2$>6
MALDONAT. MALHERBE.
Rl'fIe'-XION surle DouteCartésien.
(54) Abra-ham. Hei-danns ,Considérât,ad res quas-dam nupergestas, pag.ÏJJ» 1 3S."
cette Objection.
fur que suivant les réglés & !a méthode de la Dispute, il Jésuites: Les plus habiles Mifflonaires de la Chine, dont iíf
faut réduire en question cette grande & importante vérité, — - r ' — a — r -—'~ --* ^
dès qu’une fois on prend le parti de prouver par des ra h
sons philosophiques qu’il y a un Dieu; car le hut naturel 8clégitime de cette entreprise est de convaincre de faussetéceux qui nient cette These. Or selon les réglés de la Dis-pute l’on peut & l’on doit exiger d’eux qu’ils se défassentde leurs préjugez, & qu’ils réemploient pas leurs principesparticuliers confréries raisons qui leur seront opoiëes; cars’ils le faisoient, ils tomberoient dans le Sophisme que lesEcoles apellent petitio principii , défaut énorme, & qui doitêtre bani d’une Controverse, comme un obstacle essentielau dessein qu’on a d’éclaircir une vérité. Ils ont un semblabledroit d’exiger la même chose,puis que dans toute Disputebien réglée les combatans se doivent servir d’armes égales.Ainsi pour un certain tems, c’est-à-dire, pendant que chaqueParti alléguera ses raisons, ceux qui nient, & ceux qui af-firment, doivent mettre à part leur These, en ôter l’affir-mative & la négative. Ce sera donc une question; ce seraune matière de recherche, où pour procéder de bonne foiil ne faudra point permettre, que nos opinions préconçuesdonnent du poids aux argumens qui les favorisent, ni quel-les énervent les raisons contraires. II faudra examiner tout,comme si nous étions une table rase. II n’est pas nécessairede douter actuellement, & moins encore d’afBrmer quetout ce que nous avons cru est faux : il suffit de le tenirdans une espece d’inaction, c’est-à-dire de ne point souf-frir que notre persuasion nous dirige, dans le jugementque nous porterons fur les preuves de l’existence de Dieu,& fur les Difficultez, & les Argumens des Athées. C’estfans doute ce qu’a prétendu Mr. Des Cartes, lors qu’il avoulu que son Philosophe doutât de tout, avant que d’exa-miner les raisons de la certitude. Si l’on ne m’en veut pascroire, qu’on écoute pour le moins un Ministre qui veutqu’en disputant avec les Athées,on renonce pour un temsaux principes dont ils ne conviennent pas. Ut clare osten-damus , dit-il ( 54), qua ista tantoperé declamata dubitatio• est, cuï tot rétro annis tanta lites motst atque etiamnum mo-ventur , rem ipfam paulò altitts & ab initia repetemu t. Con-stat, ab omni tempore repertos este, qui Del naturam, exis-tentiam , providentiam , ZV quidquid horum est, quibus om-nìs plane nititur Religto , nefcio quibus non fubtilitatibus aut
evertere , aut dubia faltem reddere non vererentur .
Cui tamen malo quantum pote obviam eundo , iistque quosinfeciffet, convmcendis, haud pauci femper viri doBi ac egre-gii ingénia calamosque suos acuerunt. Quibus certe, st quidproficere volunt, non ex principiis adverfa parti negatis, fed abeâdem concestis necestario est difputandum ; utut ilU alias in fetpsta pojstnt este certistìma. Quod cum reffè perpenderet Ca.rte-stus, eaque de exiflentìa Del argumenta proferre fiuderet, adqilít pert 'macistimus quifque Sceptìcus obmutesceret, ecquid potuitaliter, quœm ut ea omnia de quibus ifti dubitant, tantistper
feponeret t II nomme Diagoras, Epi cure, & les Sceptiques :il auroit pu citer des Corps entiers de Chinois, comme afait Mr. Arnauld : voici comme il parle en s’adrcffant aux
Os) Ar-, .nauld, ci»'quieme V e "
en a qui font de vostre Société, soutiennent que la plus part deces Lettrez font Athées, c y qu ils ne font Idolâtres que par dis-stmulation c y par hypocrisie , comme beaucoup de PhilosophesPayens qui adoroient les mefmes idoles que le peuple, quoy qu ilsn y eustent aucune creance ■ ainsi qu on peut voir par Cicéron ct*par Seneque. Ces mefmes Mijstonaires nous aprennent que cesLettrez ne croyent rien de spirituel , zsp que le Roy d’enhaut „que vostre P. Matthieu Ricci avoit pris pour le vray Dieu, ri estque le Ciel matériel ; zv que ce qu ils appellent les esprits de laterre, des rivières, C? des montagnes, ne font que les vertusaBìves de ces corps naturels. Quelques-uns de vos Auteurs di-sent , quils ne font tombez depuis quelques siécles dans cet A-the'ffme, que pour avoir laiffé perdre les belles lumières de leurPhilosophe Confucius. Mais d’autres, qui ont estudìé ces ma-tières avec plus de foin, comme vofire P. Longobardi, Joutien-nent que ce Philosophe a dit de belles choses touchant la moralecr la politique'; maïs qu à i égard du vray Dieu ztP de fa Loyil a esté austi aveugle que les autres (55).
