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Son dérèglement à l’égard du vin fut prodigieux (K). La cruauté qu’il fit paroître contre les,habitans de Tyr n’est point excusable (L). Tant de vices n’ont point empêché qu’après fa morton ne l’honorât comme un Dieu, Sc que même fous les Empereurs Romains il n’y ait eu desfamilles qui le choisissoient pour leur Divinité tutelaire (M). La flaterie n’avoit point de partà cela, comme lors que pendant ía vie on lui rendoit des honneurs divins: c’étoit un vrai cultede superstition. II mourut à Babylone, âgé d’environ trente-trois ans. Les uns disent qu’on
l’em-
été le mignon de Darius (42). Nabarzanes. accepta fiât oc-currit , dona ingentia ferens , inter qua Bagoas erat fpecie Jìn-gulari spado, atque in ipso flore pueritia, cui es? Darius sue-ras adfuetus, c? mox Alexander adfuevìt (43). On ne sau-roit représenter son débordement par des termes plus ex-pressifs que ceux d’Athenée. íl íjv ìx/cxuSSi xaì
A’Zsfavípoç S (S utriMvç. AtKufxpX 01 ’ ÍV ftpt ryç sv II.ÍplSvtríœç B xyoiov rov evvov%otí oVratç cctrrQY tputrtv ypartieci , Açev’éfet ôeáTpoo 'ÓÀcu KXTXpthêiv oebrdv cçvxK^zexvTX , kccì tuv âsoc-tôìv èïïtQiaotjrdvTuv ftSTbe xpÓTOt/ ouk ecTei$uovtç ostbAtit. dtrcc-xAúcrxt; ìcp/Mfirs». Alexander Rex ai injaniam amore puero-rum exarfit. Diuarchus librò de facrificïo quoi ad Iliumperaôlum est, eunuchum Bagoam adeo ipfum deperiiste fcribit,ut refupinus in confpetilu tbeatri totius eum fuaviaretur , ac-clamante vero cum plausu speâlatorum turba , es? tanquam aiìteranda oscula invitante ,paruijse, atque rursum insiexa cervicebafia congeminajfe (44).
(K) Son dérèglement à l'égard du vin fut prodigieux. ] IIs’enivroit, & il faisoit en cet état mille désordres. Le vinfut cause qu’il tua Clitus qui lui avoit sauvé la vie, 8c qu’ilbrûla Persepolis l’une des plus belles villes de l’Orient (45).La Courtisane Thaïs, qui ne se mêloit pas moins de la dé-bauche bacchique que de la vénérienne (46), le poussa àcet incendie ; 6e cette circonstance ne peut servir qu’à ren-dre faction plus mauvaise. Ceux qui firent le Journal desa vie (47), remarquèrent qu’il cuvoit son vin quelque-fois pendant deux jours 6e deux nuits. Si fort peu de ver-res l’eussent enivré, il eût été moins condamnable de suc-comber quelquefois à cette foiblesse; mais il avaloit jusqu avingt coupes d une grandeur énorme avant que d''être ivre.Auffi mourut-il de trop boire; ce fut le lit d’honneur oùil expira. II voulut porter une santé au plus grand buveurde son fiede (48), & il lui salut vuider un vase qui te-noit furieusement (49). Auffi-tôt qu’il l’eut vuidé il tom-ba évanoui', 8c fut saisi de la maladie dont il mourut (jo).Plutarque réfute cela : il dit (;i) qu’Alexandre n’avoitpoint vuidé la coupe d’Hercule, ni senti tout auílì-tôt unegrande douleur au dos, comme si on l’eûtblessé d’un coupde lance ; ce font, dit-il, des inventions destinées à unembellissement lugubre 8c tragique de la scene. t« 5 t« n-vì{ timiTo ìf'in ypdQetv , Ettrip ìpâfueroi f cey&Xso rpuyixh t%i-$iov nui •xtprrudìq itxfomrtq. Hàc putaverant quidam scri-benda quafi magna’fabula tragicum exodium <&■ lamentabilefingentes (51). Mais il avoue que ce Prince n’avoit faitque boire le jour que la maladie le faifit. tt’ess en avouerautant qu’il en faut pour cette proposition générale, qu A-lexandre mourut de trop boire. Qui auroit cru qu’Un guer-rier, auffi téméraire que celui-là, ne reeevroit qu’à table lecoup mortel?Ecoutons là-dessus Seneque: Alexandmm totitinera , toi pralia , tot hiemes per quas , vitila. temporum,locorumque difficultate , tranfierat, tot flumina ex ignoto ca-dentita, tot maria tutum dimiferant , ìntemperantia btbendì,es? ille Herculeanus ac fatalìs fcyphus perdidit (;zj. Diodo-re de Sicile (54) raconte qu’Alexandre, n’aiant déjà quetrop bu, voulut vuider la coupe d’Hercule, & ne l’eut pasplutôt vuidée qu’il fut atteint d’une cruelle douleur, com-me si on lui eût donné un grand coup. Voilà donc Tuni-que poison qui le tua, 6c qui fit gagner aux Astrologues leprocès que les Philosophes leur avoient fait perdre (55):car pour le poison effectif, il n’en fut parlé que seize ansaprès la mort d’Alexandre, 8c aparemment ceux qui enfurent les délateurs n’avoient envie que d’obliger Olympiasà faire mourir beaucoup de personnes , comme elle fit.Aristote n’y a été mêlé que fur la parole d’un certainAgnothemis, qui avoit oui dire à Antigonus (disoit-on)qu’Aristote découvrit à Antipater le poison qu’il faloit met-tre en usage (56). N'oublions point qu’Alexandre fit pom-peusement célébrer les funérailles de Calanus (37). Orai-son funebre, combats, jeux solennels, tout en fut; maisvu Tinclination des Indiens pour le vin, il s’avisa d’établirun combat d'ivrognerie (58) : il y eut trois prix pour lesvainqueurs; le prémier vaíoit un talent. De ceux qui en-trèrent en lice il y en eut trente-cinq qui moururent fur lechamp, 8c fix qui les suivirent d’assez près. Le vainqueurnommé Promachus avoit avalé quatre congies (59), 6c nevécut que trois jours depuis fa victoire (60).
