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ans («■), au bout defquels on prétend qu’elle le fit étrangler} & si l'on en croit h chroniquescandaleuse, ce fut à cause qu’il n’étoit pas un assez bon mâle (C) pour répondre au tempéra-ment de cette Princesse. Elle convola bientôt en secondes noces ( D ), Sc épousa Louis fils dePhilippe Prince de Tarente {b). Mais elle ne jouît pas tranquillement des douceurs de son se-cond mariage} car Louis Roi de Hongrie, voulant venger la mort de son frere, passa au Roiau-me de Naples avec de fort bonnes troupes l’an 1348, Sc la contraignit de se sauver en Provence(c), où elle vendit Avignon au Pape pour une somme très-modique (d). Son mari qui la suivitne garda point la modération nécessaire dans ses caresses (£)} il y ruina fa santé, Sc mourutbientôt, si l’on en veut croire Collenuccio. Mais il est certain que cet Auteur va trop vite} carle second mariage de Jeanne dura quinze ans. Elle fut rapellée dans son Roiaume dès que le Roid’Hongrie, qui l’avoit subjugué en peu de jours, s’en fut retourné chez lui (<?), aiant fait pen-dre Charles de Durazzo, le principal promoteur de la fin tragique du Roi André, Sc fort suspect:
d’étre
me : peut-être le fut-il trop tôt, & peut-être cela futcause de k foiblesse qui fut li fatale au mari. J’ai lu dansun Auteur Italien qu’il avoir sept ans, lors qu'on lui fitépouser 1 a Princesse Jeanne. Mais je trouve dans le PereAnselme (8), qu’il étoit né le 30 de'Novembre 4377. IIn’avoit donc pas encore fix ans accomplis au tems de sonmariage. II y a beaucoup d’aparence qu’il le consommade trop bonne heure , & qu’aiant une femme Italienneun peu plus âgée que lui , & par conséquent beaucoupplus mure au mariage, il ne put remplir ses devoirs fanss’énerver: ce qui donna lieu aux reproches de mollesse,dont nous parlerons dans la Remarque suivante. Mr. deSponde raporte qu’on dit que la Reine Jeanne commençaà mépriser son mari parce que n’aiant que dix-neuf ansil ne la pouvoit contenter. Sunt porro qui dicant Joannamin contemptum viri deveniffe, tum ob subbarbaros mores Hun-garis ., tum ob ignavìam , e? quod ufu Veneris libidini ejus nonsufficeret adolescens tune annorum undeviginti ( 9 ). Si elle fepîaignoit de lui lors qu’il avoir dix neuf ans (10), pouyoit-elle en être contente lors qu’il n’en avoir que quinze?Quoi qu’il en soit, ils étoient déjà en mauvais ménagél’an r 343. La Reine de Hongrie mere d’André fit un voia-ge en Italie cette année-là, & s’en retourna fort mécon-tente des mœurs de fa belle-fille, & de la dure conditionoù elle trouva son fils. Elisabeth Regina mater Ludovici vi-sitavit sedem Apostolicam, tranfivit fer Apuliam, cuifuit ob-vias Andréas filius fitus asm Johanna Regina confine sua : ejrex Neapoli veniens fuit valde honorât a etïatn a populo Romano .Ex Neapoli rediit in Hungariam maie contenta de moribus j 0-hanna nurus sua, quam vidit maie tr ail are Andream filiumsmm in règne Apulin (11).
