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M E M N O N. MENAGE. 37 ;
fait de beaux exploits dans l’Ile de Lesbos, qui avoient fort ébranlé les autres îles; & il scmoitla discorde parmi les Grecs, asm d’y faire un parti contre Alexandre. Sa mort dissipa ce grandprojet. II eut l’avantage de conoître par la conduite d’Alexandre à son égard (A), qu’il étoit fortestimé, & même fort redouté de ce grand Monarque. II fit très-bien son devoir à la journée duGranique (a ), où les Perses eurent le malheur de n’empêcher pas que l’ennemi ne passât cette ri-vière, & ne gagnât la bataille. II se signala ensuite à la défense d’Halicarnasse (b). II fit Factiond’un honnête homme & d’une belle ame,lors qu’il châtia un soldat qui médisoit d’Alexandre (C).Sa veuve fut la prémiere femme que ce Conquérant conut (D). Mr. Moreri s’est mal expri-mé (A), en voulant faire mention du conseil que ce Général donna,de ruiner tout le pais par oùil faloit que les troupes ennemies prissent leur marche.. Je ne dois pas oublier que Mentor, frerede Memnon, rendit de très-grans services au Roi Artaxerxes Qchus, & qu’il en fut bien récom-pensé ( c). II remit son frere & son beau-frere ( d) dans les bonnes grâces de ce Monarque; caril les fit rapester de la Cour de Macedoine où ils s’étoient réfugiez, après avoir mal réussi dansune guerre civile (e).
Mr. Chevreau assûre (/) , que Memnon Général d'armée dont il eft parlé à la fin du deu~xìerne Livre de l’Expédition de Cyrus, par Xenophon^ étoit fourbe, avare, ambitieux, médisant,& imposteur. II décrit le caractère de ce scélérat; mais il eut dû prendre garde que Xenophonl’apelle Menon , & non pas Memnon.
charge de Généralissime (n), il fit des préparatifs extraor-dinaires par mer & par terre; il subjugua l’Ile de Chios,& celle dé Lesbos; il menaça celle d’Eubœe; il noria desintelligences avec les Grecs; il en corrompit plusieurs parses présens; en un mot, il se préparoit à tailler beaucoupde besogne aux ennemis de son Roi dans leur pais, lorsqu’une maladie le vint saisir, & le tira de ce monde en peude jours. Chium itaqùe fibi adjungit, Z 3 “ Lesbum cum classepetens , Antisfam , Methymnum, Pyrrhum, CV Erejsum, nontriagno negocio , capit. Sed Mitylenen u? Lesbum , quia majorerat , magnoque apparatu e? propugnatorum multitudìne probeinstruSìa, per multos dies oppugnatam , post magnam fuorumjaïïuram difficulter tandem expugnat. Cujus ftrenuitatis fa-ma, cum subito percrebuijset, Cycladum Insularum pleraquede paSlìonibus ineundis legationes miferunt. Rumor tune al-Iapsus erat Gracia, Memnonem totâ cum clajje Eubœam inva-surum : unde faélum , ut magno InsuU civitates metu per-culstt ejsent, e r Gracorum nonnulli Persarum focìetatem am-plexi, animos rerum novarum spe arreôtos haberent. Hue ac-tejjìt, quod Memnon Gracorum non paucis largitione corrup-tis’, ut suas ad. Persarum spes aggregatas vellent , perfuafe-rat. Atqui viri hujus vìrtutem ad ampliora progredt fortu-na non permifit , cum enim in valetudinem admerfam inci-dijfet , periculoso quodam tnorbo cçrreptus , e vit a de.cejfit,e jusque morte res Hani labefallata sunt. Rsx emm to-tam btlli molem ex Asiâ in Europam translatant tri spera-verat (iz).
