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dont il étoit bien aise de couvrir 1a trahison qu’il méditoit, il en avoit une autre. II aimoit avecune extrême passion la Princesse d’Aquitaine (B), & il savoit bien qu’il ne l’obtiendroit qu’en lafaisant Souveraine, & qu’en promettant de faire la guerre aux Sarrazins,afin qu’ils ne pussent pasdétourner Eudes Duc d’Aquitaine d’attaquer en même tems Charles Martel. L’amour lut doncle grand principe de la révolte de Munuza. C’étoit le plus laid de tous les hommes : au contrairela fille d’Eudes étoit une beauté rare. II étoit d’ailleurs Mahométan, au lieu que la Princesseétoit zélée pour le Chrifiianisme. Tout cela n’empêcha point qu’elle ne lui fût livrée : ^'ambi-tion du pere passa par dessus la répugnance de la fille. Munuza tint fa parole, il prit les armesdès que le mariage eut été conclu; mais ce fut avec un méchant succès. Abderame Gouverneurd’Espagne (b) le poussa si vivement, qu’il le contraignit de se renfermer dans Puycerda. Mu-nuza eut quelque espérance d’y tenir bon; comme faisoit Don Pelage dans les montagnes d’rie; mais comme l’eau vint à lui manquer, 8í qu’il se voioit fort odieux aux habitans, il qce-poste, & il se mit en chemin par des routes qu’il croioit inconues, pour se retirer avec fafemme auprès du Duc d’Aquitaine. On le poursuivit, Sc il ne put se voir en ce triste état sanstomber dans le désespoir : desorte qu’il se précipita du haut des montagnes (c ), pour n’être pointmené vivant à ses ennemis. Sa tête fut portée à Abderame. Sa femme lui fut aussi amenée (C );Sc comme Abderame la trouva trop belle pour lui, il l’envoia au Calife (d). II aima mieux faire
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par son entremise avec Eudes son beau-pere, il fut assiégé prise, Froila n’auroit eu rien à commander touchant cettepar Abderame ; il se sauva, 8c fut pris 8c décapité : ainíi pé- partie du butin. En z lieu, si ces paroles, Froila com-ment bientôt, dit cet Auteur (3), les traîtres de la pa-trie. Quelles confusions dans cette Histoire ! Les unsdisent que Munuza étoit un Maure Mahométan, qui serebella contre son Calife; les autres que c’étoit un Espa-gnol & un Chrétien, qui se jetta dans le parti des Sarra-
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zms, 8c y demeura sidelle à quelques plaintes près. Ro-deric de Tolede (4) dit que Muniz gendre d’Eudesavoit fait mourir plusieurs Chrétiens, 6c brûler l’EvêqueAnambalde.
(B) ll aimoit . . . la Princesse d’Aquitaine.'] Elle étoitfille d’Eudes ; mais p avoue que je ne sai point commentelle s’apelloit, encore que j’aie lu dans Mezerai ($) qu’el-le avoit nom Lampagia ; 8c dans un autre Auteur (6)qu’elle s’apelloit Menine, ou Numerane (7). Ce qui metient en suspens à l’égard de Lampagia , est de voir que laChronique des Evêques d'Auxerre (8) donne ce nom àla fille d’un autre Eudes, femme d’Aimon Roi de Sarra-goffe. Contigit eo tempore (c’est ainsi que parle cette Chro-nique) Pipimim filium prioris Karoli Aquitaniam ex voca-tione Eudonis Aquìtanorum Ducis adverses Aimonem Cssar-augusta Regem ferrexisse, qui Lampagiam issus Eudonis filiamïn conjugium sumpserat, & fiedus conjugíi ruperat. II estbien certain qu’il ne s’agit point du beau-pere de Munuzadans ce passage ; car outre qu’il mourut quelqpes annéesavant que Pépin succédât à Charles Martel, personne n aait jamais eu recours à ses voisins pour la ven-
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du butin.
