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Tome troisieme. K - P.
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M U S U R U S.

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Nous ferons quelques réfléxions fur son récit (D) , & fur l’abrégé qu’on en donne dansle Suplément de Moreri (E). Musurus n’a pas été oublié dans la Liste des Savans malheu-reux {F) -y mais il y est représenté comme un homme si éloigné de l’ambition, que lesdignitez lui paroissoient un fardeau insuportable. Nous voilà bien éloignez des autres Auteursqui parlent de lui. II ne publia qu’un petit nombre de Vers Grecs, & quelques Préfaces enprose ( G ). Le public lui est redevable de la prémiere Edition d’Aristophane Lc d’Athenée (II).

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se trouva trop faible pour digérer ïaffront qu il pensaitavoir repu ; qu il s’en plaignit comme d’un mépris fait à toutela nation Groque en [a personne , zy que pour porter son ressen-timent aussi loin qu il pouvoit aller, il en fut malade de P hy-dropisie dont il mourut.

(D) ... . Nous ferons quelques réflexions fur son récit. ]En I. lieu, j’ai de la peine à m’imaginer, que s’il avoir éténécessaire d’agrandir l’Ecole publique, pour faire place angrand nombre des Auditeurs, Erasme, qui ne pouvoit pasl’ignorer, n’en eût rien dit dans le passage citéci-dessus(rr),où il ra porte à quelle heure & avec quelle exactitude Mu-surus faisoit ses Leçons ; quelle étoit la diligence d’un vieil-lard de soixante & dix ans à s’y trouver, & combien ellesurpassait pendant le froid celle des jeunes étudians. II.J’aidéjà dit ( 12.) que Musurus quittant Padoue, lors qu’en1509 les Etats des Vénitiens furent ravagez par l’ennemi,ne se détacha point du service de la République de Venise.J’ajoûte que selon Paul Jove il fit le Panégyrique de Pla-ton avant que d’aller à Rome. D’où est-ce que Mr. Va-lidas a pris que ce Poème fut composé dans Rome même?III. Si ce Poème n’est que l’une des Epigrammes qu’ona imprimées à la tête des Oeuvres de Platon , commeVoffius (13) & Mr. Baillet (14) l’assûrent, c’est une exag-ération qui passe toutes les bornes de la bonne Rhétori-que, que de dire tout ce que Mr. Varillas en dit. II eûtmieux fait de traduire litéralement Paul Jove: c’est un Au-teur qui n’a pas un grand besoin de paraphrase; il est lui-méme le paraphraste de ses pensées, tant il aime à lesétendre fur un grand nombre de paroles étudiées. Or voicice qu’il a dit de cet Eloge de Platon : Extat id poéma , <ç?in limine operum Platonis legitur , commendatione publicacum antiquis élégantia comparandum (15). Mais encore uncoup, st ce Poème n’est qu’une Epigramme, qu’y a-t-ilde plus puérile que de remarquer avec Paul Jove, que laguerre ne réduisit point Musurus à un tel repos, qu’il nefît des Vers à la louange de Platon (16) ? N’est-ce pas bienfaire voir qu’un Professeur, que l’on a contraint de renon-cer à fa Charge, ne s’est point plongé dans une absolueoisiveté, que de dire qu’il a fait une Epigramme? Je neveux point dissimuler ce que Voisins débite, qu’on croitque ce fut principalement à cause de cette Epigrammeque Léon X éleva Musurus à l’Archiépiscopal ( 17 ). Con-nderez l’Exhortation que je ferai ci-dessous(i8). IV. C’estun misérable rnoien de persuader son innocence, à l’égarddu larcin d’une pensée > que de mener une bonne vie : onn’a jamais remarqué qu’un Ecrivain plagiaire ait été moinsdans l’ordre par raport aux bonnes mœurs, que ceux quicitent, Lc qui ne se parent point des plumes d’autrui. C’estfans doute un défaut moral, & un vrai péché que le pla-giat des Auteurs ; mais c’est un péché de telle nature, qu’ilne régné ni plus ni moins dans un homme voluptueux &débauché, que dans un homme chaste & sobre V Mu-surus n’obtint la mitre qu’en 1517: il n’est donc pas vraiqu il ait ressenti les prémieres gratifications de Léon X,qui fut créé Pape Pan mil cinq cens treize. V I. II ne futpoint pourvu de P Archevêché de Raguse, mais de celuide Malvasia dans la Morée. Archiepifiopus Epidaurensisdans Paul Jove ne signifie ni Raguse la vieille, ni Ragusela nouvelle ; c’est la même Prélatine que d’autres nom-ment Monembasienfis. Aiìffi voions-nous qu’un Ami d’E-rasme (19) lui écrivant la mort de Musurus, se sert de cesparoles, Marcus Musurus qui paulo ante (20) MonovaflenflsArchiepifiopus esse cœperat, hoc autumno Roma agens in com-munem abiit locum. Lorenzo Craffo (zi), qui n’a presquerien su touchant Musurus que ce qu’il en avoir lu dansPaul Jove, a pris Archiepifiopus Epidaurensis, pour Arche-vêque de Raguse : bien d’autres y ont été attrapez commelui. VII. II y eut fi peu de tems entre la nomination deMusurus à l’Archevêché de Malvasia, & la promotion destrente & un Cardinaux, que tout ce que Mr. Varillas luifait faire dans cet intervalle, toutes ces brigues, toutes cesmesures pour parvenir au Cardinalat, ne peuvent être qu’unpur Roman. Au reste, Musurus n’auroit pas été le der-nier qui se seroít plaint du peu d’égard qu’on avoit à Ro-me pour la Nation Greque, quand on faisoit une promo-tion de Cardinaux. Nous avons vu ( 11 ) qu’Arsenius sitcette plainte à Paul troisième. VIII. Le passage que jecite (23) convainc Mr. Varillas d’avoir mal représenté la,plainte que faisoit Musurus, Je tombe d’accord qu’unHistorien peut représenter les gens selon ce qu’ils pensent,encore qu’ils ne le disent pas : mais cela demande deuxconditions; l’une, qu’il soit manifeste ou tout-à-fait vrai-semblable qu’ils pensent une telle chose; l’autre, que l’onavertisse qu’ils ne disent pas cette chose, mais qu’ils font

