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Tome troisieme. K - P.
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M A R O T. 34 ;

II sut blessé & fait prisonnier à la journée de Pavie ( D ). Cette Avanture eíl moins conue quela persécution que lui firent les bigots : ils le firent mettre en prison comme suspect d’Héréíìe (F).Délivré de leurs mains par la protection de François I, il ne laissa pas d’avoir une extrême craintede ces gens-là, & d’autant plus qu’il avoir dépeint fort naïvement les injustices du Chatelet dansl’un de ses Poèmes, (c). Aiant donc su qu’on recommençoit à le rechercher, & qu’on avoitfait saisir ses Livres, il n’eut pas le courage de retourner à Paris (F) : il partit de Blois où il

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(D) il fut blessé & sait prisonnier à la journée de Pavie.]L’Auteur de la Vie de Clement Marot, insérée dans le Re-cueil des plus excellentes Pieces des Poètes François (11),n’a pas oublié cette Avanture. II allégué ces Vers de Marot,fans nous aprendre de quelle Piece ils font tirez (iz).

Là sut percé tout outre rudementLe bras de cil , qui t'ay me loyaument :

Non pas le bras , dont il ha de consumeNe manier ou la lance, ou la plume:

Amour encor le te garde, cr reserve,

Et par escrits veult que de loing te serve.

Einalement, avec le Roy mon maiftreNelà les monts prisonnier se vid ejlreMon triste corps, navré en grand souffrance.

Gluant- est du cueur, long temps y ha, qu'en FranceTon prisonnier il est salis mesprison.

( E ) Le s bigots le firent mettre en prison comme suspettd'Hérésie.] Ce fut à l’instance du Docteur Bouchard, & lorsque François I étoit prisonnier de Charles-Quint en Espa-gne. Le premier de ces deux faits se. prouve par ces pa-roles de Marot:

Nonne response à mon présent affaire,

- Noble Noíîeur. Qui t’ha induit à faireEmprisonner depuis six jours en fa ,

Un tien Amy , qui onc ne t'offensa ?

Et vouloir mettre en luy crainte, ey terreurN'aigre justice , en disant, que l'erreurTient de Luther ? Point ne suis Lutherifte ,

Ne Zuinglien, ey moins Anabaptiste :

Je fuis de Nieupar son fil z. Jesu Christ (13).

Dans la fuite de cette Lettre il continue à protester qu'ilest Orthodoxe, & bon Catholique. La preuve du secondfait est contenue dans les Vers que je vais copier. Notezque Marot y conte ce qui se passa entre ses Juges & luipendant fa prison.

.Pour revenir donques à mon propos,

Rhadamanthus aveques ses suppostsNedans Paris, combien quefuffe à Blois tEncontre moy fait ses premiers exploits,

En saisissant de ses mains violentesToutes mes grands richesses excellentes,

Et beaux trésors , d-'avarice délivrés :

C'est à savoir mes papiers, ey mes livres,

Et mes labeurs. O juge sacrilege,

Qui t’ha donné, ne loy, ne privilège,

N’aller toucher, ey faire tes massacresAu cabinet des saintes Muses sacres ?

Bien eft-il vray que livres de dessins»

On y trouva : mais cela n'est offenseA un Poète , à qui on doibt lascherLa bride longue, e? rien ne lui cacher (zo)

Le Juge donc affeâté se monflra

En mon endroit, quand les premiers outra

Moy, qui estais absent, ey loing des villes,

Ou certains fols feirent choses trop viles,

Et de scandale: helas, au grand ennuy,

Au détriment, ey à la mort d’autruy.

Ce que sachant, pour me justifier.

En ta bonté je m'osay tant fier,

Que hors de Blois party, pour à toy Sire,

Me presenter : mais quelqu’un me vint dire,

Si tu y vas, amy, tu n es pas sage :

Car tu pourrois avoir mauvais visageNe ton Seigneur. Lors comme le Nocher ,

Qui pour fuir le péril d’un RocherEn pleine mer se âestourne tout court,

Ainsi pour vray m’escartay de la Court :

Craignant trouver le péril de durté :

Ok je n eux. onc sors douceur, ey seurté (zï).

Notez qu’il commence cette Lettre par représenter quesa fuite n’est point une preuve qu’il se reconoiffe coupa-ble , mais seulement qu’il est convaincu de la mauvaiseadministration de la Justice.

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Or suis-je^ loing de ma Name, & Princesse,

Et prés d ennuy , d'infortune, ey destreffe,

Or suis-je loing de fa tresclere face.

S elle sust prés ( b cruel ) ton audace

Pas ne se sust mise en effort de prendre

Son Serviteur, qu on n ha point veu mesprendre:

Mais tu vois bien ( dont je lamente, ey pleure )

Quelle s’en va {helas) & je demeureAvec Pluton, e? C haron nautonnier :

Elle va veoir un plus grand prisonnier.