(£) La conduite d'Alexandre à son égard.] Ce jeunePrince, passant avec son armée proche des terres deMemnon, défendit sévèrement à ses soldats d'y faire lemoindre désordre. Son but étoit, ou de le rendre suspectaux Perses, ou de l’attirer dans son parti. Alexander quuminter progrediendum agrum » Rege Persarum Memnoni dono da-tum adtigìjset , malefido (j) abstineri jubet, colonisque & fruc-tibus parci : callido commenta suspiùlum fatlurus hominemtndustrium , zsr quem (j.) ex omnibus hostwm ducibus unumnon contemneret ; fi in suas partes transducere nequívijfet.§fiíitmque lenïtmm régis admìrati quidam, acerrimum (i)calliduïïmumque Macedonum hostem , quamprimum mpoteítatem redactus esset , intersiciendum, arque intérimquibus posset cladibus vexandum esse dicerent ; quin, in-quit , potins beneficiis sopplantamus hominem , & ami-cum ex inimico facimus, eadem virtute ík solertia pronobis staturum (13). Je mets en marge les paroles deQuinte Curie que Freinshemius a indiquées (14).
(C) Il châtia un soldat qui médisoit d‘Alexandre.] Jene t’ai pas pris à ma solde, lui dit-il, en le frapant de fajaveline, pour parler mal de ce Prince, mais pour com-batre contre lui, Murûoipópov nvà miMà xuì ùaex-
y^prept A’Atflráîpou táyorra vy Xéy%y TrceTúj-ceç, Eyw tre ( eTïte )“rpetpni iiu%oviievov > àhx‘ où MiSopovfievov A’teì-ávSptji. Militemquendam mercenarium suum, qui multis Z? ìmpuris conviciisAlexandrumproscindebat, lanceaseriens, Ego, inquit, te alo,
non ut maledicas Alexandro, sed ut contra eum pugnes (1Voilà une belle Maxime; elle n'étoit gueres pratiquée dutems de François I, & de Charles-Quint; & je ne sai sion la pratique mieux au tems présent. Freinshemius ob-serve que Memnon s’oposa vigoureusement à quelquesGrecs fugitifs remplis de haine pour le nom Macédonien,qui ne vouloient pas qu o n permît à Alexandre d’enterrerses morts, quoi qu’en le lui permettant on se pût glorifierde la victoire. Memnon n’écouta point la passion de cesfugitifs ; il accorda la suspension d’armes, 3c les cadavresqu’Alexandre demandoit. Celasefit au siégé d’Halirarnaslè.Lisez ce qui suit : Alexander qmmquam ea res optnione Gr&-corum (*) de vtéloria concedentis videretur; corpora fuorum,qui sub ipfis mœntbus oppetierant , induciis pofiulatis ab hofte re-petere, quam inhumât a dimittere malutt. At (**) qui cumPerfis erant > Ephialtes Zj? Thrafybulus Athenìenses , quum plusapud ìpfos odium adversus Macedonas, quam humanisant ra-tio valeret, negabant indulgendum hoc efl’e infeítiffimis hos-tibus. Non tamen permoverunt Memnonem, quin Graecorummoribus indignum esse dìceret, sepulturam ìnvidere cassishostibus. A R M IS ET viribus in adverses & obsistentesutendum: neque contumeliis pugnandum in eos.quos bo-nis massique noítris sua dies exemisset (ió).
(L>) Sa veuve fut la prémiere femme qu’Alexandre co-nut.] C’est Plutarque qui nous í’assure: oï ire ™irm W-yqv > oùre ’dMqv ’éyvoi yvvosÎKx srpò yújioo > 7Tks Saprqvqi;, Nechas attigit, nec mulierem ante nuptias cognovit ullam , ex-cepta Barfine ( 17). Elle s’apelloit Barsene, Sc étoit filled’Artabaze, dont la rnere étoit fille d’un Roi de Perse.Elle étoit douce & honnête, 8e savoir le Grec, Le les ma-niérés des Grecs, Se avoir beaucoup de beauté : désertéque Parmenion, considérant qu’outre cela elle étoit degrande naissance, exhorta le Roi son maître à se divertiravec cette prisonnière (18). Elle fut prise en même temsque la mere, la femme, 8c les filles de Darius ( 19). Leconseil de Parmenion fut suivi : ce qui eut des fuites fé-condes; puis que Barsene donna un fils (zo) à Alexandre.Elle avoir deux sœurs (zi), que ce Prince maria très-avan-tageusement.
