Band 
Tome premier.
Seite
18
JPEG-Download
 

i8 PREMIER DISCOURS. PRÉLIMINAIRE

ses talents oratoires et cette éloquence véhémente quon avoit admirés en lui pendant les

premiers orages politiques.

Avant de retracer ici sa conduite pendant lassemblée constituante , nous croyonsdevoir rappeler les premières époques qui lont fait connoitre.

Jacques Duval dEprémesnil étoit à Pondichéry . Il avoit un oncle dans la compagniedes Indes , lequel joua un très-grand rôle dans laffaire du général Lally, qui , commelon sait, fut condamné à être décapité , daprès laccusation davoir trahi la France .On na pas oublié les efforts que le fils de ce général fit pour obtenir la réhabilitationde la mémoire de son père par le ci-devant parlement de Rouen. Deux athlètes semontrèrent alors sur la scène , et se préparèrent au combat : dun côté parut le fils delinfortuné qui avoit péri sur léchafaud} de lautre , le neveu du dénonciateur qui avoitappelé la vengeance des lois contre le condamné. Ces deux combattants descendirentdans larene avec des talens et des moyens différents. Le premier avoit sans contreditla plus belle cause à défendre ; tout ce que la piété filiale peut inspirer de plus touchant,il lemploya ; et lon peut dire que cet orateur fit la plus vive et la plus prodigieusesensation. Le rôle du second, celui de dEprémesnil , étoit , dans cette lutte, bien moinsintéressant : il avoit à repousser les calomnies dont on vouloit flétrir la mémoire de sononcle \ et lon se rappelle que cet oncle avoit été dénonciateur , et quil avoit conduitun officier général sur léchafaud. Certes, il falloit un grand talent pour affoiblir lodieuxque cette conduite offroit naturellement ; aussi dEprémesnil employa-t-il pour yparvenir toutes les ressources de son esprit , tous les moyens oratoires que pouvoitcomporter la défense dont il étoit chargé : il peignit Lally comme un traître enverssa patrie adoptive , comme ayant exercé des cruautés sans exemple , et montré lavaricela plus sordide. Les tableaux affreux quil fit de la conduite de ce général dans lInde excitèrent lindignation de tous les auditeurs , mais lorsquon entendit Lally-Tolendaljustifiant son père avec léloquence la plus entraînante , avec laccent de la nature et dela sensibilité la plus profonde , les vœux se réunissoient pour le succès de sa cause :tant il est vrai que tout ce qui porte lempreinte des sentiments honnêtes fait toujoursune juste et vive impression sur les âmes sensibles !

Quoique cette lutte fut inégale sous plusieurs rapports , on nen convint pas moinsque dEprémesnil avoit des talents distingués : depuis ce moment on le mit au rang desmagistrats les plus considérés ; il ne se faisoit rien dimportant dans le parlement deParis quil ny prît une grande part, et cétoit toujours pour sopposer aux entreprisesde la cour et à ses actes dautorité.

On connoît les évènements qui ont eu lieu à loccasion de lenregistrement de plusieursédits: nous ne rappelerons ici que quelques circonstances, qui serviront à faire jugerce quétoit alors dEprémesnil, et ce quil est devenu depuis.

Le souvenir des époques désastreuses du ministère de larchevêque de Sens , Rrienne,et de sa coalition avec le garde des sceaux, Lamoignon , ne sortira jamais de la mémoiredes Français : ils se rappeleront toujours avec horreur les efforts que ces deux partisansdu trône firent de concert pour river à jamais les chaînes de lesclavage sous lequella nation gémissoit depuis une longue suite de siècles. Ce fut dans cette vue que cesdeux ministres établirent une imprimerie secrete à Versailles , d ils faisoient sortirtous les projets quils croyoient utiles aux succès de leurs conceptions machiavéliques.DEprémesnil mettoit alors autant dactivité à découvrir les complots de ces ministrespervers, que ceux-ci en employoient pour faire réussir leurs funestes projets. Mais , malgréle mystère dont Brienne et Lamoignon couvroient leurs opérations , et lappareil de laforce militaire quils déployoient avec un éclat menaçant, d^Eprémesnil parvint à découvrirleur secret, et, dans une assemblée des chambres du ci-devant parlement, il déchira le