(C) ... On prétend quelle le fit étrangler ... h causequ il n étoit pas un ajfèz, bon mâle.] Voions de quelle manié-ré Brantôme narre cela (iz). „ Jeanne premiere fille (13)" du Roi Robert . . . eut pour son premier mary An-» dreasse son cousin en premier degré (14), & aprés avoir,, tenu le Royaume ensemble, elle s’en fafcha, & estant,, tons deux en la ville d’Aversa elle l’envoya quérir une„ nuit, sous couleur de luy vouloir parler d’affaires nou-„ vellement advenues; & en allant à elle fe rencontrant„ fous un poteau qui estoit là, fiit pris & estranglé par la-- volonté & charge de la Reyne, audit poteau. Plusieurs,, disent parce qu’il ne fourniffoit pas beaucoup au gré de" Reyne à ses besoignes de nuit, encore qu’il fust jeu-” ne, gaillard, & en bon point, ainsi que l’appetit desor-,, donne de la Dame l’eult voulu; & se conte encore Sc„ a Naples & ailleurs, que ladite Dame faisant un cordon-> é'or un jour assez gros, Andreasse luy demanda pour-„ quoy elle faifoit ce cordon, elle luy respondit en sous-„ riant qu’elle le faifoit pour le pendre : elle en tenoit íì„ peu de conte, qu’elle ne craignoit rien de luy tenir tel-„ les paroles, ausquelles Andreasse comme simple & bon„ homme qu’il estoit, n’y prit point garde; mais enfin,, Fesser s’en ensuivit ”. Montagne parlant contre ceuxqui font tant de plaintes, de ce que les femmes ne se con-tentent pas de leur mari, dit entre autres choses (15);Z inconstance leur est à Vadventure aucunement plus pardon-nable qu'à nous. Elles peuvent alléguer comme nous t incli-nation qui nous est commune à la variété & à la nouveauté ,C7 alléguer secondement sans nous, quelles achetent chat enfie. Jeanne Reyne de Naples fit estrangler Androjse fin pre-mier mary, aux grilles de fa feneftre, avec un las d’or çyde fiye , tijfu de fa main propre ; fur ce qu aux courvéesmatrimoniales , elle ne luy trouvoît ny les parties , ny les effortsaffez. répondans à l'esperance quelle en avoit conceué , a. voirJa taille , sa beauté , sa jeunefe, vr disposition; par oie elleavoit été prise abusée. Un peu après il cite des Vers deMartial qui conviennent à cette Princesse (16); mais il nerit pas tout ce qu’un Auteur moderne semble lui attribuer.Moici les paroles de ce moderne (17): „ André Roi de>> Naples ... ne voyoit jamais ni le coucher ni le lever» du soleil; cet astre le trouvoit toûjours au lit; il se cou--, choir à bonne heure , & se levoit fort tard ; aussi sa-, femme i’aimoit peu, parce qu’il n’estoit pas bon pi--> queur, dit Michel de Montagne livre 3”. Notez queBrantôme n’a fait que traduire Pandophe Collenuccio,d ont je ne cite que ces mots: La cagioneper molti fi dicethe su , p erc k e d ett0 Andreajjo , ancor che fuse multo giove-n e , non era st bene suffisante aile opéré veneree , corne lo sfre-natO' appetìto délia Regina haveria voluto (18). TomasoCoiio Ç19) observe que Collenuccio est trop peu instruit
des affaires pour mériter aucune créance. II ajoure»
1, Que Villani le Florentin n’a raporté cette Histoire dela mort d’André, que fur le raport d’un Hongrois qui avoitété au service de ce pauvre Prince, z. Que Pétrarque afait une description tout-à-fait désavantageuse des BaronsHongrois, qui gouvernoient les affaires fous Andreasso.3. Que si nous joignons cela avec la haine qu’ils avoientpour la Reine Jeanne, on comprendra facilement que lerécit du Villani est fort suspect de fausseté. 4. Que Boc-cace n’a point dit que cette Reine ait eu part à l’exécu-tion. Il Boccaccio ne’ cafi de gli huomini illufiri dà tutta lacolpa à congiurati, e niente alla Reina (zo). II me sembleque Mr. de Mezerai a pris un milieu fort raisonnable.
„ André n’estant pas assez au gré de Jeanne, & s’estant„ fait couronner Roy par 1 e Pape , prétendant que le„ Royaume luy appartenoit, quelques conjurez le firent„ lever la nuict d’auprès d’elle , Sc l’estranglerent à une,, fenestre. Charles Prince de Duras, qui estoit auffi du„ sang des Rois de Sicile, & avoit esporssé Marie sœur de„ Jeanne , fut ìe conseiller & Fauteur de cette infâme„ action. Jeanne n’en estoit pas innocente. Elle eut beau„ fe lamenter; ses larmes & ses cris l’en justifièrent bien„ moins, que son mariage subséquent avec Louis son cou-„ fin germain, beau Prince & selon ses désirs, ne l’en„ convainquit (z 1).
