8 DEUXIEME DISCOURS PRÉLIMIN. AUX TABLEAUX IIIST., ‘etc.veille et dans les premiers moments d’une grande révolution; l’audace se joint naturelle-ment à la force : il est très à craindre qu’ils ne sachent pas traiter et composer à proposaveu les passions humaines ; qu’ils les heurtent imprudemment de front ; et qu’emportéspar leur propre génie, ils détruisent eux-mêmes l’effet des plus utiles pensées.
Nous avons suffisamment développé dans le tableau précédent tout ce qui se passadans l’assemblée des notables , de quels hommes elle étoit composée, et comment ellerejeta tous les plans de M. de Calonne. Ces notables s’épuisèrent en vains projets ,dépensèrent beaucoup d’argent, sans porter aucun rernede aux maux de l’état , etretournèrent dans leurs provinces avec des impressions défavorables contre la cour ,sans s’être rendus dignes qu’on jugeât plus avantageusement d’eux-mêmes. Le cardinalLoménie ûe Brienne , archevêque de Sens , eut, nprès l’expulsion et la fuite de M. deCalonne, le titre de sur-intendant des finances» C’étoit un ministre précisément dumême caractère que celui dont il prenoit la place ; vain, immoral, dissipateur, courtisanservile., plein d’audace>, ne manquant pas de talents. Lamoignon > président au parlementde Paris, fut nommé garde-des-sceaux, et succéda dans cette fonction à Hue-Mirosmesnil.Ces deux hommes associèrent leurs vues pour combler le déficit, et finirent par adopterles mêmes projets d’impôts que Calonne s’étoit inutilement efforcé de faire passer ; c’est-à-dire, les deux édits du timbre et de la subvention territoriale. L’enregistrement deces édits n’ajant pu avoir lieu à cause de la résistance opiniâtre que le parlement yopposa, le roi tint son lit de justice à Versailles , le 6 août 1787 , dans les formesusitées , et les enregistrements ordonnés furent faits d’autorité en sa présence ; maisimmédiatement après, le parlement protesta contre ces actes. Les suites de cette protestationétant consignées dans nos autres tableaux, nous terminerons celui-ci par une obser-vation , qui ne nous paroît pas indifférente, et qui résulte du rapprochement très-curieuxqu’on peut faire des discours qui furent prononcés dans ce lit de justice avec ceux quetint le même gouvernement à l’ouverture des états-généraux. Autant son langage étoitimpérieux et plein de maximes arbitraires au mois d’août 1787 , autant il parut modéré,paternel, et rempli des principes tutélaires d’une bonne administration au mois de mai1789. Dans le lit de justice le roi se rendoit odieux; et il ignoroit que les monarquesdevroient regarder comme leurs plus mortels ennemis les ministres qui les portent àdes démarches dont la haine du peuple est le résultat. Aux états-généraux, au contraire^Louis XVI parut avec une majesté digne du trône, et en même temps avec la tendressed’un pere. Oublions le discours de 1787, et ornons ce tableau d’un passage du discoursde 1789.
« Une inquiétude générale (nous citons les propres expressions de Louis XVI ), un» désir exagéré d’innovations , se sont emparés des esprits , et fmiroient par égarer» totalement les opinions, si on ne se hâtoit de les fixer par une réunion d’avis sages» et modérés. »