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Tome troisieme. K - P.
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MELANCHTHON.

Quelques-uns l’ont accusé de haïr la Philiosophie Péripatéticienne (X). On a eu infiniment plus

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Melanchthon, n’aiant pas ce tempérament, ne pouvoitpas être li ferme dans ses opinions. II demeurait dans unsens froid, qui laiffoit agir son génie fur le pour 8c fur lecontre; 8c comme il aimoit la paix, 8c qu’il, déplorait lesdésordres que le Schisme avoit fait naître, il étoit plus dis-posé à juger favorablement de plusieurs doctrines, que lesesprits chauds prenoient pour un fondement de la rupture,8c qu’il eût voulu qu’on eût tolérées afin de faciliter laRéunion. Sa modestie & ses expériences le rendoient unpeu défiant. II étoit persuadé que ses lumières pouvoientcroître de jour en jour ; ií se souvenoit d’avoir corrigébeaucoup de choses dans ses Ecrits. II les croioit bonnesla prémiere fois qu’il les publia : le tems lui aprit à leurôter son aprobation, 8c à s’apliquer un bel endroit de Te-rence (69). Pouvoit-il répondre que le tems ne l’instrui-roit pas encore mieux? Voilà ce qui l’empêchoit detredécisif. II vìvoit parmi des gens qui lui paroissoient pas-sionnez , 8c trop ardens à mêler les voies humaines, 8c lesressorts du bras séculier, avec les a faires de l’Eglise. Sa con-science tendre lui faisoit craindre qu’il n’y eût là un carac-tère de réprobation (70). Pourquoi demeuroit-il dans ceParti-là, demanderez-vous,s’il n’avoit point une assurancepositive que c’étoit la cause de Dieu ? Où voulez-vousqu’il allât? vous répondra-t-on. N’eut-il pas rencontre dansla Communion Romaine beaucoup plus de choses à con-damner , plus d’emportement, plus d’opreffion de conscien-ce? Croiez-vous qu’il n’eût pas bien balancé tous les in-convéniens, lors qu’il jetta les yeux fur la Palestine, pours’y retirer en cas que ses ennemis le chassassent ? Non fran-gor anïmo, propter crudelijfimam vocem meorum hostium, quidixerunt , se mihi non relidluros effe vefligium pedis in Ger-mania. Commendo autem me Eilio Dei. Si foins expellar:decrevi PaUstinam adiré , zy in illis Hieronymi latebris , ininvocaiïone Filii Dei, zy testimonia perspicua de doëlrina scri-bere, z? in morte Deo animam commendare (71). Conférezavec ceci le dessein qu’eut Abelard de se retirer chez lesInfidèles (71).

Vitis Theolog. pat. 357 .

(B).

( 72 ) Voicx. P^iriìcle AICIAT (Jean Paul)