aflez conoítre qu’ils la pensent. Mr. Varillas n’a point ob-

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1 a Ca lna a iP îira maxime lìbtraUs , uno comîtìaìi dîe supra trìpìnîa natìonam omnium** * r * fiirpureo perornajsct. Jovilis, Cap. XXX .

2* O M, 11 T.

serve la derniere de ces conditions: il représente Musurus,non pas comme se plaignant au fond de famé, mais com-me se plaignant de vive voix, & en propres termes, quela Nation Greque avoit été méprisée en sa personne. Cen’est point ainsi qu’il se plaignoit; il se contentait de direque d’avoir créé dans un seul jour plus de trente Cardi-naux, fans y avoir compris aucun Grec, étoit un afrontà la Nation. II n’y a rien là selon les par-oles qui concernela personne de Musurus; les expressions peuvent recevoirce sens, que si quelque Grec avoit eu part à la promotion,Musurus n’eût pas fait de plaintes de ce qu’on l’auroit ou-blié. On voit bien, me dira-t-on, quelle est fa pensée.Je l’avoue: il faloit'donc dire qu’il pensait cela, & nonpas qu’il le disoit.

(£).... ey fur ï abrégé qu on en donne dans le Suplé-ment de Moreri.] Je n’ai rien à dire là-dessus, si ce n’estque l’Auteur du Suplément n’a rectifié en quoi que ce soitles Anecdotes de Mr. Varillas.

{F] Il ria pas été oublié dans la Liste des Savans mal-heureux.] Voici les paroles de Pierius Valerianus: NequeMarci Musuri sortem quisquam Utam dixerit, qui licet z? Pa-tavii , (y Venetiis apud nobilitatem vestram summa omniumcommendatione , C ? gratia complures amtos Gruau lifteras do-cuìffet , & doêlrim nomme ab Leone Décima Pontifice Maximaduplici flaminìs honore décoratus , à Julio ejus Pontifiais fratretune Cardinali sacerdote, qui nunc est summus Pontifex, inamicitiam sufieptus magna omnium dileâlione coleretur, nefiìaqua t amen aritmi m&stitia clam exulceratus , ut qui non modahon dignitatem ullam , aut benefidi commodum in eo vita co-lore sduceret , qui homïnum opinione judicatur amplifiimus , fidfibi summa in libertate versari filito summum etiam deformita-tem, ztr miseriam arbitraretur, in occultum ex ea cura inciditmorbum, cujus nulli Medicorum causa cognita, interque taci-tas anxietates , miferrimasque fortuna sua deploratìones diutìjfi-me vexatus expiravit (24).

