Comme c’est, rigoureusement parlant, île la première assemblée des Notables (car il yen eut une seconde en 1788) que date l’histoire der la révolution française , nous avonsdû. développer ici tous les évènements qui sont la source et la cause de ceux qui lesont suivis. Après la mort de Louis XV , le fardeau de la couronne reposa sur la tête d’unroi de vingt ans, sans expérience , et n’ayant que peu de moyens personnels. Il cherchad’abord à s’entourer des hommes qu’on lui désigna comme les plus probes et les plushabiles; mais il fut bien trompé dans ses choix. Le vieux comte de Maurepas , Le pluscorrupteur et le plus corrompu des hommes, devint le conseil intime, le tuteur du jeuneroi ; il rappela les parlements que Maupeou avait détruits. Les affaires étrangères furentconfiées à M. de Vergennes, à qui Pon reprochera éternellement le traité de commerceavec l’Angleterre. Le comte de Muy, plus propre à faire un capucin qu’un ministre ,eut le département de la guerre. Sartines fut promu à celui de la marine, partie quilui était absolument inconnue. Les finances furent remises à M. Turgot , connu parune administration pure et vivifiante dans l’intendance du Limousin : il déploya dans ceministère des vues vastes et de grands moyens. C’étoit s’exposer à déplaire. Sa probitésévere et économique accéléra sa chute. Il eut pour successeur M. de Clugny, hommesans moyens. Après la retraite de celui-ci, M. Necker , connu par son habileté dans labanque, fut nommé directeur-général des finances. Annonçant un système nouveau , etaffectant un peu de stoïcisme, il eut des prôneurs enthousiastes et des détracteurs frénéti-ques : il ne méritoit ni les uns ni les autres. Il étoit éloigné d’avoir le génie de sa place ; maisil jouissait de la confiance publique, et l’on ne contesta jamais sa probité. Il employa laressource ruineuse des emprunts , soumit tout aux capitalistes , et enfin se conduisitplutôt en banquier qu’en homme placé à la tête des finances d’un grand empire. Sonrenvoi d’une cour dissipatrice fait son plus grand éloge. Il eut cela de commun avecTurgot ; et il est reconnu que ce fut l’ascendant de la reine et du comte d’Artois quioccasionna la retraite de ces deux administrateurs.
M. Joly de Fleury succéda à M. Necker : il chargea indistinctement tous les impôtsde dix sous pour livre de la valeur de leur primitive imposition , et sortit de place avecdes pensions et du mépris. Un jeune homme d’une probité et d’une candeur bienreconnues , M. d’Ormesson , fut obligé de déposer à son tour un fardeau trop au-dessus
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