16 DEUXIEME DISCOURS PRÉLIMIN. AUX TABLEAUX HIST., etc.mement critique. Le conseil de ce monarque étoit alors composé de Tonnelier-Breteuil ,ministre de Paris 5 de Montmorin, ministre des affaires étrangères 5 de Loménie , ministrede la guerre ; de la Luzerne, ministre de la marine ; et de Calonne, ministre des finances :Hue-Miromesnil avoit les sceaux.
Depuis quatre ans que Calonne avoit succédé à d’Ormesson , l’embarras des financess’étoit rapidement accru. Cependant, par différentes opérations obscures, les impôtsavoient été augmentés de plus de cent millions : ils montoient à 56o millions 5 etnéanmoins la dépense surpassoit la recette de cent dix millions à la fin de 1787. Onne trouvoit plus à emprunter ; et les ministres étoient convaincus que la chûte dugouvernement ne pouvoit être arrêtée que par une distribution nouvelle de l’impôt,sans aucune augmentation, qu’on jugeoit absolument impossible.
Pour arriver à ce but sans secousse , non seulement M. de Calonne augmentoit lenombre des assemblées provinciales, dont l’idée appartenoit à Turgot , mais, dans leurcomposition, il donnoit aux communes une influence principale, qui devoit les conduireà faire peser les impôts sur les nobles comme sur les non-nobles. On craignoit ( etl’évènement a justifié cette crainte ) que les parlements ne s’opposassent à cette innovation.Ce fut la véritable cause de la convocation des notables qui dévoient discuter les objetsles plus importants, et dont plusieurs avoient d’avance la faveur publique. On proposoitd’accorder aux non-catholiques les droits civils dont jouissoient les catholiques en France ;d’établir l’impôt du timbre , supprimer la taille et la remplacer par une subventionterritoriale, assise sur les biens nobles et roturiers.
Le parlement rejeta l’impôt territorial et l’édit du timbre : ils furent enregistrés en litde justice, mais tous les parlements de provinces les rejetèrent. Celui de Paris fut exiléà Troyes . Le roi déclara qu’il convoqueroit les états - généraux 5 mais , comme s’il eûtcherché à éluder cette promesse, il ordonna la création d’un emprunt successif de quatrecents vingt millions pendant cinq ans. Le parlement de Paris fut rappelé, après avoirpromis d’enregistrer l’emprunt dans une séance royale. Ce fut ce qui donna lieu à laséance extraordinaire, qui fait le sujet de ce tableau. Lorsque Louis XVI eut prononcéd’autorité l’enregistrement, le ci-devant duc d’Orléans se leva, et demanda au monarquesi c’étoit un lit de justice ou une séance royale. Il lui fut répondu royale. Alors il protestacontre cet enregistrement comme illégal : il fut exilé dans ses terres , et la vengeancequ’il voulut en tirer dans la suite fut un des principaux motifs qui le portèrent à formerla vaste et puissante faction qui a tant déshonoré et ensanglanté la révolution française.