(G) Il ne publia qu'un petit nombre de Vers Grecs, & quel-ques Préfaces en prose.] Ces paroles de Gesner me paraissentconsidérables : Marcus Musurus Cretenfis scripfit Epigram-mata aliquot, prtcipuè in Gr&cos libros per Nicolaum BlastumVenetiis imprejfos circa annum 1500, quibus ipfi opiner cor-rigendis prafuit : item Prafationes aliquas projd, ut in Ety-mologicon Gncum zvc (25). C’est pour deux raisons qu’el-les me paraissent considérables ; car elles me donnentlieu d’exhorter ceux qui ont à leur portée les Biblio-thèques nécessaires, de vérifier en 1 lieu si l’Epìgrammepour Platon se rencontre parmi les autres que Musu-rus publia vers l’an 1500; en 2 lieu, s’il a été. Correc-teur d’Imprimerie à Venise chez Blastus, comme l’a cruGesner. On se pourroit bien moquer de Paul Jove, &de plusieurs autres, si cette Epigramme avoit précédéla fameuse Ligue de Cambrai contre la République deV enise. ,

J’avois espéré que l’Exhortation, que l’on vient de lire,me procureroit tous les éclaircissemens dont j’avois besoin:cependant personne n’a eu la bonté de venir à mon se-cours; mais j’ai trouvé quelque chose dans le Livre deMonsr. Cheviliier. J’y ai vu que notre Musurus a été ef-fectivement Correcteur d’Imprimerie (26), & que ce futlui qui corrigea le grand Etymologìcon qui fut imprimé à Ve-nise in folio l annee 1499 Zacharie Callìergus aux dépensde Nicolas Blafius (27). J’y ai vu aussi ,,qu’ Aide Marnce ,,, avec qui il travaillait à corriger les Manuscrits Grecs,& re-ts voyoit les feuilles des Impressions, fit fin Eloge en ces termes„ fur le Platon Grec de 1513. Musurus Cretenfis, magno„ Vir judicio, magnà doctrinâ, qui hos Platonis Libros„ accuratè recognovit, cum antiquissimis conferens Exem-„ plaribus, ut unà mecum, quod semper facit, multum„ adjumenti afferret & Grœcis & nostris hominibus.J’étois encore dans l’ignorance à l’égard duPoeme où Mu-surus a fait l’Elogc de Platon, & j’en ai été tiré par le bonoffice de Monsr. de Villemandi (28), qui a pris la peinede consulter l’Exemplaire de la Bibliothèque de Leide. IIm’a écrit que le Platon imprimé à Venise in adibus Aldi zsrAndrea SoceriVan 1513, contient après 1 Epitre Dédicatoi-re (29) un Poème Grec de deux cens Vers hexamètres &pentamètres, qui remplit quatre pages, & qui est de la fa-çon de Musurus, & un Eloge de Platon. Nous pouvonsconclure de là que Voffius n’a point dû le qualifier uneEpigramme; mais il est pourtant certain que Paul Jove ena tiré une preuve ridicule, que l'Auteur n’avoit pas été unfainéant depuis fa sortie de Padoue. Philippe Munckerusfit imprimer à Amsterdam en 1681 ce Poème de Musuruscum versione latina & elegantijflma Zenobiì Acciaïoli metaphra-fi poética. Cela fait 40 pages in 4.

{H) Le public lui est redevable de la prémiere Editiond'Athenée. ] Nous avons dit en son lieu (30) que Casau-bon trouvoit fort défectueuse cette Edition : néanmoinsAide Manuce, qui Uimprima, loue beaucoup les foins deL 11 2 Musurus.

(14) Pier,Valef. deLiterat.Infelicit,Libr.. I> p, 2 r.

( 25 ) GíC-

ner. in Bí-blioth. folioWS yérfo.

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( 27 ) Che-valier, Ori-gine del’Imprime-

rie de F&iis,

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(28) Dota1 ( ‘ft part/d-deffus Ci-talion (4)de C <ArtìcltARRIAGA,

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de lu Re-publique desLettres,

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(29) y dresséeà Léon X.

(30) Cì-dfsus

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