manda qu on lui gardât une certaine petite fille trouvée parmile butin fait fur les Gascons , cv puis ïépousa , pouvoientêtre expliquées de cette forte, Froila devintpassionnémentamoureux de la veuve du Gouverneur de Cerdaigne, laquelleétoit tombée au pouvoir d'Abdirame , or avoit été envoyée auMiramolin qui la renvoya fort honnêtement , & Froila l’é-pousa; si, dis-je, ces sottes d’explications étoient une foispermises, il n’y auroit rien qu'on ne pût trouver par tout,6c il ne seroit pas difficile de prouver le blanc par le noir.Je ne demande point s’il y a de l’aparence qu’aucun Au-teur ait pu traiter de quandam adolescentulam é Wasconumprttda , la fille d’un Duc d’Aquitaine, la veuve d’un Gou-verneur de Province devenu Chef de Parti, la plus bellePrincesse de son tems; je ne demande pas, dis-je, cela,quelque raisonnable qu’il soit, de peur qu’on ne me ré-ponde que les Auteurs en ce tems-là écrivoient d’une ma-niéré fort simple 6c fort négligée. J’ai assez d’autres preu-ves fans celle-ci contre les fupositions de Monsr. Audigier.Car, sans tant de façons, il ne faut que considérer les pa-roles qui précédent immédiatement celles qu’il cite ( 14),& l’on touchera au doigt la fausseté de ses imaginations ;Vascones rebellantes superavit a t que edomuit , Nuninam quam-dam adolescentulam ex Vasconum pruda fibi servari pracì-piens, &c. Il est manifeste que ce butin fut gagné, nonlors que le Gouverneur de Cerdaigne se précipita, maislors que le Roi des Asturics punit la rébellion de quelques-
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geance des injures faites à fa fille par son mari. Voilà uns de ses sujets. Or comme ce Roi des Asturies ne pou-donc une Lampagia qui n’est point la femme de Munuza; voit point avoir de sujets rebelles au delà des Pyrénées àcependant, puis qu’il y a des Ecrivains (9 ) qui apliquent son égard,il est clair que les Gascons qu’il domta n’étoientà Eudes beau-pere de Munuza les paroles de la Chronique point fous l’obéïssance d’Eudes Duc d’Aquitaine: com-ment donc est-ce que la fille d’Eudes se seroit trouvée par-mi le butin? Le savant Ambroise Morales f t r t a sair »nlr
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d’Auxerre, 6c qui par conséquent le font pere de Lam-pagia, il n’est pas hors d’aparence que par une semblableerreur, on ait dit que la fille qu’on donna au Gouver-neur de Cerdaigne s’apelloit Lampagia. Ainsi par cettevoie l’on ne fauroit découvrir rien de certain , touchantle vrai nom de la femme de Munuza. Passons aux au-j res p 9 ms qu’on lui donne. On prétend qu’elle s’apel-
mi le butin? Le savant Ambroise Morales (15) a fait voirque les Gascons, dont il est parlé dans ce passage de Sebas-tien de Salamanque, sont les habitans d’Alava , Alavenses.Concluons, I, qu’il n’y a nulle aparence que la belle,veu-ve ait jamais revu l’Europe, depuis qu’elle eut mis le pieddans le Serrail du Calife Iscam : on n’avoit garde de se
Menine ou Numerane (io), & l’on tâche de le prou- dessaisir d’un tel morceau en faveur de Froila, dont l’al->er par des monnmens rnnfc’rv^-T fiune 1* TGD-G*. i- 7 .- A_ _ 1 -»*_•_-ZT _-- ^
par des fhonumens conservez dans la Biscaie, & sur larot desquels Garibai raporte qu’Eudes eut une fille nom-mée Menine 011 Numerane, qui fut femme de Froila Roides Asturies. Pour faire quelque chose de cette preuve,-ilfaut suposer que la Princesse d’Aquitaine, dont le Gouver-neur de Cerdaigne devint amoureux, épousa en secondesnoces Froila Roi des Asturies. C’est aussi ce que l’on supo-se(n). Elle fut alliée deux fois-, la premiere avec Munioz Roide Cerdaigne, Sarafin révolté contre lscan Miramolin, qui sousles auspices d'Abdirame son Lieutenant General en Espagne ,C?