AUX TABLEAUX HISTORIQUES DE LA RÉVOLUTION. i 5impôt pécuniaire auquel tous les citoyens dévoient contribuer. L’exécution de cetteloi excita une réclamation universelle de la part de toutes les cours supérieures, quivouloient être exemptes de toutes taxes : la rumeur fut si grande , que Louis XVI se vit contraint de retirer un édit aussi juste par une déclaration du 11 août suivant,enregistrée au parlement de Paris le 19 du même mois. On voit jusqu’à ce moment lemonarque ne s’annoncer que par des actes de justice et de bienfaisance ; et ce sontles cours supérieures de son empire qui s’opposent à ses bonnes intentions. Pourrions-n °us ne pas applaudir à une révolution qui les en a punies ? En suivant ce régnéjusqu’aux états-généraux de 1789, nous verrons ces cours tenir constamment une conduiteaussi coupable et aussi imprudente. Si nous insistons sur ces faits, c’est qu’ils sont unedes causes principales et premières de cette révolution, et qu’on affecte de les méconnoître^Mais reprenons le fil des évènements.
La guerre n’étoit. pas ouvertement déclarée entre la France et l’Angleterre aucommencement de 1778, cependant tout annonçoit une rupture inévitable. Le capitaineTronjoly, commandant le vaisseau de ligne le Brillant, avoit été attaqué au mois d’avrilpar deux vaisseaux anglais, qu’il avoit repoussés : l’Angleterre avoit pris Pondichéry ,et dépouillé plusieurs navires marchands français . La cause de cette conduite étoit dansIe s plaintes que faisoit le cabinet de S.-James de ce que les Français secouroient lesinsurgés d’Amérique .
Silas Déane résidoit à Paris avec la qualité d’envoyé du congrès de Philadelphie ;la cour de Versailles ne le reconnoissoit pas légalement. Le docteur Benjaminfranklin venoit d’arriver en France avec la secrete intention de faire valoir les droitsd cs colonies, méconnus par leur métropole. Il se montra d’abord comme un citoyenaccablé des maux de sa patrie, et qui vient les déplorer sous un ciel paisible. Il vivoita Paris avec une simplicité philosophique qui retraçoit les mœurs patriarchales : il inspiraI e plus vif intérêt ; mais, loin de traiter avec lui comme homme public, le gouvernementfrançais , par complaisance pour les représentations du vicomte Stormont, ambassadeuranglais, mettoit de si étroites entraves au commerce des Américains dans les ports deFrance , qu’elles étoient le fréquent objet d’une multitude de réclamations, dans letemps que l’Angleterre, toujours provocante, insultoit les navires marchands français à la vue de nos côtes.
Louis XVI , exempt d’ambition, et convaincu de l’invincible obstacle que la guerre,même en la supposant heureuse, devoit mettre à la restauration des finances , ne seprêtoit qu’avec répugnance à la déclarer , et à embrasser ouvertement la cause desAméricains. Mais la grandeur de cette cause avoit électrisé toutes les têtes françaises :les insurgés que leurs affaires appeloient en France étoient recherchés avec empresse-ment la franchise et la simplicité de ces membres d’un peuple neuf et libre étoientun spectacle qu’on ne se lassoit pas d’admirer, on leur offroit publiquement tout ceque les traités alors subsistants entre les cours de Paris et de Londres permettoient deleur donner, et on leur faisoit parvenir indirectement non seulement les munitions deguerre dont ils avoient besoin, mais encore des hommes experts à diriger l’artillerie,la defense des places , et enfin des officiers d’un mérite supérieur , qui leur etoientsur-tout nécessaires pour exercer leurs milices au maniement des armes. Enfin, legouvernement français finit par se déterminer à reconnoître l’indépendance des Américains 5et la guerre avec les Anglais fut la suite de cette démarche. On sait l’influence prodigieusequ’elle a eue sur la révolution française .
La mort de M. de Vergennes, arrivée dans un temps où les éléments de la commotionqui devoit changer le gouvernement de France commençoient a circuler, chargeoitLouis XVI de l’administration la plus difficile, et le mettoit dans une position extrê-