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Tome premier.
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AUX TABLEAUX HISTORIQUES DE LA RÉVOLUTION. 19voile , et montra la profondeur de l’abyme dans lequel la cour alloit plonger la France .

« Jurons tous, s’écria-t-il , en adressant la parole à ses collègues, jurons de nous» refuser à tout projet qui émaneroit des presses ministérielles, et de périr plutôt queM de souffrir leur exécution »,

Ce serment fut prononcé par tous les membres du parlement ; et, pour conjurerl’orage, ils arrêtèrent que l’assemblée des chambres seroit permanente. Cette conduiteexcita la plus vive inquiétude dans l’ame des deux ministres. Dans leur fureur ils déci-dèrent qu’il falloit un exemple pour inspirer la terreur. En conséquence une lettrede cachet fut lancée contre d’Eprémesnil et un autre magistrat ( Goislard ) qui avoitdénoncé leurs vexations dans la perception des vingtièmes. Des satellites furent envoyéspour arrêter ces deux conseillers ; ils furent enlevés et conduits par ordre de la cour,savoir d’Eprémesnil aux isles Ste-Marguerite, et Goislard au château de Pierre-en-Cise,à Lyon . Voici comment cet enlèvement fut exécuté. On avoit d’abord essayé de saisirces deux magistrats chez eux, ou dans quelques maisons de Paris où iis avoient coutumed’aller ; mais ayant échappé à ces recherches , ils se réfugièrent au palais , où leparlement les mit sous la sauve-garde de la loi. Les chambres furent sur-le-champassemblées, et elles envoyèrent une députation à Versailles . La journée se passa dansune vaine attente. Les ministres , voyant que le parlement restoit assemblé, et qu’ilbravoit leur autorité, résolurent d’employer la violence. A minuit, plusieurs bataillonsen armes, précédés de leurs sapeurs , la hache sur l’épaule, s’avancèrent à pas préci-pités vers le palais ; leur commandant ( d’Agoust ) entra dans la grand’chambre, etdemanda qu’on lui livrât les deux victimes désignées : « Nous sommes tous d’Eprémesnil" Goislard, répondirent les magistrats ». Enfin, sur les cinq heures du matin, cesdeux conseillers , pour prévenir les violences, se livrèrent eux-mêmes entre les mainsdes satellites du despotisme.

Cette conduite ferme et courageuse rendit d’Eprémesnil cher à tous les amis de laliberté. Pendant son exil son nom étoit mêlé dans tous les vœux qu’on formoit pourle renversement de la tyrannie; et il faut avouer que les apparences étoient en safaveur. Ce n’a été que par la suite de sa carrière qu’on a pu juger qu’il étoit plutôtl’ennemi des ministres que l’ami du peuple, et que, s’il les attaquoit alors, c’étoitpour fixer les regards de la cour, et parvenir lui-même au ministère ; plan qui réussitordinairement aux membres de l’opposition dans le parlement d’Angleterre. Ces obser-vations suffisent sans doute pour fixer les opinions sur cette époque de sa vie.

Nous avons considéré d’Eprémesnil comme orateur, comme magistrat : il nous resteà rendre compte de sa conduite comme député à la première assemblée constituante.

Jusqu’alors il s’étoit opposé avec courage à toutes les entreprises arbitraires ; mais,dès le premier jour où il parut à l’assemblée nationale, on reconnut que ses principesetoient changés, ou plutôt que dans le fond de son cœur il avoit toujours été partisandu despotisme. On se souviendra long-temps de la motion qu’il fit à la fin de la sessionde 1 assemblée constituante, et qui avoit pour objet d’envoyer une députation à la cour,a 1 effet d’implorer le pardon du roi pour les entreprises par lesquelles on avoit tentéd’ébranler sa puissance suprême. Depuis il ne cessa d’être le champion des contre-révolutionnaires : il se mêloit souvent dans les grouppes , où il se répandoit en propos,séditieux. Pendant l’assemblée législative il fut reconnu dans un de ces grouppes : onl’en arracha avec violence, et il fut maltraité au point que son corps fut couvertde blessures ; on ne parvint même à le sauver qu’en le faisant conduire a la prison de1 Abbaye, d’où il sortit quelques jours après.

D’Eprémesnil, se voyant l’objet de la haine publique , prit le parti de se retirerdans une terre qu’il avoit près de la commune du Hâvre . Son nom étoit devenu trop fameux