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Tome troisieme. K - P.
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M A H O M E T IL

*77 .

Il y a des gens qui ont écrit que ce Sultan étoit Athée (F). Cela pourroit être vrai; 8c il est dumoins certain qu’il faiioit la guerre pour contenter son ambition, 8c non pas pour agrandir leMahométisine. II préféroit ses intérêts à ceux de la foi qu’il prosessoit; Lc de lâ vint qu’il eutde la tolérance pour l’Eglise Greque,' 8c même beaucoup de civilité pour le Patriarche de Cons-tantinople (G). II n’y a nulle aparence qu’il ait fait le vœu qu’on lui attribue ( H ). On dit que

pour

(F) II y a des gens qui ont écrit que ce Sultan étoit Athée.'}. Système. Allégueront-ils les influences des astres ? Maisovius, Voici ce que Paul Jove remarque fur ce sujet (2,4): Natus . cela n’est bon à dire que dans un Sonnet: elles ne peuvent** eíoeììs lrnt twwì xermie. fília , au*. r.Ur'itlianit brjr.eti- rien ici, à moins qu'elles ne soient dirigées par un principe

uogiis erat ex Dejpoti Servu filia , qua puerum Christianis pracep-belTìca 11 tts b moribus imbuerat , quorum mox oblitus adolefcendo ,

vitt ute iw ad Mahometis sacra se contulit, ut neque hos , neque illos

tustrium, ritus teneret, ey in arcano prorfus Atheos haberetur ; utpotef'k- 111, qui unum tantum bona fortune numen coleret , quod prulareb m. 262. conciliari vtvida efficacìque animi virtute predicabat. Itaquenulli add'tSlus religion! , cundlorum hotninum accuratas deDus, tanquam humana nibil curantibus, cogitationes irride-bat; eo animi decreto, ut nullum unquam jus amicìtie autfœderìs, nifi ex commode, exceptaque ad proferendum impe-rium occafione, colendum atque fervandum arbitraretur. II y

intelligent; & c’est ce qu’ils n’admettent pas. Ils dirontbien que c'est un malheur, fi un homme qui achete zoobillets de Loterie fur 3000 n’emporte aucun lot; 8c quec’est un bonheur, si un homme qui n’achete que trois bil-lets fur cent mille a le gros lot: mais ils soutiendront quecela se fait sans la direction d’une intelligence, 8c par unefuite nécessaire du mélange des billets. En effet , quandmême il n’y auroit point de Providence, il faudroit néces-sairement que quelqu’un eût le gros lot, celui-ci plutôt quemais ils ne peuvent point avouer selon leur

de

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Uvre I,H- io.

cent autres:

a deux observations à faire fur ce Passage. I, Paul Jove se Système, que certains hommes auroient toujours le grostrompe, quand il assûre que la mere de Mahomet étoit lot, en n’achetant que peu de billets; 8c que d'autres qui

en acheteroient un grand nombre, ne gagneroient jamaisrien; car cela témoigneroit clairement la direction de quel-que génie ami ou ennemi. Voilà pourquoi ils ne peuventpoint admettre la distinction, proprement dite , de gensmalheureux 8c de gens heureux (30). En un mot, pour (30)revenir à Mahomet, s’il a reconu la Divinité de la Fortu- s xr tout <•«*"

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Gl&iiUct, Chrétienne. „(zy) On ne fait ny le nom ny la qualité de fa,, mere, quoy que tous les Historiens d’Occident, prévenus,, d’une erreur generale, nous l’ayent voulu faire connoî-„ tre fous des noms diversement forgez, tantost de Me-„ lisse 8c d’Irene, tantost de Marie fille du Despote de Ser-„ vie , 8c qualifiée de Defpœne , titre d'honneur que les„ Grecs donnoient auxPrincesses Chrestiennes de l’Orient.

„ Mais quoy que cette Defpœne eût épousé le Sultan Amu-„ rat, elle n’estoit que belle-mere de Mahomet, 8c n’eut„ jamais d’anfans, comme il est clairement justifié par,, l’Ambassade de l’Historien Phranza (f), qui fut envoyé,, auprès d’elle pour la solliciter d’épouserl’EmpereurCons-„ tantin, quand elle fut veufve d’Amurat. Les Turcs 8c