( L ) La cruauté qu'il fit paroître contre les habitans deTyr n est point excusable .J La fortune d’Alexandre , quiavoit jusques-là couru avec la rapidité d'un torrent, trou-va devant cette place une forte digue qui la contraignit des’arrêter plusieurs mois (6r). Ce Prince ne comprit quetrop les mauvaises suites que pouvoit avoir cette interrup-> tion; il perdoit la principale roue de fa machine, s’il don-noit lieu de croire qu’on le pouvoit arrêter. Trouvantd°nc mille sujets de chagrin 6c à lever le siégé , 6c a lecontinuer, il f e résolut à faire de nouveaux efforts contre
(59 Ibid. / ío > . Pl “ ar 5 h - *'» Alexand. 1 mg. 7°,. (Si) Astiquez. à ceU ces protes :Hinc íîve ìnvidia Deum, sive fato, rapidiffimus procuiieutis impetii cuiíus f R-nmipct . . . fi-pxnnnlM. ílorut, là. 1, cap. XIII.
(41} Quint.Curtius,Libr. V,
Cap. vr,dr Libr. VI,Cap. II.
Í4î) Idem,Libr. VI,Cap. V.
(44) Athen.Libr. XIII,pag. 603.
(4 í) Q™nt.Curtius,Libr. VIII,Cap. I.
(46) Idem,Libr. V,
Cap. VII.
(47) Eume-nes Car-dianus, &BiodoiusErytliratus,apud Athc-niuill,
Libr. X,
Cap. IX,
434 -
fyS) Citaitun Macédo~nien nomméProteds .
f 49) §«t>dduos cotsgioscapiebat.
Q. Cuit.Libr. V,
Cap. VII.
($0) Idem,ibidem.
(st) Tlu-
tarch. r»Alexand.pog. 706.Votez, ta 'Re-marque (Ò)de t’ Article
Hercule.
<;») Elut.ibidem,
fjjï Sene-ea, Epist.1XXX1II.
(j 4 ) Libr.XVII, subfa.
(ss)
€t qui atts cité de
Diodore de
Sicile dansi* 7 \emarqut(G).
<!«) Plu-
taich. inAlexand.707.
(J7) Philo*fophe Indien ,fe brûlaiai-m me engrande céré-monie,
(rS) A‘xpa-
àyiSvt » , metapo.ion ï cer-tamen. Cha-ïes .vt; t yi e .narus inBìilotiis de -Alexandro ,rtpttd Athc-jiarum >
Libr. X »pitg- 437 .
Ibid.
cette ville. Hic rex. fatigants statueras folutá obsidiane JEgyp-tum petere , quippe qu.um Astani ingenti celeritate percurristèt.circa muras unius urbis harebat , tot maximarum rerum op-portunitate dimiffa. Ceterum tam dtfcedere invitum quammorari pudebat. Famam quoque qua plura quam armis ever -jterat ratus leviorem fore , fi Tyrum quafi testem fe pojfe vinctreliquijfet. lgtfstr ne quid inexpertum omitteret es?c (62).Ses nouveaux efforts réussirent, il força la place, mais ildéshonora fa victoire par fa cruauté. II commanda, qu’onmît le fey aux maisons, 6c qu’on passât au fil de T épée toutce qui ne se seroit pas retiré dans les Temples, Sc il fit at-tacher en croix deux mille habitans qui étoient moinséchapez à la fureur du soldat, qu’à la lassitude de tuer.Trifle deinde fpeftaculum vitìoribus ira prttbuit régis-, duo milliain quibus occidendi defecerat rabies crucibus adfixi per ingenslìtoris fpatium pependerunt (63). 11 n’y a point aujourd'huide Prince que mille volumes ne dégradassent de toute fagloire, s’il faisoit la vingtième partie de ce que fit alorsAlexandre.