Sa noble mere ores elle accompagne

Pour retirer nostre Roy hors d’Espagne (14):

Je ne sai point les circonstances de la fin de ce Procès: jecroi pourtant que le Roi & la Princesse Marguerite proté-gèrent notre Poëte. Ne me dites point qu il est constantque la Lettre (15), qu’il écrivit à François I le 15 jourde fa prison, fut très-bien reçue, & que ce Prince en futfi charmé qu’il écrivit lui-même à la Cour des Ay des pourfaire obtenir la liberté à Clement Marot (16) ; car cela re-garde un autre emprisonnement où il n’étoit point questiond’Héréíìe, & qui fut postérieur au retour du Roi en Fran-ce. II est aisé de prouver toutes ces particularitez. Marotdéclare qu’il est en prison depuis quinze jours, & qu’onl’accuse d’avoir ôté aux sergens un prisonnier (17). II paroîtPar le Regître de la Cour des Aides de Paris, que la Let-tre de François I, touchant l’élargissement de Marot, estdatée de Paris le 1 de Novembre 15Z7 (18). Ce Princedéclare qu’il a esté duement informé de la cause dudit empri-sonnement , qui est pour raison de recouse de certains prijîm-nier s; & il enjoint que toutes excusatìons cessantes, on met-te Marot hors des prisons. La Cour obéît. Voilà doncfaute à corriger dans ]e Recueil des plus excellentesPteces des Poètes François, 8c dans la nouvelle Edition desOeuvres de Clement Marot (19). La Vie de ce Poëte,dans l’u n & dans l’autre de ces deux Ouvrages, porte quea Lettre de François I à la Cour des Aides tira Marot de3 prison où il avoit été mis pour des soupçons d Hérésie,t Cour des Aidés se mêloit-elle de cela? Ceci nous doit

tenir

avertis nous autres qui écrivons la Vie des particu-hers, qu'il importe de faire attention aux plus petites cir-constances.

,, {P) Il n’eut pas le courage de retourner à Paris.] II fautentendre lui-même: il nous dira qu’il y retournoit; maisqu st rebroussa chemin lors qu’on lui eut fait comprendrequ’on avoit prévenu le Roi. Les Vers que je cite fontans une Lettre qu’il écrivit à ce Monarque,

PO m. ut.

Je pense bien que ta magnificence,

Souverain Roy , croira que mon absenceVient par sentir la coulpe, qui me pointN’ aucun messait : mais ce ri est pas le poiniî.

Je ne me sens du nombre des coulpables :

Mais je fçay tant de Juges corrompablesNedans Paris, que par pecune prinsi ,

Ou par amis, ou par leur entreprinse,

Ou en faveur , ey charité piteuseNe quelque belle humble soliciteuse,llx. sauveront la vie or de, ey immundeNu plus meschant , ey criminel du monde ;

Et au rebours, par faute de pecune,

Ou de support, ou par quelque rancune ,

Aux innocent ilx, sont tant inhumains ,

Que content fuis ne tomber en leurs mains '.

Non pas que tous je les mette en un compte :

Mais la grand’ part la meilleure surmonte.

Et tel mérité y eftre authorisé ,

Nont le conseil ri est ouy , ne prisé.

Suyvant propos , trop me font ennemysPour leur Enfer, que par escrit j'ay mis ,

Où quelque peu de leurs tours je defeoeuvre,

Là me veult on grand mal pour petit œuvre ;

Mais je leur fuis encor plus odieux ,

Nont je l'ofay lire devant les yeuxTant clervoyans de ta Majesté haute,

Qui ha pouvoir de reformer leur faute (zz)-

II nous aprend ensuite une chose dont ses Historiens nefon't point mentions c’est qu’il fut saisi prisonnier pendantune grande maladie, & que le Roi donna ordre qu on lelaissât cn repos.

' Mefmes unjoùr ils vindrentA moy malade, & prisonnier me tindrent ,

Faisans arrest fus un homme arrejléAu Util de mort, cy m eussent pis traité,

Si ce ne sust ta grand bonté, qui à ce,

Nonna bon ordre avant que t’en priasse,

Leur commandant de laisser choses telles :

Nont je te rends grâces tresimmortelles (23).’

Puis il passe à satiriser la Sorbonne, 8c à protester oue lessoupçons d Herefìe , qu’on avoit tâché de faire naîtrecontre lui dans l’esprit du Roi, étoient injustes. Voicice qu il dit contre la Sorbonne ; J 1

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(c) Voîez. ÌA\cmartj. (F)c,tM - (“A

(îo) Marot,’Epistre anRoi, dutems de sonexil à Fer-rare, peg, 'U 9.

(it) Là-mè-me,pag. 18 o,

(zz) Lì-ml-n ‘> t\ 17 »,

(23) Marot;Epistre auRoi, dutems de fouexil à Fer-rare, pag,- 77 -

Autant