AUX TABLEAUX HISTORIQUES DE LA RÉVOLUTION. 3
douze gentilshommes de Bretagne , leur détention à la Bastille, enfin l’établissementd’une cour pléniere, et le déploiement de la force armée contre la magistrature, tousces actes de violence et de despotisme avoient excité dans Paris , et plus encore dansles provinces, un mécontentement universel, présage certain d’une insurrection prochaineet générale. Une commotion violente étoit sur le point d’éclater à Grenoble j les citoyensy avoient déjà pris les armes.
D’un autre côté, la déprédation des finances étoit devenue telle , que les annalesdu monde en offrent peu d’exemples. Les Notables, après avoir constaté un déficit dei^o millions, s’étoient séparés sans avoir rien fait 5 ou du moins on n’adopta aucunedes mesures qu’ils proposèrent. Cette assemblée étoit composée de i 36 membres, et n’avoitpas eu lieu depuis 1626. On l’avoit formée des princes, des officiers de la couronne, dessecrétaires d’état, des pairs du royaume , des conseillers d’état, des maîtres des requêtes,de maréchaux de France , d’archevêques et évêques , de présidents des parlements etconseils souverains , enfin de municipaux de villes , et de députés d’état. On a vt- que lesprincipaux plans qui y furent discutés, furent ceux de la subvention territoriale et del’impôt du timbre. Le roi présida en personne la première, et la sixième et derniereséance, qui eut lieu le 25 mai 1787 (1 J.
Tous les vœux se tournèrent alors vers deux objets que l’expérience faisoit regardercomme les astres sauveurs de la France , les États - généraux et M. Necker . Celui-cipouvoit seul éclairer les ténèbres de l’administration , raviver la confiance et soutenirl’Etat dans un si grand péril. Un cri national se fait entendre de toutes parts, et appellele peuple à la liberté. M. Necker rentre au ministère. Les États-généraux sont demandés,et le roi en promet la convocation. Les parlements, qui, pour se tirer d’embarras ,peut-être même pour se populariser, avoient été les premiers à la presser, s’en repentoientdéjà, et ne pouvant la retarder, s’obstinoient à vouloir les formes de *1614, commeleur étant plus favorables. Ils arrêtèrent qu’on ne pouvoit assembler les États-généraux surd’autres bases. Cette prétention acheva de les perdre dans l’opinion publique.
La noblesse et le haut-clergé, toute la cour, annonçaient dès ce moment le desseind’influencer puissamment ces États. Ainsi se joignirent au vaste amas de matièrescombustibles prêtes à tout embraser , une diversité d’opinions, une lutte d’intérêts opposéset de passions rivales, qui faisoient entrevoir aux moins clairs-voyants les fatales explosionsqui alloient bientôt éclater.
M. Necker ne crut pas que le conseil du roi dût, au milieu de tant de prétentionscontraires , décider la foule de questions relatives à la formation d’une assemblée aussimajestueuse qu’importante. Il convoqua de nouveau les Notables pour les consulter :il présumoit de leur fermeté précédente en faveur de leur impartialité future 5 il ignoroitque les grands mouvements de l’ame appartiennent à certaines époques , et se répètentrarement. Ce faux calcul du ministre produisit beaucoup de mal. Les privilégiés secoalisèrent à cette seconde assemblée. Leurs efforts furent si puissants , et leur parti siconsidérable, que M. Necker crut , non sans raison, faire beaucoup que d’obtenirpour le peuple l’égalité de représentation , et de poser la base de la population pourréglé de députation ; en sorte que la représentation de ce qu’on appeloit alors leTiers-état fût égale à celle des deux ordres réunis , qu’on y délibéreroit par tête etque les subsides seroient répartis proportionnellement entre tous les citoyens sansdistinction.