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Tome troisieme. K - P.
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fî fa lecture, si fa présence d’efprit, ne l’eussent rendu recommandable (G), aurolt - il eu tantd’accès chez Monfr. le Chancelier, chez Mr. le Président de Mefmes, & auprès de quelques au-tres personnes éminentes,& par leur rang,& par leur bon goût,& par leur érudition? Gardons-nous bien de prendre pour un fidele portrait les descriptions satiriques que l’on fit & de fa person-ne & de ses actions. Les meilleurs Poètes, les meilleurs Esprits du tems, sc donnèrent le mot,& conspirèrent contre lui, & ils tâchèrent de renvier les uns sur les autres poúr le tourner en ri-dicule; desorte qu’ils inventèrent une infinité de fictions: il faut donc prendre cela pour des jeuxd’esprit & pour des Romans, & non pas pour un narré historique (H). Balzac s’enrôla avectant de zèle dans cette espece de croisade,qu’il voulut bien prendre la peine de descendre du hautde sa gravité, afin de donner à ses pensées quelque air de plaisanterie badine. C’étoit pour luiune occupation plus fatigante, que ne l’eût été pour Scarron un Ecrit scrieux & guindé. II fitplus,car il sonna le tocsin,il anima ses amis à prendre la plume,& à fournir leur quotte part (/).

C’est

(G) Si la fécondité de sa mémoire , fi sa lefture , fi sa pré -sence d’esprit, ne l’eussent rendu recommandable .] Voici ceque Mr. Ménage a été contraint d’avouër: Cum feliá adcoMamurra 'effet memoria , ut legentis modo, cunbla qu& ohm inlibrïs didtcerat , poffet referre , memorem illum convivam. Memmius non oderat (2;). II y a quelque aparence queMontmaur se fit beaucoup d’ennemìs par l’éclat de fa mé-moire. Elle le faisoit régner dans les compagnies, oupour mieux dire elle l’y érigeoit en Tyran. Un hommequi peut débiter fout ce qu’il a lu, & qui se donne desairs de Maître en faisant sortir de sa bouche avec la der-niere facilité un torrent de Science, étonne dans une con-versation les autres Savans. Ils paroissent petits commedes nains auprès de lui : ils ne peuvent Fempêcher de te-nir le dé, & ils n’osent même l’entreprendre: ils soupçon-nent quelquefois qu’il fe trompe, mais ils n’ont pas l’assû-rance de le contredire, ils fe défient de leur mémoire, &ils redoutent la sienne dans les choses mêmes où il leursemble qu’il a tort. Nous avons vu ci-deffus que le sa-vant Nicolas Bourbon, rempli de doutes fur les Citationsde Montmaur, n’osa lui faire un Procès que quand il eutconsulté à loisir sa Bibliothèque. Si vous joignez à celaque Montmaur étoit médisant, & présomptueux., vouscomprendrez fans aucune peine qu’il a dû être haï. Unebeauté fiere, qui offusque 8e qut éclipse toutes les autresdans les compagnies , est un objet odieux aux femmes.Les Savans ne font guere mieux disposez en semblablescas. Ceux qui virent qu’on ne pouvoir tenir tête à ceProfesseur avec la langue, recoururent à la plume, & ledifamérent par écrit à qui mieux mieux.