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Admirons ici un caractère particulier de la destinée del’homme : ses vertus font sujetes à des suites un peu vi-cieuses; elles ont leurs inconvéniens. Ses mauvaises qua-litez au contraire produisent de bons effets en plusieurs ren-contres. La modestie, la modération, l’amour de la paix,forment dans les plus favans personnages un fond d’équitéqui les rend tiedes en quelque façon, 8c irrésolus. L’or-gueil, & la. bile forment un entêtement si opiniâtre dansun grand Docteur, qu’il ne sent pas le moindre doute, &qu il n’y a rien qu’il n’entreprenne , & qu’il ne suportepour l’avancement, 8c pour la prospérité de ses opinions.Si par bonheur il a rencontré la vérité, quels services nelui ïend-il pas? Ils font fans doute plus grans qu’ils ne leferaient, s’il étoit d’un tour d’esprit plus raisonnable. Lesliens de la préoccupation, ou si vous voulez, le poids despassions, attachent plus fortement l’ame à la vérité, quelirait de la lumière. Notez que je mets à part les bonseftets de la Grâce, tant fur les tempéramens trop phleg-matiques, que fur les tempéramens trop bilieux. Je neconsidère cela que philosophiquement : or, sous cette no-tion, il est vrai de dire qu'en ce qui concerne les intérêtsd'une Secte, un homme entêté 8c fougueux est préférableà un homme sage ; 8c si quelque Fondateur souhaite queses Disciples travaillent avec succès à l’extension & à lapropagation de ses dogmes, il doit souhaiter qu’ils soientd’humeur à ne démordre de rien, 8c à épouser pour touteleur vie le premier Parti qu’ils embrassent. S’ils le choi-sissent avant que d’avoir été capables de bien peser les rai-sons de part 8c d’autre, tant mieux: ils n’en seront queplus éloignez de douter à l’avenir; 8c moins ils auront dedoutes, plus seront-ils opiniâtres, 8c ardens : au lieu queceux qui se proposent de s’éclaircir de jour en jour, nese croient point obligez à un fort grand zèle; car ils s’i-^aginent que ce qui leur semble vrai aujourd’hui, leursemblera une autre fois moins probable que ce qu’ils necroient point. Cicéron exprime très-bien ces diférens ca-ractères, en parlant des Sceptiques 8c des Dogmatiques.Neque nostra disputationes , dit-il (73), quicquam aliud agunt,ni fi ut in utranque partem dteendo , 07 audiendo eliciant zyta nquam exprimant aliquid, quod aut verum fit, aut id qukmproxìme accédas. Neque inter nos zy eos qui scirese arbitrantur‘Lficquam interefi, nifi quod illi non dubitant , quin ea veraJfitt qua défendant : nos probabilia multa habemus, quasequi■ffiùle, affirmare vix pojsumus. Hoc autem libérions z? solutioresjumus , quod intégra nobis est judicandi poteftas, neque ut omniaprt.firip t a zy quasi imperata fint, defendamus , necejfitateuí a c °gimur. Nam cuteri primum ante tenentur astrièíi , qukmyuid effet optimum, judicare potuerunt. Deinde infirmïfjimoempote &tat\s aut obficuù amico cuidam , aut una alicujusquem primum audierunt, ratione cafiti , de rébus incognitis ju-J C s nt ’ C7 ad quameunque sunt disciplinam quasi tempestatee atl , ad eam tanquam ad saxtim adbirescunt. Nam quodJ? s(| °mnìno se credere ei, quem judicent suisse fapientem ,arem, fi u t ps um ril des 07 raioílì judicare potuisfent, Sta~

tuere enim quìd fit sapions , vel maxime vìdetur este sapkntis .Sed ut potuerunt omnibus rébus auditis , cognitis etiam rdiquo~rum sententìis sudicaverunt, aut re semel audit a ad unìus fieautoritatem contulerunt. Sed nefiio quomodo plerique erraremalunt, eamque senteritiam quam adamaverunt , pugnacisfi-me desendeh, quàm fine pertinacia quíd constantisfme dicantexquìrere.

(K) C’est à tort que quelques-uns Pont accusé de hdir laPhilosophie Péripatéticienne.'] J’ai cité ailleurs (74) le PereRapin, qui met Melanchthon dans le Catalogue des Héré-tiques modernes qui ont déclamé contre Aristote, 8c con-tre fa Philosophie. Cette accusation n’est pas bien fondée :je le montrerai ci-dessous (75); 8c il sufiroit pour la réfu-ter de mettre ici ce que Melanchthon écrivit au Chance-lier, de Bavière l’an 1533. Vere sudicas plurimum interest»Reipublica ut Arijioteles conservetur , zsf extet in scholii acuersetur in manibus discentìum. Nam proseílo fine hoc au -tore , non solum non retìneri pura philosophia, sed ne quidemjufla docendi aut discendi ratio ulìa poterit (76). La Logi-que de l’Ecôle est de toutes les parties de la Philosophie‘ celle qui a été la moins agréable aux Réformateurs; car ilsla considéraient comme la source des vaines subtilisez quisaisissent perdre tant de tems à la jeunesse, 8c qui cor-rompoient la Théologie. Cependant Melanchthon se dé-clara pour la Logique. Son témoignage a été cité par Ca-ramuel dans la Liste qu’il a donnée de quelques'DocteursProtestans qui recommandent l'étude de cette partie de laPhilosophie. Philippus Melanchthon, dit-il (77), Lutheridiscipulus fuit, zy tametfi Magister parvi Logicam penderet,ipse maximi eam fecit , zy inter alia in prasatione Erotem.Dialeêl. htc scripfit. Hos 8c adhortor, 8c propte'r gloriamDei, ac propter Ecclesire salutem obtestor, ne Dialecticennegligant, nec applaudant insulsis sermonibus eorum quivitupérant eam 8c Ecclesiae inutile m esse, 8cc. imo Dialec-tica opus est non solum ut doctrina lucemhabeat, sed etiamut sit concordiae vinculum. Le Jésuite Jaques Gretser, vou-lant combatre la haine que Luther avoit témoignée contrela Philosophie d’Aristote, lui oposa Melanchthon, 8c citaun très-long Passage de ce Disciple de Luther : A quo ,dit-il (78), hanc Apologiam mutuabimur , nifi ab illo , cuiLutherus plurimum trìbuere folebat ; quique ea , qua olim inAristotelem conjecerat, malediBa laudibus poflea difpunxit ? Isest Melanchthon , qui in oratione de Ariftotele ( *) à Floccoquodam Norimbergenfi recitata his verbìs Logicam Aristoteli-cam adverfius Lutheri criminationes nobis dat defensam. Nuncquaedam de genere Philosophie addam, cur .Aristotelicummaxime nobis in Ecclesia usuì esse arbitremur. Constarearbitror inter omnes, maxime nobis in Ecclesia opus esseDialectica, quse méthodes rectè informât, qure dextrèdéfinit, juste partitur, apte connectit, judicat, 8c divellitmonstrosas connexiones. Hanc artem qui non norunt la-cérant materias explicandas, ut catuli panniculos. Libetenim uti PlatOnis fimilitudine. Verè eam Plato laudibuseffert, inquiens igniculum esse, quem Prometheus è caeloattulerit, ut in mentibus hominum lumen accenderet adlrectè judicandum. Sed artis prrecepta nufquam tradit. Ca-rere igitur Aristotelis monumentis non possumus. Stoicanon extant, 8c apparat intricatos Labyrinthos, 8c corrupte-las artis fuisse,non simplicem disserendi viam,utilem expli-cation! magnarum rerum. Hac Philippus pro Aristotelis Lo-fe â contra Lutheri amentiam. La fuite de ce Passage deMelanchthon, raportée par Gretserus, contient de fort bel-les louanges de la Physique 8c de la Morale d’Aristote.

