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Tome troisieme. K - P.
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M O R U S.

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Sa mort qui fut très-édifíante, & les marques de piété qu’il fit paroître durant fa derniere mala-die, effacèrent le souvenir de ce qu’il pouvoit y avoir eu d’irrégulier dans fa conduite. II mourutà Paris chez Madame la Duchesse de Rohan au mois de Septembre 167c. II n’avoit jamais étémarié. On verra ci-dessous le Titre de ses Ouvrages (Z,). Je parle de la querelle qu’il eut avecJean Milton (M)-, & j’observe qu’il y a des choses dans le Menagiana qui lui font glorieuses. Ony en trouve auffi qui ne le font point (IV). Un de ses derniers Panégyristes raconte un fait quin’est pas vrai (O).

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France confirma & aggrava même cette suspension; maiscelui dc la Province de Berri, auquel ce Ministre en apel-la , le rétablit dans fa Charge (24). Ces sortes d’apelsétoient permis par les Réglemens des Synodes Nationaux.

(L) On verra ci-dejfous le Titre de ses Ouvrages. ] On ade lui un Traité de Gratta e/ Libero arbitrio;. un autre deScriptitra sacra five de causa Dei; un Commentaire fur leChapitre LIII d’Esaïe ; des Notes ad loca qmdam noviFœderis ; une Réponse à Milton, sous le Titre de Alexan-dri Mort Tides publica; des Harangues & des Poèmes enLatin. Depuis fa mort on a imprimé quelques Fragmensde ses Sermons, 8c même quelques Sermons tout en-tiers (2;) : disons un mot fur ses Harangues. II en pro-nonça trois à Geneve, qui font fort belles : la Latinité enest plus docte qu’élégante ; il aimoit les phrases peu com-munes, & les lignifications de mots dont on ne trouvoitpresque point d’exemples. De ces trois Harangues il y ena une qui est un Panégyrique de Calvin, & une autre quia pour titre de Pace, dans laquelle il condamna fortement,fans nommer personne, Mrs. Amyraut 8t Spanheim, quiétoient en guerre ouverte fur la Grâce Universelle. II leurdit leurs véritez comme il faut. Ce fut une véritable Mer-curiale; il s’en donna au cœur joie. Disons auffi un pe-tit mot fur lés Poésies Latines. On estime beaucoup cellesqu’il fit fur la naissance de notre Seigneur, Sc pour ren-dre grâces à Dieu après une grande maladie. Mr. P cra-choir , qui étoit alors Protestant,les traduisit en Vers Fran-çois , & les publia à Paris l’an 16. . Je ne me souvienspoint d’avoir vu d’autres Vers François de Mr. Morus,que la Réponse qu’il fit sur les mêmes rimes à un Sonnet,que Corras lui addressa après son Abjuration.

