MACHIAVEL.
(m) Bofîusde Çompar.ïrud. Civ,num. 42,
(») Con-ling. Frais.XrincipisMachia-velli.
(o) Votez*Clafen , mChapitre IXde son Traitéde Religio-11e politica,pag. 1 S 2Edit. 1682.
( p ) Viriez, les-Remarq. (D)<ùr (E).
Contes touchant son irreligion (L). II y a des gens qui disent (m) qu’il fut au service de CésarBorgia en qualité de Conseiller favori («); & peut-être négocioit-il pour lui en France, lorsqu’il eut à Nantes avec le Cardinal de Rouen la conversation dont il a parlé dans le III Chapi-tre du Prince.
Ceux qui disent que dans cet Ouvrage-là il avoit dessein de représenter Charles - Quints’abusent grossièrement (M). On a débite que c’étoit un Livre dont Catherine de Medicis fai-soit son étude particulière, 6c qu’elle mettoit entre les mains de ses enfans (JV). Ceux qui tontcette Observation ne manquent pas de l’accompagner de plusieurs termes injurieux, 6c à cetteReine, 6c à notre Nicolas Machiavel. II y a bien peu d’Auteurs qui parlent de lui fans donnerleur malédiction à fa mémoire ( 0 ). Quelques-uns l'excusent,6c se portent pour ses défenseurs (p)}6c il y en a même qui le regardent comme un Ecrivain fort zélé pour le bien public (0), 6cqui n’a représenté les artifices de la Politique, qu’afin d’inspirer de l’horreur contre les Tyrans,6c d’exciter tous les Peuples au maintien de la Liberté. Si l’on peut révoquer en doute que c'airété son véritable motif, on doit pour le moins reconoître qu’il se montra par sa conduite bienanimé de l’Esprit Républicain (P). L’un de ses plus nouveaux Antagonistes est le Pere Luc-
chesini,
f«r) Biner,
du Salutd’Origene,Jrag. 3S9 &fuiv.
(SS) Spize-lius ,,'sScru-tinioAtheismiHistorienjïtiologico,pag. m.
132 . U citeJac. Mar -chant, inHort. Pas-tor. Trahi. I yLe£l. VI,Propos. II.
(<9) Fran-cis. Hoto-manus,Ipist.XCIX,pag. IZS.
(70) Goho-xy , dans ìaVie de Ma-chiavel , audevant de faTradniïiondu Prince.
(71) Dans leChapitre
XXiii.
Ï7?) Toc-sain contreles Massa-creurs ,pag. 53.
(*) Délit.XVII, 79, 20.
(73) Toc-íain, pag- 54.
(Z) Voici quelques Contes touchant son irreligion.] Si pa-vois voulu raporter tous ceux que l’on débite là*deíîus,f au-rais eu un très-beau champ. Voici l’un de ces Contes:„ On arrive à ce détestable poinct d’honneur, où arriva„ Machiavel surlafiude sa vie: car il eut cette illusion peu„ devant que rendre son esprit. II vit un tas de pauvres„ gens, comme coquins, deschirez, affamez,contrefaits,,, fort mal en ordre, & en assez petit nombre; on luy dit„ que c’estoit ceux de Paradis,desquels il estoit escrit, Beati„ pauperes , quoniam ìpsorum est regnum ccelorum. Ceux-„ ci estans retirez, on íît paroistre.un nombre innombra-„ ble de personnages pleins de gravité 8c de majesté: on„ les voyoit comme un Sénat, où on traitoit d’affaires,» d’Estat, 8c fort sérieuses; il entrevit Platon, Seneque,„ Plutarque, Tacite, 8c d’autres de cette qualité. 11 de-„ manda qui estaient ces Meffieurs-là si vénérables; on lui„ dit que c’estoient les damnez, 8c que c’estoient des âmesréprouvées du Ciel, Sapientia hujussticult inimica est Dei.„ Cela estant passé, on luy demanda desquels il vouloir„ estre. II respondit qu’il aimoit beaucoup mieux estre„ en enfer avec ces grands esprits, pour deviser avec eux,, des affaires d’estat, que d’estre avec cette vermine de ces„ belistres qu’on luy avoit fait voir. Et à tant il mourut,„ 8c alla voir comme vont les affaires d’Estat de l’autre,, monde (67)”. Spizelius raporte en substance le mêmerécit (68). II y a des gens qui font le Conte d’une autremaniéré. Ils prétendent que Machiavel a dit dans quelcunde ses Ouvrages, qu’il aimeroit mieux être envolé aux en-fers après fa mort,que daller en Paradis: car, ajoûtoit-il,je ne trouverois au Paradis que des Mendians, 8c de pauvresMoines, 8c des Ermites,8c des Apôtres;mais dans les en-fers je vivrois avec les Papes, & avec les Cardinaux , 8c- avec les Rois 8c les Princes. François Hotman ^69) témoi-gne qu’on lit cela dans les Commentaires de Wolfius fur lesTusculanes de Cicéron, 8c il déplore que nonobstant cesblasphémés, 8c plusieurs autres,on permit à Bâle l’impres-sion des Oeuvres de Machiavel, traduites par un Professeurqu’il nomme Stupanus. II observe que Perna.qui avoit étéemprisonné plusieurs fois par l’ordre des Magistrats, pouravoir mis fous la presse divers Livres exécrables 8c impies,imprimait cette Traduction. Hotman raconte cela, 8cquelques autres choses curieuses dans une Lettre datée du2$ de Décembre 1580.