* de Froila Roi des Afiuries aliez pour lors du Miramolin ,defit Munioz demeuré parmi les morts fur le champ de batailleen 737 (iz), laijfant cette belle veuve au pouvoir d’Abdira-me, qui la destina pour le serrail d’Jscan. . . . Toutefois leRoi Froila en étant devenu pajstonnê le Miramolin la, renvoia.fort honnêtement, er Froila l’épousa. . . . Les Auteurs Fran-çois z? Espagnols donnent partant mal deux filles à Eudes-,l’une du nom de Menine mariée k Froila-, l'autre du nom deNumerane mariée à Munioz , étant certain que ce n'en estqu’une même, alliée successivement à ces deux Rois, dont l enom s est un peu réfléchi dans l'Idiome Espagnol, i? dans l'î-diome Maure, mais n est au fonds nullement diffèrent. Onne fonde cette supofítion , que sur ces paroles de Sebastiende Salamanque. Nuninam quandam adolescentulam e Was-tonum pr/tda fibi servari pr&úpiens ( Froila ) postea eam in re-iule conjugium copulans (13). Mais qui ne voit la foiblesseà cette-pleuve? En 1 lieu, la femme d’un Gouverneurâo Cerdaigne, Maure de Nation, ne pouvoir pas être^ke partie du butin fait fur les Gascons. En z lieu, lasomme de ce Gouverneur fut remise à Abderame qui l’en-^°ia à son Calife. Elle n’étoit donc point la Nunine deSebastien de Salamanque; car puis que Froila donna ordrequ on lui m st à part* cette Nhnine, c’est un signe mani-e ‘so qu’Abderame n’en avoit point disposé. 11 semble mê-que s’il eût été présent à Faction où cette Nunine fut
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liaace avec le Miramolin est un fait que je tiens pour très-douteux. II. Que la fille d’Eudes femme de Froila Roides Asturies, de laquelle font mention les monumens deGaribai, est différente de celle qui fut mariée à Munuza.III. Que cette certaine Nunine que Froila donna ordrequ’on lui gardât, & qu’il épousa dans la fuite, n’est pointla Menine ou la Numerana fille d’Eudes qui fut femme deFroila selon les monumens de Garibai. IV. Que fans setrop tourmenter à mettre d’accord Garibai 8c Sebastien deSalamanque,il vaut mieux dire que l’un des deux se trom-pe, 6c en tout cas préférer celui-ci à celui-là. Catel (16)remarque que le nom de la fille d’Eudes mariée à MuniosSeigneur de Cerdaigne est ignoré.
(C) -S* femme fut aujfi amenée à Abderame.] Voicideux passages formels (17 ) : le prémier est de Roderic deTolede; le second, d’Isidore de Badajos. Viri exercituscaput Muniz pracipitio jam collisum cs.de secundo, detruncant ,est cum filïn Eudonis régi fito Uti pressentant. Abdiramen au-tem de rebellis interitu jucundatus ejus uxorem, cum ejset pul-cherrima, summo régi trans maria honorìfice deftinavìt. Ecou-tons maintenant Isidore de Badajos; Cujus caput ubi eumjacemem repererunt trucidant, e? régi una cumfilia Eudonìsmemorati ducis pressentant, quam ille maria transveâìans subli-mi principi procurât honorìfice destínandam , II parort par làque Mr. Audigier fe trompe, lors qu’il dit que Munioz de-meura parmi les morts fur le champ. de bataille en 737 : carpremièrement la mort de ce Gouverneur précéda l’expédi-tion d’Abderame; elle est donc antérieure à Fan 73Z. Se-condement, ce Gouverneur ne fut point tué dans une ba-taille, il fe sauvoit par des routes inconues; 8c fe voiantpoursuivi, & ne veffilant point tomber vif au pouvoir desSarrazins, il se précipita du haut d’un rocher. Mezeraine fuit point le bon parti, lors qu’il dit qu’Abderame pritprisonnier Munuza dans la Cerdaigne (18),
(b) Le
pbe Ifcarei luiavoit donnéente Charge.
(c) En 731.
(d) Vcicz.UHìstoiiede Francede Cordc-moi, Tome /,!*&. 4 ° 3 .
(14) lt a cilsU patfagelotit entict,t>*&- 2 - 4 -
(rj) Libr.XIII, Cap.XVII &XXV, apttiOihenart,pag. IS 2 -
sl«) Hist.du Langue-doc , pag. -525 .
(17) Citezpar Audi-gier, Tome11 > pag. 2zo.II attribue,pag. 24s, àIsidore deBadajos, «api'il avoitattribué À
Roderic deTolede ,pag. no.
(18) AbrégéChrofloiog.Tome I,pag. 192 .
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