PREMIER TARLEAU
DE LA RÉVOLUTION.
^ U R la fin du règne de Louis XV , les Français gémissaient sous le poids des impôtsP ar la faute des ministres, et malgré les bonnes intentions du monarque : ils crurentAspirer lorsqu’ils virent le nouveau roi (Louis XVI ) annoncer le règne le plus heureux
et prendre les mesures les plus capables d’assurer la félicité publique. Mais ils furentpompés jusques dans leurs dernières ressources par les dissipations de la cour,l’impé-ïitie des premiers ministres de ce monarque, les dilapidations commises sous M. deGalonné, et les emprunts ruineux de M. Necker. La nation devait trouver dans l’extrémité^erne de sa misère et de son opprobre le remède à tant de maux, la vie de l’état, et leAssort de la liberté. Les notables sont appelés : on consulte; on réunit tous les grands,^°üs les principaux personnages, enfin les hommes les plus éclairés du royaume, pourtrouver les moyens de fermer les plaies profondes de l’état. M. de Calonne propose unlTn pôt territorial sans aucune exemption en faveur de la noblesse et du clergé, et un droitd e timbre sur tous les contrats entre particuliers. Il finit par déclarer qu’on ne pouvaitemprunter davantage, ni anticiper encore. Ces projets sont rejetés. Il est obligé dequitter la France , et il emporte avec lui les malédictions d’un peuple entier. L’évêqueÉoménie de Brienne s’élève au ministère, se méprend, fait quelques tentatives et suc-c °ïnbe. Les parlemens, un moment exaltés par une apparence de patriotisme, s’étaientre fusés à l’impôt sur le timbre; les notables s’étaient séparés sans rien faire; le trésorpublic était vide; la ruine totale paraissait inévitable. M. Necker est rappelé par le vœupublic : bientôt il reconnaît son insuffisance. D’après son avis, on convoque les états-genéraux; niais la division ne tarde pas à éclater dans une assemblée composée d’élémenstrop hétérogènes pour n’être pas discordans. Les ordres privilégiés ne veulent point seconfondre avec les représentans de la multitude : ils s’assemblent dans leurs chambresRespectives, et résistent à toutes les invitations pressantes de la majorité de la nation,Représentée par les députés des communes. Ceux-ci se lassent de cette opposition, et,°rts de la volonté de vingt millions d’hommes dont ils ont les pouvoirs 9 dont ils sontles agens, se constituent et se dénomment Assemblée nationale. La conduite fermeet mesurée des communes en impose enfin aux deux ordres. Déjà quelques représentansdu clergé se sont mêlés à ceux de la nation, et annoncent les dispositions concordantesde la majorité des députés de cet ordre; déjà aussi, parmi ceux qu’on appelait les gentils -
A