(M) Ceux qui disent que dans son Prince il avoit des-sein de représenter Charles-Gjuìnt s'abusent groffiérement. ]Je m’étonne que Jaques Gohory ait débité cette pensée.Machiavel, dit-il (70), ha fait un livre du Prince ....auquel il de/crit singulièrement toutes les parties requises auSeigneur tendant à Monarchie, y voulant Jecrettetnent repre-senter l'Empereur Charles Gjutnt lors régnant , comme il endonne tesmoignage en un pastage. Comment n’avoit-il pointvu que cet Ouvrage fut composé avant que l’on sût stCharles-Quint aquerroit beaucoup de réputation? N’avoit-ilpoint lu dans le Chapitre XXI, que Ferdinand Roi d’Ar-ragon étoit en vie quand Machiavel faisait cet Ouvrage?N’avoit-il point lu dans un autre endroit (71) que l’Auteurparle de l’Empereur Maximiiien comme d’un Prince quivivoit encore ? Ne savoit-il pas que cet Empereur mourutau mois de Janvier 1519, trois ans après Ferdinand, 8clors que son petit-fils Charles-Quint n’avoit pas encoredix-neuf ans accomplis ?
(íí) ... On a débité que c'étoit un Livre dont Catherinede Medicis faifiit son étude particulière , zy quelle mettoit entreles mains de ses enfans.] L’Auteur du Tocjàin contre les Mas-sacreurs observe (7z),que Charles IX avoit été ttès-mal élevé,8c qu’on lui avoit laissé ignorer ces enseignemens de l’Ecri-ture (*), que le Roy establi fur le peuple de Dieu, ne doit pointestever son cœur sur Jes freres , ains qu il doit ensuivre la Loydu Seigneur de pomcl en poinâl , zy y méditer en la li/ant tousles jours de fa vie . . . (73 ) Au contraire dequoy la Rome afait instruire jes enfans és préceptes , qui efioyent plus propres àun Tyran qu à un Roy vertueux, luy faisant faire leçon, non pasfeulement des sots comptes de Perceforest,mats surtout des traiùlx.de ceft athee Machiavel, dont le but a ejlé plujlofi d enseigner lePrince a. Je faire craindre, qu aimer : zy à régner en grandeur,qu a bien régner. Et de fait , on peut bien appeller Ce tivre-làl évangile de la Reine mere. Car encor quelle se couvre de la
( 74 ) Veieíí
ct-dejsus , Ct *
Cela sent un peu le Parado- *
C O R BI*
Religion communément receue, st void on par effet quelle n'en 4qu autant quelle estime nécessaire pour se maintenir. Aufft sonprincipal conseillìer Morviliers a toufiours ce beau zy Chrestienlivre au poing ,pour en faire souvent leçon à sa maistrefse , t? nel'abandonne non plus qu Alexandre faisoit Jon Homere. En som-me , il est vray semblable que c est de là en partie que cefte ty-rannique institution a esté tirée , c? 1 que la Royne y a puisé sesprincipaux artifices pour persuader au Roy , que nonobstant tou-tes promesses de paix , zy f amitié , voire tout lien de consangui-nité, il Je pouvait venger furieusement de tous ceux qu il esti-mait ses ennemis, en prenant quelque leger soupçon ( voire s’ilfaut appeller soupçon une calomnie forgee a plaisir) pour suffi/anttpreuve. Davila raporte que Corbinelli lisoit souvent le Prin-ce 8c les Discours de Machiavel au Duc d’Anjou, qui futensuite le Roi Henri trois (74).