J’ai ouï dire qu’un Avocat fils d’un Huissier lia un jourune partie avec quëlques-uns de ses amis, pour mortifierMontmaur qui devoir dîner chez lc Président de Mefmes.La troupe conjurée se rendit de très-bonne heure chez cePrésident. L’Avocat & ses amis étoient convenus de nelaisser point parler ce Professeur, ils dévoient fe releverles uns les autres; & dès que l’un auto»t achevé ce qu’ilvoudroit dire, un autre devoir prendre la parole. Mont-maur n’eut pas plutôt paru dans la chambre, que F Avocatlui cria guerre, guerre. Vous dégénérez bien, répondit Mont-maur, car vôtre pere ne fait que crier paix-là ,paix-là (26).Ce fut un coup de foudre, qui déconcerta les conjurez.L’Avocat fut fi interdit, qu’il ne put dire aucun motpendant le repas. Je croi qu’en plusieurs autres rencon-tres Montmaur par son babil, & par son audace, se dé-mêla aisément des piégés qu’on lui tendoit. Je ne fai fice fut un coup de hazard , ou un coup fait à la main;mais enfin un jour qu’il dînoit chez Mr. le Chancelier 8e-guier, on laissa tomber fur lui un plat de potage en des-servant. II se posséda à merveilles, & fe mit a dire enregardant le Chancelier (qu’il crut la cause de cette pie-ce) : summum jus, summa injuria , & il mit tous les rieursde son côté par cette prompte allusion (17). Elle est fortingénieuse, mais on n’en peut faire voir le fin dans uneVersion Françoise. .C’est un jeu de mots qui roule fur ceque le Chancelier de France est le Chef de la Justice,& que jus signifie en Latin deux choses, la justice 8t dubouillon.

Notez qu’il y eut bien des personnes qui blâmèrent Mr.Ménage d’avoir composé une Piece si satirique contreMontmaur (18), & qu’il s’excusa entre autres raisons furc elle-ci,qu’il.n’avoit pas prétendu décrire la vie d’un para-isse particulier, mais le caractère même de parasite par destraits d’invention. C’étoit vouloir fe justifier par un men-songe (29). Non parasitum umm aliquem , non affentato-r em , f d omnes parasites , omnes ajfentatores sub Mamurrafiftis conquistisque vitïts deformati persona , describere mihtMens fuit (30).. Je ne croi pas que Mr. Ménage ait jamaisrien fait où l’érudition, F esprit, & la politesse de langagea jent mieux paru ensemble. Mr. Simon de Valhebert m’aócrit qu’il a une Piece qui lui paraît être de Mr. Ménagé:ellee fi tout-à-fatt du fiile de fa Requête des Diâlionaires .- elle estEcrite d’une main qu’il ne conoît pas, mais avec quelquesc °tre6lìons de la main de Mr. Ménagé, & a pour Titre, Re-2 Ue fie de Petrus Montmaur Professeur du Roy en Langue Hel-lénique à Nosseigneurs de Parlement. Elle contient plus de3oo vers ou fin histoire parait fort bien decrite ,ey ces vers fontde la même mesure que la Requefte des Difíionaires. J’ai prisgarde que Mr. Ménage n’a point adopté le Conte qui fevoit dans quelques Pieces du Recueil d’Hadrien Valois,c est que Montmaur donna un si rude coup de bûche fur

T O M. III.

la tête au portier du College deBoncour qu’il le tua. Voiezla Remarque suivante.

{H) Il faut . . . prendre cela pour des jeux d'esprit . . . .,cy non pas pour un narre historique. ] Mais que pensera-t-on du fait dont je viens de faire mention? II ne semblepas que les Satiriques les plus outrez soient capables de pu-blier un mensonge tel que celui-ci, qu’un homme est ac-tuellement en prison à cause d’un meurtre. II est pour-tant vrai qu’il y eut des Adversaires de Montmaur, quiaffirmèrent qu’il fut emprisonné pour un crime de cetteespece. Se fondérent-ils fur quelque réalité? On auroit in-finiment plus de peine à Fafirmer , qu’à le nier; Lc furtout quand on prend garde que la plupart de ces Auteurssatiriques fe turent à F égard de cet homicide, qui étoitpourtant la matière la plus favorable qu’ils eussent pu sou-haiter à l’entreprife qu’ils avoient formée de rendre Mont- .maur l’horreur & l’exécration du public. En tout casvoici cette accusation :

Gjuoy que ce soit , le Parasite,

‘ Est mieux traiklé qu’il ne mérité :

On ne luy peut faire d’ennuy;