( M) Des familles ... le choififfoient pour leur Divinitétutelaire .] Je n’oscrois assûrer que son pourpoint, que Tonse vantoit d’avoir à Rome, passât pour un gage de quel-que bénédiction celeste ; 8c il ne faut pas compter beau-coup fur ce que Caligula ne manqua pas de le prendre unjour de cérémonie. Ce n’étoit pas un homme superstitieuxque Caligula , 6c s’il eût été Chrétien , je ne pense pasqu’il eût eu beaucoup de foi pour le scapulaire. Sans quepour cela je prétende disconvenir qu’il n’y ait de grandsscélérats qu ont des superstitions puériles. Mais quoi qu’ilen soit, je ne puis rien dire fur le sentiment de Caligula,par raport à cette relique d’Alexandre,puis que Dion n’enparle pas (64). Le zèle de Caracalla pour Alexandre étoitbien ardent : cet Empereur fe servoit d’armes , 8c de gobe-lets , 8c de soldats , semblables à ceux d’Alexandre : ilpersécuta les Péripatéticiens, 6c voulut jetter au feu tousles Livres de leur Maître,à cause du bruit qui couroit quece Philosophe fut complice de T empoisonnement d’Alexan-dre. 11 témoigna par cent autres choses fa vénération pource Conquérant; mais je me garderai bien d’imiter un savantCritique (65), qui se sert de ces faits-là pour prouver quel’on" rendoit à Alexandre un culte de Religion. Ce qu’ilcite de Trebellius Pollio & de Lampridius est d’une toutejtutrp force. Le prémier de ces deux Historiens nous aprendque Ton croioit, que T effigie d’Alexandre gravée en or ouen argent portoit bonheur à quiconque l’avoìt fur foi.L autre Historien nous dit qu’il y avoit dans la ville d’Arcsun Temple consacré à Alexandre le Grand. Alexandrì no~men accepit (Alexander Severus) quod in temple dicato apudArcenam urbem Alexandro magno natus ejfet , quum cafu si-tue die festo Alexandrì pater cum uxore patrk folennìtatisimplenda causa venijfet. Cui rei argumentum est quod cadetndie natalem habet hic Mammes. Alexander, qua ille Magnusexcejftt e vita (66). Ce Passage montre que les habitansd’Arce célébroient la fête d’Alexandre tous les ans, le jourqu’il mourut. Voilà ce qu’on fait encore aujourd’hui àTégard' de plusieurs Saints; leur fête tombe au jour de leurmort. Quant au Passage de Trebellius Pollio, je m’en vaisle raporter tout du long : c’est en faveur de ceux qui lirontce Dictionaire fans avoir beaucoup d’autres Livres, ou quin’aimeront pas à se remuer de leur place pour consultercet Auteur. Ceux tjui ne se soucieront pas de savoir cequ’il a dit n’ont qu a sauter les lignes suivantes. Videturmihi non pr&termittendum de Macrianorum familia, qu& hodie -que flotet s id dicere quod fpeciale femper habuerunt. Alexan-drum Magnum Macedonem viri in annulis es? argenta, ma-tières in reticulis es? dextrocheriis , es? in annulis, es? in ornaiornamentorum gencre, exjculptum femper habuerunt: eo ufqueut tuntea es? timbi es? penultt matronales in familia ejus ho-dieque fmt , qua Alexandrì effigiem de liciis varíantibus mons-trent. Vidimus proxtme Cornelium Macrum in eadem fami-lia virum, qmm cœnam in templo Herculis dartì, paterameleSirinam, qua in medio vultum Alexandrì haberet , es? incircuitu omnem historìam continent fignis brevibus es? minu-tutits, pontificì propinare, quam quìdem circumferri ad omaestanti illius viri cuptdijfimos jujfit. §}uod idetreo pofui, quiadìcuntur juvari in omni atiiu fuo , qui Alexandrum expres-fum vel auro geflitant vel argento(6-j). Je n’allegue point lesprières dont parle Justin; elles ne font pas une preuve d’unculte 8c d’une invocation fixe. Les Macédoniens étoientalors dans la derniere consternation ; ils imitoient ceux quife noient, ils se prenoient à tout ce qu’ils rencontroient.En ce tems-là on canoniíe des íujets qui n’ont ni Templeni Fête. Si vous voulez néanmoins savoir ce qu’a dit Justin,vous pourrez vous satisfaire fans changer de place. Haccum nuntiata per omnem Macedoniam estent , porta urbiutnclauduntur , luSlu omnia replentur, nunc orbitatem amìstorutnfilìorum dolebant, nunc excidia urbium metuebant, nunc Ale-xandre phìlippiqut Regum [uorum nomma ficuti ìîumina in
auxì-
(&).<&
Curtius,
Libr. IV,Cap.- IV,
(Cf) l.iembibidem.
(64) tiibtqLIX.
(í$) Ba*»'thius inStatium,Tuf». I,pag. 4°V
(ís) tam*pridius, ifAlexandi 0Severo ,p&Z. M. VtPTerni L
(6t)
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