(O) Quelques-uns . ... le regardent comme un Ecrivainfort uêlé pour le bien public.]
xe; c’est pourquoi il faut raporter un peu au long les pro-pres paroles d’un célèbre Jurisconsulte, qui a jugé fi avan- n Elit,rageusement du but de Machiavel. Je les accompagneraid’une espece de Préface empruntée d’un autre Savant, asinde fournir tout d’un coup deux témoins considérables, AI-beric Gentilis, 8c Christophle Adam Rupertus. Ego verìnon poffium hic pnterire , qui cane pejus zy angue odtjfe fole»conceptas de Auftoribus opiniones, accuratijstmi Jéli ác dtgnis-stmì censoris judicium 1 . Z. de legationib. c. 9. ubi légat umsuum ex Philosophìa instruens, Nec verò, inquit, in nego-tio isto vèrebor omnium praestantiffimum dicere, Sc ad imi-tandum proponere Machiavellum, ejufque plané aureas in'
Livium observationes. Quod namque hominem indoctis-fimum esse volunt 8c scelestiflimum, id nihil ad me, quiprudentiam ejus singularem laudo, nec impietatem ac im-probitatem, fi qua est, tueor. Quanquam fi librum editumadversus illum confidero,íi Machiavelli conditionem respi-cio, fi propositum scribendi suum rectè censco, si etiainmeliori interpretatione volo dicta ipsius adjuvare,non equi-dem video cur 8c iis cri minibus mortui hominis fama libé-ra ri non poffit. Qui in illum feripsit (intelltgtt Innocen-tium Gentilletum J Hum Delphinenfem ) illum nec intelle-xit, nec non in multis calumniatus est, 8c ta lis omninò estqualis, qui miferatione digniffimus fit. Machiavellus Démo-cratisé laudator 8c assertor acerrimus : natus, educatus, ho-norants, in eo Reip: statu; Tyrannidis fumme inimícus.
Itaque Tyranno non favet;sui propoíiti non estTyrannuminstruere, sed arcanis ejus palàm factis ipfum miscris popu-lis nudum 8c conspicuuiri exhibere. An enim taies, qualesipse deicribit principes, fuisse > plurimos ignoramus ? Eccuriítiufmodi principibus molestum est, vivere hominis opéra,
8c in luce haberi. Hoc fuit viri omnium praestantiffimiconsilium, ut fub specie principalis eruditionis populos eru-diret. Hac Albericus Gentilis (7;). Allongeons un peu le ’
Passage; car il me semble que Rupert en a fuprimé uneportion qui mérite d’être conue. La voici : Et eam speciempratexuit, ut spes effet, cur ferretur ab his , qui rerum guber-nacula tenent, quast ipstrum e ducat or , ac pédagogue. C&te-rum hac disceptatio ulterius haud ducitur. Si favere feripto-rtbus volumus, multa z? in hoc vitia emendabimus, aut tllaJaltem feremus in eo, qtu in Platane jerimus, z? Ariftotele,alufque , qui non diffimilia commifêre peccata. Eeremus autem ,quia meliora deterioribus longe plurima zy is habet (76). IIy a deux choses à considérer dans cette derniere partie duPassage d’Alberic Gentilis. II veut I, Que Machiavel aitpris cette route d’instruire les peuples afin que les Princessoufrissent son Livre, ce qu’ils n’auroient pas fait s’ils l’eus-fent considéré non pas comme leur pédagogue, mais com-me celui des amateurs de la Liberté populaire: II, Que l’ondoit excuser dans Machiavel ce que l’on excuse dans Pla-ton 8c dans Aristote. Notez que Leonclavius étoit bienéloigné de ce sentiment d’Alberic Gentilis. Volez l’Epitre í 77 ^Dedicatoire (77) qu’il a mise au devant de l’Education des Ji c T ue cePrinces, composée par Bellisaire Aquaviva. c, *~,
(P) Il je montra pàr fa conduite bien animé de l'Esprit "' nt ** “Républicain. ] Monsr. Amelot de la Houssaie sera ici monCommentateur. „Je dirai, que Machiavel, qu’on fait>» passer par tout pour un Maître de Tyrannie, l’a detes-„ tee plus que pas un homme de son teins, ainsi qu’il est,, aisé de vojr par le Chapitre ïo du premier Livre de ses
.. Dis-
(75) Chríî-toph. Ada-mus Ru-pertus, Dis*..iertat. adValer. Ma-ximum ,
Libr. I,
Cap II ir ,III, pas-5 e *
(76) Albes-GentilisLégation!"bus, -III, Cap-
qu, <
lient ‘ ,
avantage *Machiavel»Vaiiz. Idr.Crenius,Utethod.
Stud. ParteII, pag-^