( M ) La querelle qu il eut avec Jean Milton. J L’origi-ne de cette querelle fut qu’en 1652 Mr. Morus fit impri-mer à la Haie un Livre de Pierre du Moulin le fils (26),& le dédia fous le nom de l’Imprimeur (27) au Roi de laGrand’ Bretagne. Ce Livre intitulé Régit sanguinis clamorad cœlum adverfus parricidas Anglicanes , est une Invecti-ve bien poussée contre les Parlementaires : Milton en par-ticulier y est extrêmement maltraité. L’Epitre Dédicatoi-re ne le ménage pas mieux ; mais il est déchiré en piecesbeaucoup plus furieusement dans les Vers qui font à la findu Livre. Milton , qui avoir laissé fans repartie diversEcrits violons publiez contre les Parlementaires, ne putgarder le silence à l’égard de celui-ci, où il se voioit per-sonnellement intéressé, tant par les éloges immenses quel’on y donnoit à Saumaise , que par les injures terriblesdont il s'y trouvoit accablé. II répondit donc, 8c suposa,soit de bonne foi, soit par ruse, afin d’avoir plus de prisesur celui qu’il réfuteroit, que cet Ouvrage avoit Moruspour Auteur (28). II le traita comme un chien, ou plu-ot comme un bouc; car il l’accufa de mille impudicitez,& nommemebt d’avoir débauché une servante à Geneveíx de 1 avoir entretenue depuis qu’elle eut un mari; & d’a-voir engrossé la femme de chambre de Madame de Sau-maise sous promesse de mariage. II l’accusa d’avoir étéconvaincu de diverses Hérésies à Geneve, 8c de les avoirhonteusement abjurées de bouche, mais non pas de cœur.II l’accuíà d’avoir été huit ou dix mois dans Geneve privé- de ses gages, & de ses fonctions de Professeur St de Mi-nistre, à cause du Procès d’adultere &c, qui lui avoit étéintenté, dont l’issue, dit-il, auroit été fa condamnation,s’il n’eût esquivé le jugement définitif, en déclarant qu’ilvouloir sortir de la ville. II l’accusa d’avoir été interditdes fonctions du Ministère par les Magistrats d’Amsterdam :enfin il le diffama de la maniéré du monde la plus cruel-le , répandant fur les Contes qu’il en faisoit un tas de rail-leries bouffonnes. Mr. Morus lui oposa une pile d’Attesta-tions d’Orthodoxie 8c de bonne vie, que les Consistoires,les Académies, les Synodes, 8c les Magistrats des lieux ostil avoit vécu lui avoient données. II lui fit voir que lesJuges, tant Civils qu’Ecclésiastiques, qui avoient conu desprétentions de la femme de chambre de Madame de Sau-maise , les avoient déclarées nulles, 8c qu’il étoit sorti pur8c net de cette affaire, malgré le complot de cette Damequi avoit mis tout en œuvre contre lui (29). II fit voir pardes Certificats authentiques des Magistrats d’Amsterdam,du Consistoire Walon, 8c des Curateurs de l’Ecole illustrede la même ville, qu’il n’avoit jamais été interdit de sesfonctions de Ministre. Je n’ignore pas qu’il n’y ait des ex-ceptions à alléguer contre les Certificats de bonne vie, &qu’il ne soit un peu étrange que ceux que Morus obtint àGeneve aient été si différons du témoignage de la voix pu-blique ; car après tout il est certain que Milton avoit reçudes Mémoires de Geneve, 8c qu’il produit (30) une LettreEcrite de cette ville qui assure que tout le monde admi-qu’il eût été fi fidèlement instruit furie chapitre de■ r. Morus. II ne demeure point court à l’égard des Cer-

tificats; il dit (31) en particulier de ceux de Geneve, qu’ilsfurent donnez avant que les Accusateurs de Mr. Moruspour fait d’adultere l’eussent. attaqué formellement. ’ Onfait Tailleurs que la plus grosse tempête que ce Ministreait essuié à Geneve s’éleva depuis les Attestations obtenuesle 25 de Janvier 1648: 8c quelcun a publié (32) que leMagistrat de cette ville cassa l’Acte de déposition décrétéecontre Mr. Morus par le Consistoire; 8c qu’il commandaau Consistoire de donner à ce Ministre un témoignage debonne vie. Mais enfin il y a incomparablement plus d’ex-ceptions à alléguer contre les bruits diffamatoires, qu’unAuteur comme Milton est capable de recueillir, que con-tre les Certificats; deforte que tout bien compté je seroisd’avis, que, vu ceux qui ont été produits par fa partie,8c les inconvéniens qu’on auroit à craindre si des accusa-tions vagues , 8c fans preuve juridique, l’emportoient sui-des justifications revêtues de formalisez, il demeurât chargéde la note d un Calomniateur public, sauf dans les faits oùtl se pourroit munir du secours de quelques Actes authenti-ques. Je serois d’avis nommément que le Distique qu’il fitinsérer dans la. Gazette de Londres fût déclaré une turlu-pinade diabolique. Le voici; car je ne croipas que Mr.Colomiés (33) ait voulu parler d’un autre Distique.

Galli ex concubim gravìdatn te Pontïa (34) Mort,

&uis bene moratam morìgeramque neget i

La haine de Milton a été assez opiniâtre, comme il pa-raît par une Lettre (35 ) qu’il écrivit lors qu’il s’agiffoit deF Affaire de Mr. Morus au Synode National de Loudun,II croioit, que quand même on n’y ordonnerait autrechose que la déposition de ce Ministre, il arriverait à ceSynode ce qui n’étoit encore arrivé à aucun autre, c’est-a-dire d’avoir une heureuse issue. Synodo interea proteftan-ttum Laodunenfi (3 6), propedïem > m feribis , convocanda,precor id quod nulli adhuc Synodo conttgit , fœlicem exitum ,non Nazianzenicum , fœlicem autem httic nunc fatis futtt-rum fi nihil aliud decreverh quàm ejieiendum ejfe Morum.Cette Lettre est datée du 20 Décembre 1659; c’est-à-dirédu 30 selon le nouveau style. Le Synode avoit donc déjàduré près de deux mois, 8c cependant Milton en parlecomme d’une Assemblée à venir, ce qui fait voir qu’il n’a-voit gueres de correspondances en France. Dans une au-tre Lettre (37 ) il parle encore plus durement de la voca-tion de Mr. Morus à Charenton ; c’est fans le nommer.