(Iì) Mr. Moreri s'est mal exprimé.] Voici ses parolesdans l’Article d’Alexandre : Darius rìa-voìt point voulu fairele dégât dans l’Asie selon l’avis de Memnon. Cela est équi-voque : car si j’écrivois à un homme, je n'ai point réponduà cette lettre selon votre avis, suivant votre avis, ceux quiliroient ces paroles fcroient plus portez à croire que l’onm’avoit conseillé de ne. pas répondre , qu’à croire quel’on m’avoit conseillé faire réponse. Pour le moins ilstrouveroient le prénier sens aussi bon que l’autre. Ainsij’ai lieu d’assister que si l’on ne savoir pas ce que Memnonconseilla, on ne pourroit pas entendre au vrai ce que Mo-reri a voulu dire. Tant il est nécessaire de bien arrangerles mots, si l’on veut être intelligible, en se servant mê-me de la Langue maternelle de son Lecteur.
MENAGE (Gilles) en Latin 2E.gidìus Menagius , a été Fan des plus savans hommes deson tems, & le Varron du X V11 Siecle. II seroit inutile de donner ici son Eloge, & F Abrégéde fa Vie: cela se trouve dans des Livres répandus par tout (s), & qui seront plus facilementtransportez qu’un gros Dictionaire dans les païs les plus éloignez. Ses illustres Amis lui ont érigétm monument très-glorieux dans le Recueil intitulé Memgiana {A ), qui a déjà passé par les mainsde tout le monde. Sans cela, je me serois fait un plaisir & un devoir tout particulier de mettrelc i un long Article de Mr. Ménagé. J’aurois insisté fur les Disputes qu’il a eues avec des person-nes
des gens qui fournissent à la
(-4) Le Recueil intitulé Menagiana. ] Ceux qui sa-Ven t bien juger des choses , m’avoueront que ce Re-cueil est très-propre à faire conoître l’étendue d’esprit 8cd érudition, qui a été le caractère de Mr. Ménagé. J’osel^íVív àc que les excellais Ouvrages qu’il a publiez nee dutingueront pas des autres Savans,avec le même avan-age que celui-ci. Publier des Livres où il y ait une gran-itez CIe ? ce ’ àire des Vers Grecs 8c Latins très-bien tour-h’est n P as un talent commun , je l’avoue , mais ilpas non plus extrêmement rare. II eft fans compa-... T O M. m, r -
raison plus difficile de trouver «conversation une infinité de belles choses, 8c qui les sa-chent diversifier en cent maniérés. Combien y a-t-il d Au-teurs que l’on admire dans leurs Ouvrages, a cause de la
vaste Erudition que l’on J voit étales, qui ne se soutien-nent pas dans les discours de vive voix ? Les uns ont lamémoire toute percée comme un crible. c est le tonneaudes Danaïdes, tout y entre, & rienn’y demeure; touten sortiroit à pure perte , s ils n avoient hors d’eux-mê-ines des réservoirs tout préparez. Ce sont leurs Recueils;
B b b ' ■ Thré-
' (d) n finommâtyMrtabaz.e :sl avoìt épotí «se la Sœurde Memnon& en <ivoiten- 11 Fils,b TO
DiodoiusSicuius,
Ltfir, X Vï,Cap. LU U
(r) Idem,
m d.
(f) Chc-
vrxana,
II Parupag. 55 EdiUde Hollande *
(15) Plut.in Apophf*pag. 174,
(*) 7“st<‘n.
6» 6. 9.
(**) Diodtr,17. Z5.
frs) Freins-hem. Su-plem. adCurtium,Cap. IX.
(17) Plut,in Alexan-
dro > p“g .,
676.
(18) títm ,
(19) Curtius,Libr. IIIsub fin.
Plut arque*in Alexan-dro , pag m6769 ditqifélle futfrise à Da*mas .
(20) NomméHercule ,Plutarch.ttbi infrà .
(21) If mefut femmed'Eumenes ,dr ï*autre dePtohmce.Plut. in Eu-mene, ìnìt 9P a g* w. 58z^
( a ) Dans laJournal desSavans d»onzjemed*Moíít l 6 $z.Dans leMercureGalant dela mime an*née. Dans USuite duMenagiana,au cvmmtníc-v>tnt ,
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