Je suis fâché que Mr. de Saint Evremond, que j’admire nonciation& que j'honore autant que personne du monde, ait un du rêche'_sentiment contraire à lj Méthode de Maldonat, & qu’il Philolophi'me faille préférer à son opinion celle de l’Ecrivain anony-me qui l’a critiqué. Laissons la Théologie toute entiere à i°‘ P „ e fenos Superieiîrs, dit-il (56), „ & suivons avec respect ceux Gobien, ,„ qui ont le soin de nous conduire. Ce n’est pas que nos ims u stZ.„ Docteurs ne soient les premiers à ruiner cette défe- A^riie„ rence, & qu’ìls ne contribuent à donner des curiositez i" Em p C i:eur„ qui mènent insensiblement à Terreur: il n y a rien, de de la chí-„ si bien étably chez les Nations, qu’ils ne soumettent à ct «'
-, l'extravagance du raisonnement. On brûle un homme„ assez malheureux pour ne croire pas en Dieu, & cepen- stjLrtide„ dant on demande publiquement dans les Ecoles, s’il y sommonA-„ en a. Par là vous ébranlez les esprits fpibles, vous jet- Codóm.
„ tez le soupçon dans les défians; par là vous armez les„ furieux, & leur permettez de chercher des raisons per-„ nicieuses, dont ils combattent leurs propres sentimens,
,, & les véritables impressions de la nature . Voions la fur lesRemarque de son Censeur: (qq) Quand les Théologiens de- Sciences,mandent s’il y a un Dieu , ce ri est pas pour douter de son Pstlpexistence, mais pour en donner des preuves certaines, er pour j- ísconfondre les Athées, comme la Medecine donne la connoistance Edition de
des poisons pour guérir ceux qui en font infeBez . lìoll. 16cl*
(f 8) Il traite d’imprudent C? de scandaleux tous les DoBeurs, '(sec-
S. Thomas même qui au commencement de fa Somme, ques-tìon 2. article 3. demande expreffément s il y a un Dieu, Que ] e s Oeuvre 5Mr. de S. E. fe puiste figurer que l’on prenne son party contre mêlées detant de Théologiens éclairez qui traitent cette question dans M ou si. detoutes les plus fameuses Univerfitez, depuis un fi grand nombre Saint Evre ' 1d:années, à la vue de toute l’Eglise , c est ce qu’il ne peut fe pro- ’^^EddT'mettre, e? nous manquerions , Lee. de paris '
Concluons que notre Jean Maldonat'ne méritoit point l6sS -la Censure qu’Etienne Pasquier a insérée dans son Plai- .doié contre les Jésuites. Aucun Lecteur n’en pourra yjl lhi *douter. Í 3
{a) La Viede Mal her-be par Ra-can, /-»-primée kParis Pan1672. LesEntretiensde Balzac.Recueil desplus bel-
MALHERBE (François de) le meilleur Poëte François de son tems, naquit à les rieces
Caen environ l’an
Hff:
_ ^ & mourut à Paris l’an 1 618. Je n’en dirai pas beaucoup de choses.
Monsr. Moreri en a dit assez pour la plupart des Lecteurs 5 & ceux qui en souhaiteront davan-tage, pourront aisément se satisfaire dans des Livres qu’on trouve par tout (a). Je sai sur quoiMonsr. Moreri se pouvoit fonder, lors qu’il a dit, que Malherbe s'exprimoit de très-mauvaife grâce :mais Racan témoigne le contraire. (A ). II nous aprend une chose qui confirme ce que j'ai ditdans l’Article deLoTicmus (S); c’est que les Poètes se font des maîtresses imaginaires (A), Èim. (f>
pour
e*
des PoètesFrançois»reimprìffî*Hollandexeti.T**-II, peg.