(N) Il y a des choses dans le Menagiana qui lui fontglorieuses. On y eh trouve aujfi qui ne le font point.]„ Mr. Morus déclara avant que de mourir, que person-„ ne ne l’avoit plus tenté que moi de changer de Reli-„ gion. Madame la Duchesse d’Aiguillon me donna or-,, dre de lui offrir de fa part quatre mille livres de pen-,, lion. Je fis parler de cette affaire à M. de Péréfixe alors-- Archevêque de Paris, par M. l’Abbé Gaudin, Sc M. de-- Péréfixe en. parla au Roi. Sa Majesté dit là-dessus qu’il„ n’étoit pas temps, & que cela ferait tort à M. Morus,„ parce qu’il étoit alors en procès avec ses confrères. M.„ Morus mettoit la division par tout où il se trouvoit. ii„ F avoit mise en Hollande 8c ailleurs, de même "qu’à„ Paris. Je le comparais à Heleine, qui avoit excité la

„ guerre par tout où elle avoit été (38).Mr. le

-> Maréchal de Grammont. étant allé par ordre du Roy„ voir le Ministre Morus qui étoit malade à l’extremité,„ à son retour le Roy lui demanda comment il étoit ? Le-, Maréchal luy dit: Sire, je l’ay vû mourir; il est mort,, en bon Huguenot: mais une chose en quoy je le trouve-, encore plus à plaindre, c’est qu’il est mort dans une Re--, ligion qui n’est ínaintenant non plus à la mode qu’un„ chapeau pointu (39).

(O) Un de ses derniers Panégyristes raconte un fait quin'est pas vrai.] „ La Sorbonne en (40) fut un jour toute„ allarmée, 8c il se passa une chose glorieuse pour Monsr.,, Morus, qui fit rougir tous ses Docteurs, 8c qu’ils regar-,, derent comme une espece d’enchantement. Un homme,„ dont le visage ne leur étoit nullement connu, 8c qu’ils„ prirent d’abord pour quelque Prêtre de village, s’étant,, trouvé dans une de leurs disputes, demanda au Profes-,, seur qui prefidoit alors dans cette Assemblée, s il lui„ voujoit permettre de proposer quelques argumens. Ce,, qui lui aiant été accordé, il s’en aquitta d’une maniéré, qui lui gagna bien-tôt F estime de tous ces Docteurs; &’ comme ce nouvel Antagoniste poussoit ces argum ens d’une

terrible force, 8c au delà de ce qu’on en devoit attendre,’, ils passèrent de F estime à l’admiration. Mais quand ils„ virent que ce puissant Adversaire les poussoit à bout, 8c

qu’ils ne sçavoient plus que répondre à la force de ses„ raisons, toute leur admiration 8c toute leur estime se„ changea en colère 8í en indignation, 8c la dispute s’é-Iii 3 „ chauffa

(31) Milton,Defens. proíe.p. 52,141.

(32) Ludov.Molinacus ,Parsenesi adœdìficat.pag. 433,

(33) Bìbl.Choisie »

19.

(34) C’estainfî qu?ilnommait lafemme dechambre deMadame deSaumaise.

Mr. MoïUS,’fans direquel étoit son•vrai Nom ,nie que Mil-ton l’eûtbien nommée „Voiez. MÍI-toni Defens,

pro se,

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(35) C’est làXXIX.

(36) 11 eûtfallu dire

Juliodu-nensi, „ttLausdu-nensi ,

(37) C?est U

xxir, tr

elle est datée

du I d’MoHt2657..

(38) Menaegiana, pag,IJ3 de laz Edition deHollande ,

(39) Suitedu Mena-giana , pagf

82.

(40) C’est-à-dire de laforce du géniede Mr.

Morus^