro; hxXJai;. OeÛiusAulugelle, prenant le parti d’Epicure, convient que le Lihr. ù,Syllogisme, pour être en forme, devoir contenir cette cap', via,Proposition-là; mais il soutient qu’Epicure ne s’étant pas «•engagé à conformer son raisonnement aux réglés Syllo- / I0I ,gistiques, l’a suprimée tout exprès, parce qu’elle étoit ubr. 11 déassez connue par elle-même. Et il ne faut pas trouver Homero,étrange que la conclusion ait été mise non pas à ia fin,mais à la tête de F Argument; car il est arrivé plusieurs ium »‘ 1 «fois au Philosophe Platon de raisonner de cette maniéré,c’est-à-dire de renverser l’arrangement des propositionsdu Syllogisme. Voilà ce que répond Aulugelle à la Cen-sure de Plutarque. 11 n’a pas été au fait, 8c on le critiquadurement au XVI siecle. On l’accufa d’avoir montré fafolie en voulant couvrir celle d’autrui, 8c de n’avoir pasmême entendu de quoi il étoit question: NaSlus autemest patronum (Epicurus) tait prorsus cliente dignum Gellium .*qui dum alienam stultitiam tegere vult ,prodìt suam. Tantumenim abest ab eo defendendo, ut ne intellexiste qmdem yideac-tur ,quid m eo reprehenderetur (102). On auroit pu ajouter (102) Mur<£qu’il ignorait en général ce que c est qu un Syllogisme; tus, Vanar,, car il supose que réellement celui d Epicure est con- e • sfbr-
forme aux réglés, 8c que pour 1 etre formellement il su- ^fit d’y insérer la proposition que I Auteur a sousenten- jç 8o “'due. Or voici quel seroit ce Syllogisme , en y ajoutantce qu’Epicure a sousentendu.
La mort est la distolution du corps & de Vame ,
Ce qui est distout ne sent point, ce qui ne sent point né
nom touche pas ,
- j) 0 nc la mort ne nous tctiche pas.
Ce Syllogisme ne v*mt rien du tout ? puis qu 1 il contient
; qua-