„ le reste des Grecs eri conviennent.(16) II y a

„ de grandes conjectures que la (J) Defpœne Marie, qui ■„ par un privilège particulier y (2.7) vivoit dans l’exercice,, de la Religion Chrestienne, eut quelque foin de lui ; car,, elle luy apprit YOraison Dominicale cy la Salutation An-,, gelique , non pas comme une instruction de pieté, qu’A-„ murât jaloux de son culte auroît rigoureusement con-„ damnée, mais comme le simple amusement d'un enfant,

„ dont la curiosité s’aïtachoit déjà à toutes choses ”. MaII réfléxion est que Paul Jove fe contredit grossièrement;car si Mahomet II reconnoissoit 8c fervoit la Divinité de laFortune, 8c s’il croioit que l’on en gagnoit les bonnes grâ-ces par l’aplication , 8c par la force de son courage, iln'étoit point Athée, 8c il ne rejettoit point entièrement laProvidence. II est visible que cette Fortune, qu’il fervoit,nc . P.ouvoit être dans son esprit que fous l’idée d’un êtrequi dispose des événemens, 8c qui favorise certaines per-sonnes. Cela ne peut convenir à un être aveugle, 8c quin auroit qu une force naturelle de fe mouvoir. II faut que, cet être puisse diriger ses forces selon ses désirs, & qu’ilconoisse ce que font les hommes, 8c qu’il les distingue lesuns des autres. Chacun voit que le Système des Athées estincompatible avec la suposition d’un tel être (28).. Le P.àunbourg, Copiste ici de Paul Jove, est tombé dans la1 alinéa. ,T ^ eme contradiction. Il n y eut jamais, dit-ìl (zo), deplus grand Athée que ce Prince, qui ríadorait que fa bonneíprtune , qu tl reconnotfoit pour funique divinité , a laquelletl estait toujours prejì de sacrifier toutes choses ; qui fe moquoitde toutes les Religions ; de la Chrétienne , en laquelle il avoitété instruit dés son enfance par la Sultane fa belle-mere, filledu Despote de Servie; de celle de Mahomet, qu’il traitoit dechef de Bandits entre ses Confidens ; ez de tous ceux quicroyaient qu il y euft une autre Providence que celle que cha-cun doit avoir pour soy-mesme. De là vient que son interest,fa grandeur , ey son plaisir estaient l’unique rcgle de ses ac-tions , ey qu il ne- gardait ni foy, ni parole, ni serment , nitraité, qu autant qu’il les trouvait commodes, cy utiles pourarriver à quelqu'une de ces trois fins , à laquelle il tendait tou-jours en tout ce qu’il entreprenois.

■ C’est une opinion fort générale, que certaines gens ontdu bonheur, 8c que d’autres ont du malheur; 8c il est bienv a - a» u dificile de ne croire point cela, quand on prend garde auxS'ns événemens publics. II y a des Amiraux qui font traversez*• presque toûjours par les vents contraires, dans les desseinsles plus importans. II y en a d’autres pour qui le bon ventsemble fe lever, toutes les fois qu’ils ont à exécuter degrandes choses. Ces coups de malheur 8c de bonheur neparoissent pas si visiblement dans les armées de terre; maisne sauroit nier que les pluies ou le beau tems, 8c plu-sieurs autres occurrences qui ne dépendent point de notresagesse, ne traversent ou ne favorisent plus souvent les en-treprises de certains Généraux, que les entreprises de quel-stues autres. II semble même que l’on puisse remarquerstu'il y a des Généraux, qui ne sont jamais secondez de cestu’on apelle coups de bonheur, que lors qu’ils combatentcontre des chefs qui passent pour malheureux. Si l’on sui-v oit à la trace les Avantures des particuliers, on y trouve-r°it à proportion autant de marques de ces coups de bonne°n de mauvaise fortune. II n’y a point d’Athée, il n’y aPoint d Epicurien, qui puisse admettre cette distinction deonheur 8c dé malheur ; elle n’est pas compatible avec leur

l Q M. III.

t: rsc. p a -a ® 4 . Infér-ons. di Paul,Gtovïo pag %75 . ‘-ÁnnuLsultan,

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fîi) Mana-bourg, Hist„d'u Schismedes Grecs,

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ne, il n’a été ni Athée, ni Epicurien.