( D ) Elle convola bientôt en secondes noces.'] On étran-gla le Roi André le 18 de Septembre 1346. La ReineJ eanne étoit grosse, & accoucha d’un fils le 26 de Décem-bre suivant (zz). Elle épousa son second mari le zo d’Août1347 (23). Vqilà les calculs de Tomaso Costo: ils ne fontpas durer un an le veuvage de 1 a Reine ; mais il faut direqu’il a mal marqué l’année de la mort d’André, & c’estune chose bien étrange que sur un fait de cette nature, lesHistoriens ne raportent pas dune maniéré uniforme la cir-constance du tems. Villani (24) assure que l’on étranglale Roi André le 18 de Septembre 1346. Ceux qui pré-tendent que ce Prince étoit âgé de dix neuf ans (25), &qu’il fut trois ans avec fa femme depuis la mort de Ro-bert (26), doivent suposer qu’il mourut Pan 1346. II estnéanmoins certain qu’on le fit périr l’an 1345. En voicila preuve démonstrative. La Reine Jeanne fa veuve quel-ques jours avant que d’accoucher pria le Pape d’être leparrain de Pensant (27) : le Pape lui fit là-dessus une ré-ponse favorable (28) datée d’Avignon le 1 jour de Févrierl’an 4 de son Pontificat. Or il avoit été créé Pape le 7 deMai 1342. 11 faut donc que sa réponse ait été faite ler jour de Février 1346; & par conséquent cette Princesse,qui accoucha le jour de Noël, comme il paroît par uneautre Lettre du même Pape (29), accoucha le 2; de Dé-cembre 1345: son mari n’est donc point mort Fan 1346.Voiez les Actes que Mr. Baluze a publiez avec la Vie desPapes qui ont siégé à Avignon, & qu’il a ornez de très-belles Notes.
(E) Son second mari ... ne garda point la modération ne -ceffaire dans ses careffes.] „Elle espousa aprés, & auffi-tost,„ un de ses cousins fils du Prince de Tarante, qu’elle ay-„ moit fort durant son mary, qu’elle traita bien & demeura„ avec elle trois ans en fort grande amitié, mais il mou-,, rut tout extenué de s’estre excessivement & trop souvent„ employé au service de la Reyne en faveur de la Dame„ Venus (30)’’. L’Auteur dont j’emprunte ces paroles fedéclare l’Apologiste de la Reine fur ce chapitre, & voicile tour qu’il prend (31): Touchant à fin cousin le fils duPrince de Tarente qui mourut par trop extenué, elle n en peutmais, puis qu on ne fiauroit engarder aucun qu il ne senyvrede fin vin propre : £? aprés qu’tn peut mais le vin s il a don-né la verve à fin Maifirc V beuveur, il ne l en faut blafiner,finon le maifire qui le boit. Je nt doute pas que la grande beau-té de cette Peine, fa grâce, fa majesté, fis façons, fis douxattraits & allechemens, embrassades & attouebemens ne fiffentefforcer ce jeune homme à fàlre plus que ne pouvoit nature : maiscet effort venott de luy vr non d'elle, car en cela on ne peutforcer de force ï homme, ny à coup, de boston par maniéré dedire, il faut que le tout vienne de T humeur de l'homme, de faforcé, de fin effet, er fur tout de fin ardente convoitise ; o*quand bien tout cela ne seroit , & comment pouvoit-il mieuxmourir qu en servant sa Reyne cr sa Dame, esr luy monftrantVardente affeétion qu il luy portoìt, puis qu il n'espargnoit pointsa peine, Jes forces, fa violence, z? que pour la bien contenter,er luy donner du plaisir, il meuroit pour F amour d'elle, cÀdans le champ amoureux de fin lit, où il avoit vaillamment
com-
(d) Bouche»Histoire deProvence.
fe) ThornîL-so Costo ,dans les Sh-ylémens jìír
Collennc-cio, folioiï3
(20) llid.
(21) Meze-rai, AbrègeChronolog.Tarn. Ill tMS. 30.
(22) Il mou-rut enfant ei%Hongrie , oiele 7 \pi Louisfrere
dré VAvoitfait porter *TonvaíoCosto , An»notaz. eSupplem.folio 112verso .
(23 ) Tiré deToinafoCosto, ibU,fol. HL.
(24) xjdpud
Tomaso,
ftbi fuprà.folio III.
(25) Voiezti-defsus yCitation (çjìle Passage deSponde.
f 2 6) Voies,FelinusSandeus,ciré dans lecorps de cet^Article t
(27) Voiezles vies de*Papes quiont siégé èAvignon,
publiées par
Mr. BaJuzeà Paris 1693,Tom. llypag. 689.
Q») Elle estreportée parMr. Baluze,ià-même.
(29) Elle estr aparté t là-mime, pag.690.
( 30 ) Bran-tôme, Viesdes Damesillustres ,
M?- 348,$*s>.
(31) Là-mt-
m e,pag. 353.