,)
{b) (Fi est*
(1) Balzac,EntretienXXXVII,AX- m. ;ss-
(4Í) Je f ai fur quoi Mr. Moreri fe pouvoit fonder , lorsqu il a dit, que Malherbe s’exprimoit de très-mauvaife grâ-ce : mais Racan témoigne le contraire. Moreri se pouvoitfonder sur ces paroles de Balzac (1) : On vous a dit la vé-rité: Malherbe difoit les plus jolies choses du monde; mais ilne les difoit point de bonne grâce, & il estait le plus mauvaisRecitateur de son temps. Nous l'appellions ï Antimondory : ilgastoit fes beaux Vers, en les prononçant. Outre qu on ne l'en-tendoit presque pasi, à cause de l'êmpefchement de fa langue,cy de l’obscurité de fa voix : il crachait pour le moins fix fois,en récitant une Stance de quatre Vers. Et ce fut ce qui obli-gea le Cavalier Marin à dire de luy , qu'il ri avoit jamais veâd'homme plus humide, ni de Poète plus sec. Racan tient un
grammes fur ce nom , qui eussent assez de douceur pour pou-voir entrer dans des vers .- Us n’en trouvèrent que trois, Ar-thenìce, Eracinthe , esf Charintée ; le premier fut jugé plusbeau; mais Racan s’en estant servi dans fa Pastorale, qu’il fitincontinent aprés , Malherbe méprisa les deux autres , z? fe
détermina à Rodante. . ,. ll estait alors marié & fort
Avancé en âge; c est pour quoy son amour ne produifit que quel-que peu de vers , ent r autres ceux qui commencent; Cherebeauté, que mon ame ravie, &c. Et ces autres, que Sois-fet mit en air: Ils s’en vont ces Rois de ma vie. Il fit aujstquelques Lettres fous le nom de Rodante ; mais Racan, quiavoit trente-quatre ans moins que luy, zv qui estait alors gar-çon , changea son amour Poétique en un amour véritable ztP
(2) Racan .Vie deMalherbe,t a î- 22.
tout autre langage: Voila, dit-il (2), les discours ordinai- Légitimé, zv fit quelques voyages en Bourgogne pour cet effet (4). (4)^
(3) Là-même
AX- 42 » 4 »*
res , qu il tenoit avec fes plus familiers amts : mais ils ne fepeuvent exprimer avec la grâce qu’il les prononçait ; parcequils tiraient leur plus grand ornement, de son geste, zsr du tonde fa voix.
(si) Les Poètes f e font des maîtresses imaginaires. ] C’estce qu’on verra dans ce récit : Racan & Malherbe „ s’en--, tretenoient un jour de leurs amours, c’ïsi-a’-diri,-> du dessein qu’ils avoient de choisir quelque Dame demérité & de qualité, pour estre le sujet de leurs vers.3, Malherbe nomma Madame de Rambouillet, & Racan>, Madame de Termes,qui estent alors veuve' il se trouva„ que toutes deux avoient nom Catherine - sçavoir, la,, premiere qu avoit choisie Malherbe Cash .ne de Vi-„ vone, & celle de Racan Catherine de Chabot (3) Uspafféíenl tout le reste de T après dinée à chercher des_ Ana-.
Remarquez bien la différence qu’ils mettent entre un amourpoétique & un amour effectif. A cet âge-là le bon Mal-herbe n’étoit propfe qu’à aimer poétiquement; & néan-moins si Ton eût jugé de lui par ses Vers, on auroit ditqu’il avoit une maîtresse qui le faisoit bien soupirer, & quiTembrasoit jusqu’aux mouëlles,lui quiétoit st frilleux,quenumérotant ses bas par les lettres de T alphabet, de peur dep’en mettre pas également à chaque jambe, il avoua unjour qu’il en avoit jusques à l’L (5). On savoir fes infir-mitez , & on T en tailloir : on lui reprocha un jour enVers qu’à grand tort les femmes croient ses idoles, puisqu’il n’avoit que des paroles (6). Voici d’autres Vers quile regardent:
Avoir quatre chauffons de laine ,
Et trois eafaquins de futaine, *
..„seA
431
(S)
tìdí» *('
( L ) R ?" 6
’roé
LOGí■ 2 igmerf
ROGE^.