(G) Il eut de la tolérance pour l’Eglise Greque, ey beau-coup de civilité pour le Patriarche de Constantinople . ] Jem’assûre que mon Lecteur fera bien aise de trouver ici unpetit détail, sur un fait aussi curieux que celui-là. Je meservirai des paroles du Pere Maimbourg, qui aiant décritla prise de Constantinople, 8c l’entrée triomphale de Ma-homet dans cette ville, continue ainsi (31) : „ Apres cela,

„ comme il estoit extrefmement adroit, ne voulant pas„ perdre avec les Chrétiens les principales forces, 8c le„ plus grand revenu de son nouvel Empire, il fit un trait p% 3S*

„ de trés-habile Politique, pour les rassurer, en leur fai- à-suivant.,, sant voir qu’il les vouloir traiter trés-favorablement en '

„ bon maistre, 8c leur laisser l’exercice libre de. leur Reli-„ gion. Car ayant apris (J) que le Siégé Patriarcal estoit„ vacant, par la renonciation volontaire de Grégoire Pro-„ tosyncelle, qui s’estoit retiré à Rome, il voulut qu’il y„ en eust un: 8c pour agir auffi d’abord en Empereur, il„ ordonna qu’il fe fist à la maniéré accoustumée fous les

„ derniers Princes. II fit assembler quelques .

„ Evefques qui fe trouvèrent alors aux environs de Cons-„ tantinople, avec si peu d’Ecdesiastiques qui y estoient„ restez, 8c les principaux d’entre les Bourgeois: ceux-cy„ élurent, selon ses ordres, le célébré Sénateur (J) Geor-„ ge Scholarius, celuy-là mesme qui s’estoit déclaré si„ hautement pour la'Foy Catholique au Concile de Flo- de een,, rence, & que Mahomet, qui aimoit les habiles gens, ses. /. 3.'„ avoir épargné, quand il fit mourir tant de personnes de ' '

,, qualité, ayant feu que c’estoit le plus sçavant, 8c le plus,, éloquent de tous les Grecs. II fut donc choisi, fous le,, nom de Gennadius ; 8c le Sultan voulut observer en,, cette occasion toutes les melmes cérémonies que les,, Empereurs de Constantinople gardoient, en installant le

,, Patriarche en cettfe maniéré.( 3 Z ) Auffi-tôt

„ qu’il eut fait élire Gennadius, on le conduisit par son,, ordre en grande pompe au Palais > où il le reçut avec,, toute forte d’honneur, & de témoignage de bienveil-„ lance, le faisant mesme manger à sa table , s’entrete-

( 1 ) Phtannjsilìb. cit.

Léo .AÌlrt.

con•

:•

c. 6,

(ìz) Malnt-bourg, Hist.du Sdiisinedes Grecs,p. 361,361,

„ nant lbng-temps avec luy, comme s’il eust esté le plus„ intime de ses confidens. Aptes quoy l’ayant mené dans„ la grand’ Sale, il luy mit en cérémonie le baston Pasto-„ ral entre les mains, en présence des Turcs 8c des Chré-„ tiens accourus à un spectacle aussi surprenant que celuy„ où l’on voit le Sultan des Turcs, ennemi mortel du„ Christianisme, donner l’investiture du Patriarcat de Cons-„ tantinople, par là Crosse. 11 fit plus : car quoy que le„ nouveau Patriarche fist tout ce qu’il put pour s’y oppo-,, fer, alléguant l’exemple des autres Empereurs, quì n’a-,, voient jamais porté la bonté 8c la civilité si loin , il le„ voulut conduire jusqu’à la porte du Palais, où l’ayant,, fait monter fur le plus beau cheval de son écurie, super-„ bernent enharnaché de satin blanc tout brodé d or, il,, ordonna à tous ses Visirs, 8c à ses Bachas, de 1 accom-,, pagner, comme ils firent, en marchant en bel ordre,

,, à pied , les uns devant, 8c les autres après luy, dans„ une longue 8c superbe suite , au travers de (j) toute (f) T#rroc„ la ville, jusqu’à la célébré Eglise des douze Apoítres, l -„ qu’il luy avoir a Lignée pour estre fa Patriarcale, au lieu . "jst,

,, de celle de Sainte Sophie, dont il avoir fait la grande '

, Mosquée. II l’alla mesme visiter quelques jours aprés„ dans le nouveau Palais Patriarcal de l’Eglise de nostre-Dame qu’il avoir obtenue du Sultan au lieu de celle" des Apostres; 8c là il le pria de luy expliquer les princi-„ paux points de la Religion Chrestienne : ce que ce grand,, homme fit avec tant de jugement, de force, 8c de net-„ teté, 8c tant d’aprobation du Sultan , qu’il en voulut„ avoir l’exposition par écrit, qui se voit encore aujour-„ d’huy en Gréé, en Latin , Sc ea Arabe demy-Turc.

M m z „ V osia