Métamorphoser sa personneEn Loup, en Porc, en une Tonne',

C'efl encor trop d’honneur pour luy,

.Sisil le soit en une. Marmite ,

En Tournebroche ou Leichefrite ,

En Perroquet, en un Corbeau ;

C'est une grâce tres-vifible ,

Le bien façonner n’est possibleSlu’aux pieds délicats d’un Bourreau]

Aufst ce Mess'cr Cicofante,

Pour monstrer que c’efi son attente,

Tit ïautre jour unjoly tour,

Cassant d’une busche flottéeLa lourde caboche esvantéeD» gros Janitor de Boncour. î

Mais ce grand chercheur de lippéeN’euft pluftost fait cette équipée,

Glu il fe vit absous du péché :

Car il receut telle momifieSur son gras muzeau qui renifle ,

(sue son œil en resta poché.

Et qui pis est , Dame JusticePour chafiierson maléfice,

Grippant ce Cuistre en triste arroy ]

Les pieds nuds , un torchon en teste ,

Conduïfit cette malle befieDans la noire maison du Roy.

Tous ses compagnons de cuisine >

Et ceux qui craignent la famine,

S’opposent à sa liberté,

Crians par tout que fa presenceSans doute affamera la France,

Et quelle a causé la cherté (31).

Vous allez voir en Latin un semblable jeu (32).’

Horatii Gentilis Perufini inMAMURRAM, ob crefumab eo Coîlegii Harcurtii (33) Janitorem.

C tí n E nocens , hominisque reus Mamurra peretnpttEmifsus vinclis est , Genovefa, tuìs.

Et potuit reperire vades, quia plurima crime»

Elevât hoc ratio, nil graviusque meret.

Janitor occisus nimirum haud pendìtur affi s >

Nec propter dabitur talìo vile caput :

Cumque Mi Mamurra petitum stipite grandi -Comminuit cerebrum, perdiderat proprium.

(I) Balzac s’enrôla . . . ef voulut bien . . descendre duhaut de sa gravité . ... & anima ses amis à prendre laplume (7 à fournir leur quotte part .] II ne fut pas le pre-mier qui prêcha cette croisade : cet honneur est dû à l'His-torien de Mamurra, comme on Fa vu ci-dessus (34). CetHistorien mit à la fin de son Livre une Epigramme, oùpar ses exhortations & par ses imprécations il animoittòut le monde à prendre parti dans la guerre contreMontmaur.

Quisquis legerit hac , peeta fiat :

L g S Et

(U) Eloge

Historiquedu Sr. Go-mor, at*Recueil

d 9 HadrienValois,

(32) n efian mêmecutil d 9 Ha-drien Va-lois > à la 'fin de V Or-bilius Muscade Sarraíìíu

(z;) Selonh Ptjfage

précédent ,il faut direle CollegedeBoncourdr non p 4 íde Har-court, cot »»me aujfi selonl y tuteurd y me OdeLatin? adBalzacium»c/ui est dansle Recueilc? HadrienValois, drqui porte quèMontmaur »coupable d’a-voir tué cePortier , n 9 ê«vita la. cordaque'par Utnoien del’argentqu’on àonnÀaux Juges^

( 34 ) Dtns

la fiemarqvd.( 5 ) mpassageValeíianaJJoignez, àcela ce passage* Furetiete*pag. 10X de U *NouvelleAllégori-que : Le plusmalheureuxàe tous fut

Montmort >

Chef des Al-lusions, à*qui avoitaujfi un Ré-giment entre-tenu chez. les

Equivoques^

Jl fut livré &Ménage,Juge féverecritique , quirechercha favie de bout» autre , H*lut fit fouprocès furchaque aSììottH.•Après l*avoirconvaincu, deplusieurs cri-mes t il lecondamna hêtre passé pafles Annesïoëtiquespréalablementappliqué ala beineordinaire .

II fut

son Parrain,dr luy tira Upremier coup zen suitte toHtles autres

Ssavans y

allèrent à lafile