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Tome troisieme. K - P.
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crasse (D); & néanmoins ils rejettérent comme ridicules les visions 6c les doctrines que Maho-met leur annonça (b). II fut un exemple de la vérité de la Maxime nul Prophète en son pais. Ï1ne put jamais faire goûter dans fa patrie ses prétendues Révélations : &, tant à cause qu'on lestrouvoit impertinentes, qu’à cause qu’on le foupçonnoit de vouloir détruire l’ancienne Religion,& d’afpirer à la tyrannie fous les auspices de la qualité de nouveau Prophète (r), on s’oposa íivertement à fes complots, qu’il fut obligé de prendre la fuite {d) -, & ce nc fut que par voie deconquête militaire qu’il établit dans ce lieu-là fa nouvelle Loi (e). II y eut une rude guerre en-tre lui 6c les Mecquois pendant six ans depuis qu’il eut pris la fuite. Cela fut suivi d’un traitéde treve, qui devoit durer dix ans, mais gui n’en dura que deux (/) ; car en la huitième annéede l’Hégire (g) cet Imposteur accompagne de dix mille hommes marcha contre la Mecque fous*prétexte qu’elle avoit violé la treve, & la subjugua très-facilement. II en banit l’Idolâtrie (£),6c s’apliqua peu après à d’autres expéditions. II alla en pélérinage à la Mecque Fan 10 de l’He-gire, il y entra le grand jour de cette Solennité. Les peuples accoururent en f ouïe de tous les endroits deF Arabie, pour voir leur nouveau Maître: il les instruisit dans fa Loy, après quoy il retourna à Medi-ne, 6c y mourut l’année íiiivante. II avoit eu la politique pendant la treve qu’il avoit conclueavec les Mecquois d’ordonner à ses Sectateurs le pélérinage de la Mecque. C’etoit une solennitéque les Arabes avoient en vénération depuis plusieurs siécles {F) : il crut donc qu’en la conser-vant

„ q Vie tombant fur le Casque , elles le perçoient Sc YHom-„ me auffi de part en part ; que fur chacune de ces Pierres,, étoit écrit le nom de celui qui en devoit être tué ; &,, que l ’Armée des Ethiopiens étant ainsi détruite le Temple„ de la Meque fut sauvé (9).

(D) Les habitans de la Mecque étoient d'une ignorancetres-craffe. ] Mahomet „ étoit un Barbare fans literatu-„ re (fj) qui ne favoit ni lire ni écrire. Mais cela n’é-„ toit pas tant un défaut en lui, que dans la Tribu dont„ il étoit, où l’on avoit de coûtume pour ce qui regar-„ doit toute forte de literature de demeurer (j|) dans la„ même ignorance avec laquelle ils étoient sortis du ven-,, tre de leur Mere jusques à la fin de leur vie. C’est„ pourquoi au tems que Mahomet s’érigea premieremení„ en Prophète , il n’y avoit pas un seul homme de la,, Mecque qui fût lire ou écrire, excepté seulement (jj),, Waraka parent de Cadigha, qui s’étant fait premiere-„ ment Juif, Sc ensuite Chrétien , avoit appris à écrire„ Y Arabe en Lettres Hébraïques. Et c’est pour cette raison„ que les habitans de la Mecque étoient appeliez (**) gens„ fans literature par opposition au Peuple de Medine, qui,, étant la moitié Chrétiens, Sc Vautre moitié Juifs .savoient„ & lire Sc écrire ; Sc c’elt pour cela qu’ils étoient appel-„ lez (j) le Peuple du- Livre. C’est de lui qite plusieurs„ des Sectateurs de Mahomet, aprés qu’il fut venu à Me-„ dine, apprirent auffi à lire Sc à écrire, ce que quel--, ques-uns d’entr’eux avoient commencé d’apprendre au--- paravant de Bashar le Cendien, (j.) qui ayant demeuré,, à jínbar, Ville à’Erac, près de Y Euphrate, y avoit ap-,, pris cet art, d’où venant à la Mecque , Sc fe mariant,, avec la Sœur d ’Abu-Sophian, il s’établit là, ôc l’on dit-, que c est de lui que les habitans de la Mecque ont reçu-, les belles Lettres. Entre les Sectateurs de Mahomet,-, Othman y profita plus qu’aucun autre, ce qui l’avança„ dans la fuite à être (j) Secretaire de cet Imposteur. Mais,, faute de Papier d’abord, étant dans un lieu où l’on n’en-- avoit pas besoin auparavant, ils furent obligez de se ser-», yir (*) d’os d’Epaules de Mouton & de Chameau pour-, écrire, ce qui étoit un expédient dont fe fervoient an--, ciennement les autres Tribus des Arabes, qui avoient,, des Lettres, ' mais qui manquoient de commerce pour,, leur fournir ce qui leur étoit nécessaire pour cela ; &,, c’est pour cela que leurs Livres, dans lesquels leurs Poé-,\ mes,Sc autres sujets qui leur plaisoient, étoient écrits (fj)„ n’étoient qu’autant de ces os de Mouton Sc de Chameau„ liez ensemble avec un cordon (10).

