Band 
Tome premier.
Seite
2
JPEG-Download
 

2

PREMIER DISCOURS PRÉLIMINAIRE

de ses forces. Galonné le remplaça. Elétri du sceau de la défiance publique, il avoit pluà la cour par son esprit et ses prodigalités ; mais , les Notables ayant rejeté les mesuresqu’il proposoit, il fut obligé de quitter le ministère.

L’archevêque de Toulouse , M. de Brienne, inférieur en talents à Calonne, et cependantaussi prodigue, aussi entreprenant que lui, proposa au parlement les mêmes impôts,ceux du timbre et de Vimpôt territorial. Les magistrats profitèrent de ce que le second avoitd’odieux, pour les faire rejeter tous deux. De là ces combats entre les parlements etla cour , cette suite d’ordres et de refus, d’injonctions, de remontrances et d’arrêtés ,qui finirent par l’exil du parlement à Troyes . Les parlements réduits à la seule vérité,pour sortir d’embarras , avouèrent, pour la première fois, qu’ils n’avoient pas le droitde consentir l’impôt, et demandèrent les États-généraux. Cette demande, dont les suitesleur ont été si fatales, déconcerta alors les ministres. Elle fut si vivement accueillie ,répétée avec tant de force , que le roi se vit obligé de l’accorder. Les parlements croyoientinfluencer ces états, comme ils avoient fait en 1614. Leur arriere-pensée étoit de faireretomber sur le peuple les impôts dont ils se voyoient menacés. Et en effet, les parlementsont-ils jamais poursuivi les ministres déprédateurs et fripons ? Ont-ils arrêté l’excessiveet effrayante progression des impôts ? N’ont-ils pas ouvertement abusé, et fait ou permisle trafic le plus infâme de ce qu’il y a de plus saint sur la terre, la justice et les lois ?Ne les a-t-on pas vu s’opposer à l’établissement des assemblées provinciales? Le peupleavoit conservé pour ces vieilles idoles , pour ces antiques corporations, un respectd’habitude 5 mais ce respect passa, et les torts des parlements parurent dans toute leurévidence, lorsqu’après avoir déclaré, avant leur exil à Troyes , qu’ils étoient incompétentspour enregistrer les impôts, ils eurent l’inconséquence et la lâcheté d’acheter leur retour ,en enregistrant une prorogation de vingtièmes.

Le ministère crut l’occasion favorable pour établir une cour -pléniere imposante ,qui lui donneroit les moyens de se passer des parlements et des Etats - généraux. Elledevoit être composée de princes et de pairs , de maréchaux de France et de quelques 'magistrats , c’est-à-dire , d’hommes dévoués à la cour. Louis XVI tint une séance royaleau parlement. M. d’Eprémesnil, conseiller, électrisoit les têtes par une éloquencevolcanique, et animoit les esprits contre la cour. Le palais fut investi de troupes.Brienne et Lamoignon furent honnis publiquement. Un nouveau Bussy - le - Clerc , lesieur d’Agoust entre avec audace dans la chambre des pairs , et demande ses victimes.

« Nous sommes tous Goislard et d’Eprémesnil » , répondent les magistrats. Tous les Français étoient ce jour-là autant de d’Eprémesnil : ils ne savoient pas encore que cet hommen’étoit que l’ennemi du ministère , non l’ami de la nation. Les satellites de la couremmenerent deux magistrats en robe qui s’étoient eux-mêmes livrés entre leurs mains ,pour ne pas laisser souiller le sanctuaire de la justice , qu’on avoit ordre de profaner.Le duc d’Orléans avoit été précédemment exilé.

Peu de jours après cette séance parurent les fameux édits du 8 mai 1788. Peut-êtrea-t-on vu avec plaisir l’établissement des grands bailliages fixés par ces édits ; mais lahaine et la défiance que la cour pléniere avoit inspirées réunirent en ce moment la nationaux parlements. La courageuse résistance du peuple de Rennes , les écrits énergiques dela commission intermédiaire des états de Bretagne , la conduite ferme , vigoureuse ,mesurée et vraiment patriotique des états du Dauphiné , triomphèrent de la puissanceroyale et renversèrent la cour pléniere , Lamoignon et Brienne ses imprudents auteurs,et les grands bailliages dont ils étoient aussi les créateurs. Les parlements furent réintégrésdans leurs fonctions.

Cependant le fréquent appareil des lits de justice , la subversion des parlements ,leur exil , l’emprisonnement de plusieurs de leurs membres , l’enlevement subit de