II n’est donc point nécessaire de justifier Melanchthonfur ce chapitre: ses Ouvrages le justifient assez; mais n’ou-blions pas une bévue du Pere Rapin. II cite (79) uneThèse soutenue par Luther à Heidelberg l’an 1518, ouAristote fut maltraité. Luther, continue-t-il, ne laisse pas-ser aucune occasion dans ses Ouvrages de s'emporter contre cePhilosophe, en quoi il a été suivi de Zuingle, de Pierre Mar-tyr, de Zanchius, de Melanfíhon, zy de tous ceux qui ontcombatu la doctrine de l’Eglise Romaine. Ce qui a fait direa. Melchior Cano, zyc. Tout cela, 8c ce qu’il venoit dcdire des Anabaptistes, est tiré du Livre de George Hor-nius, qu’il a cité. Or voici les paroles de cet AuteursIbique (Lutherus) pluribus Aristotelem exagitat. Zwingliusetiam, P. Martyr , Zanchius, zy alii excelfijstmè florebant Phi-losophÏA laudibus. Omnes tamen exsupef avlt : divinum Phi-lippi Melanchtonis ïngenium, qui scripts suis totam Philoso-phiam ita illuftravit, ut vere author esus zy fatalis in Ger-mania instaurator dici pojstt. lllustravit Dialefttcam, Ethi-cam , Phyficam , zy Mathematicas disciplinas : expurgavitspinas Philofophorum: id denique.effecit, ut Philosophia moxflorentijfima efficeretur (80). La particule etiam mise peuaprès les paroles qui marquent <que Luther s est emportécontre Aristote, a fait croire au Pere Zuingle,

8c les autres Réformateurs nommez par Hornius, se sont

emportez aussi contre Aristote; mais on peut aisément co-noître que cela est très-éloigné de la pensée de Hornius *l’éloge qu’il fait de Melanchthon pourrait être encore plusétendu; car ce grand homme ne se borna pas à illustrertoutes les parties de la Philosophie : il n y eut guere d'Arts,ni de Sciences, fur quoi il ne travaillât, tâchant d’en faci-liter l’étude par des Méthodes faciles 8c dégagées. QueAaa 3 dirons-

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(7S) Me-lanchthort,Epist. adLeonhat-dum Re-ctum. C’estU CX VIda l Livre ,pag. m.

(77) jo.CaramuélTheolog.Rational*

Tomo //»pag. 42 Edit»Francof . 1654in fuis 9 »

(78) JacobçGretícr.Inaugur.Doctoi.pag. 60 , m

(*) Me-Unchth.

Tarn. J.Décimât^

(7s) Rapin JRéfìéx» futla Philofo-phie, 'm. 4JI,

( 80 ) Georg:Hornius,Histor. phi-,losoph.

libr. VI,Cap. IX,pag. 3151