(E) llsubjugua la Mecque trés-facilement. Il en banitl’Idolâtrie.'] 11 marcha si diligemment vers cette ville avecson armée, qu il fut à fes Portes avant que les Habitans fefussent apperçús qu il leur en vouloit (|J). Il les surprit doncavant qu'ìls enflent eu le tems de fe preparer à fe défendre,

C? 1 ainsi ils furent contraints de fe soumettre à lui. .

La ville fe rendit à discrétion fans faire seulement mine defe vouloir défendre. Dés que Mahomet y fut entré , il fitmourir ceux qui avoient témoigné le plus d'emportement con-tre l u i y tous les autres fe soumirent à son Empire , eye mbraflerent fa Religion. Il n y fut pas plutôt le Maîtreabsolu, qu il fe mit à nettoyer le Caaba des Idoles qui yétoient, esc à consacrer de nouveau ce Temple, comme ayantr efolu de lui conserver son ancienne splendeur en faisant laMosquée la plus sacrée de toutes, C? la principale place pourle service Religieux de fes Seílateurs. Il y ( j-J ) avoit un&rand nombre ss Idoles dans le Tetúple, cy il n'y en avoit sasMoins dehors qui l’entouroient-, Mahomet les arracha égale-ment ey l es détruisit toutes fans exception. Les plus confide-r ables de ces Idoles étoient celles d ’Abraham cy Tlfmaël dansie Temple, cr celle de Hoball hors du Temple. Les au-tr es etoient des Images des Anges, des Prophètes, cy de leursFwcipaux Saints decedez. , lesquels ils honoroient feulementc °mme des Médiateurs, leur rendant le même .honneur Reli-8 le ux que les Catholiques Romains rendent à leurs Saints eyss stf a S es qu ils en font. Car les Arabes ont toujoursf u ( *) qu’il n y avoit qu'un Dieu, Créateur & Gouver-

toutes choses, lequel ils ajpelloient Allah Taal,J * lt Dieu Souverain, le Dieu des Dieux, ey le

Seigneur des .Seigneurs, lequel ils n’osèrent jamais réprefenterpar aucune Image. Mats ce Dieu étant fi grand cy fi élevé ,que selon eux , les hommes n en fauroient approcher pendantqu ils font fur la terre, que par la médiation d ’Avocats quiintercèdent pour eux dans le Ciel ; afin que les Anges & lesSaints hommes Beatifiez leur rendissent cet office , ils leurérigeoient des Images , leur bâtiflbient des Temples , leur ad-drefloient leurs adorations ey en faifoient Vobjet de leur Cultecy de leurs dévotions. C’est en quoi confistoit toute /'Idolâ-trie des Arabes à laquelle Mahomet mit fin, en détruisantces Idoles (n).

(F) Il ordonna le pélérinage de la Mecque. (Tétoit unesolennité que les Arabes avoient en vénération depuis plusieursfiecles.] ,, C’étoit un Rit des Rayent Arabes, qui depuis„ beaucoup de Siécles auparavant avoient accoûtumé d’al-„ 1 er une fois tous les ans au Temple de ìa Meque pour„ y adorer les Divinitez Payennes. Le tems de ce Pele-„ rinage (j) étoit dans le Mois de Dulhagha; & le ro du,, même Mois étoit leur grande Fête, consacrée aux prin-

