INTRODUCTION.
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conférer la noblesse , et les abus qui en résultèrent, devinrent le fléau du peuple ,pendant plusieurs générations successives. Des guerres continuelles , les nouvellesimpositions qu’elles occasionnèrent , rendirent ce fardeau toujours plus insupportable.Mais ce qui fut encore plus funeste , c’est qu’elles prolongèrent l’ignorance et labarbarie de la nation.
La renaissance des lettres au seizième siecle paroissoit devoir ramener celle de laraison : mais, égarée dès ses premiers pas dans le dédale des disputes religieuses etscholastiques , elle ne put servir aux progrès de la société ; et cinquante ans de guerreciviles , dont l’ambition des grands fut la cause et dont la religion fut le prétexte ,plongèrent la France dans un abyme de maux dont elle ne commença à sortir que versla fin du régné de Henri IV . La régence de Marie de Médicis ne fut qu’une suitede foiblesses , de désordres et de déprédations. Enfin Richelieu parut , et l’aristocratieféodale sembla venir expirer au pied du trône. Le peuple , un peu soulagé , mais toujoursavili , compta pour une vengeance et regarda comme un bonheur la chute de cestyrans subalternes écrasés sous le poids de l’autorité royale. C’étoit sans doute ungrand bien , puisque le ministre faisoit cesser les convulsions politiques qui tourmen-toient la France depuis tant de siècles. Mais qu’arriva-t-il ? Les aristocrates , en cessantd’être redoutables au roi , se rendirent aussitôt les soutiens du despotisme. Ils restèrentles principaux agents du monarque, les dépositaires de presque toutes les portions deson pouvoir. Richelieu , né dans leur classe , dont il avoit conservé tous les préjugés,crut, en leur accordant des préférences de toute espece , ne leur donner qu’un foibledédommagement des immenses avantages qu’avoient perdus les principaux membresde cette caste privilégiée. Ils environnèrent le trône , ils en bloquèrent toutes les avenues.Maîtres de la personne du monarque et du berceau de ses enfants , ils ne laissèrententrer dans l’esprit des rois et dans l’éducation des princes que des idées féodaleset sacerdotales : c’étoit presque la même chose sous le rapport des privilèges communsaux nobles et aux prêtres. Tous les honneurs , toutes les places , tous les emplois quiexercent quelque influence sur les mœurs et sur l’esprit général d’un peuple , ne furentconfiés qu’à des hommes plus ou moins imbus d’idées nobiliaires. Il se trouva queRichelieu avoit bien détruit l’aristocratie , comme puissance rivale de la royauté, maisqu’il l’avoit laissée subsister comme puissance ennemie de la nation. Cet esprit degentilhommerie , devant lequel les idées d’homme et de citoyen ont si long-tempsdisparu en Europe , cet esprit destructeur de toute société, et , quoiqu’on puisse dire,de toute morale , reçut alors un nouvel accroissement , et pénétra plus avant danstoutes les classes. C’étoit une source empoisonnée que Richelieu venoit de partager endifférents ruisseaux. Aussi observe - t - on , à cette époque , un redoublement marquédans la fureur des ennoblissements ; maladie politique , vanité nationale , qui devoit àla longue miner la monarchie, et qui l’a minée en effet.
Les ennemis de la révolution ne cessent de vanter l’éclat extérieur que jeta la France sous ce ministère , et celui que répandirent sur elle les victoires du grand Condé sousle ministère de Mazarin . Ils en concluent qu’alors tout étoit bien ; et nous concluonsque, même chez une nation malheureuse et avilie , un gouvernement ferme , telque celui de Richelieu , pouvoit faire respecter la France par l’Espagne et l’Allemagne ,