„ cipales Solemnitez de leurs Pèlerinages.Et afin

,, que tout le monde pût venir avec une liberté entiere &„ sûrement à cette Fête de tous les endroits d’Arabie, &,, s en retourner de même, ils tenoient pour sacrez non,, seulement ce Alois, mais aussi les AI ois précédent Sc fui-,, vant, de forte qu il ne leur étoit pas permis de faire au-„ cune hostilité contre qui que ce fût pendant ce tems-„ là, comme je l’ai fait voir ci-devant (rz). C’est pour-„ quoi ce Pèlerinage solemnel à la Meque ayant été un„ Usage Religieux que toutes les Tribus des Arabes avoient„ en grande vénération,y étant accoutumées depuis long*„ tems, Mahomet ne jugea point à propos de rien inno-„ ver fur ce sujet, de peur de les aigrir. II adopta donc„ cette Observance, la faisant passer dans sa Religion, tou-„ te telle qu’il l’avoit trouvée parmi les Arabes, fans en re-„ trancher un seul des Rites ridicules avec lesquels sis l’ob-,, fervoient: de là vient qu’encore aujourd’hui tous fesSec-„ tateurs l’observent, comme un des Devoirs fondamen-„ taux de sa Religion. Car cet Imposteur rusé leur fit en-,, tendre sur ce sujet, auffi-bien qu’au sujet de tous les„ Rites Payens des Arabes, qu’il crût nécessaires de rete-„ nir, que cette pratique venoit originairement d’un Com-„ mandement que Dieu avoit fait à Abraham ôc à Ismaël »„ Selon lui, lors que ces Patriarches rebâtirent leur Caaba„ Dieu leur ordonna d’aller tous les ans en Pèlerinage à lá„ Meque; Or, dit-il, au commencement, l’on ne faisoit„ ce Pèlerinage que pour honorer Dieu , tous les Arabes„ fe rendant à la Meque une fois l’an pour y adorer Dieu„ ensemble, tout comme les Juifs firent depuis trois fois„ tous les ans, fe rendant par son ordre a Jérusalem, au„ tems de leurs trois Fêtes solemnelles. Mais dans la fuite„ des Siécles les Arabes ayant perverti cette coûtume, 8ï,, Payant changée en Idolâtrie, Mahomet leur fit accroire,, qu’il avoit ordre de Dieu de la rétablir dans fa premiere,, pureté. En prescrivant ce Pèlerinage , ce faux Prophète,, travailla à conserver à la Ville qui lui avoit donné la„ naissance, les avantages dont elle jouïssoit depuis long-„ tems. Accommodant ainsi la Religion qu’il forgeoit à„ l’intérêt de ce Peuple, il crût qu’il lui scroit plus facile„ de la leur faire goûter. En quoi il ne fe trompa point.„ En effet, comme ce Pèlerinage faisoit non seulement la,, gloire de la Meque, mais encore fes Richesses, & étoit,,.le principal Revenu de ses Habitans, si Mahomet l’eût„ aboli,leur intérêt les eût engagez à lui résister avec tant,, de vigueur qu’apparemment il ne fe scroit jamais rendu,, Maître de cette Place, Sç eû iainsi vû avorter tous ses„ desseins (13).

La réfléxion que l’on vient de lire est fort judicieuse.II n’y a rien qui indispose davantage contre les innova-tions de Religion, que de voir que le changement de culteferoit cesser le commerce, 6 c scroit lucrum cejfans, ey dam-num emergens.. Je fai bien que la Superstition toute feulepeut engager une ville à retenir opiniâtrement le culte defes idoles : l’efpérance de leur protection est quelquefois leseul avantage que 1 on en retire ; on n y trouve pas Tail-leurs le profit public, le gain des ouvriers, celui des mar-3 chans.

U) îrl- f .deaux , VÌC ]de Maho-met, fag,

2 1 , 6 s.

(c) Là-mê-mes pag. 244

(d) LÀ-me-

7 Z> 74 »

( í ) Votez, la\em. (JE).

(/) M~deaux, Viedé Maho-met, p. II2,

(f C est lamime choseque la Fuitede Mahomet •Cette 8 cAnné*de P Hégirerépond À Pafì62p.

(n) írï-deaux, Viede Maho-met, p. I2L& suivantes^

(t) Shares-tani. Maìiffî <*

nota adfragatmm xp. 8. & 9 .Pococ. Spec mfíi/î. Ara^?. 177 .

(12) Vûtesíte dernierParagraphede cette 7 ^mar$Hf K

(13) piî-

deaux, Víqde Maho-met , pag.IIZ & suivi