AUX TABLEAUX HISTORIQUES DE LA RÉVOLUTION. a3suivirent celui de François I er , ne présentent plus, jusqu’à la mort de Louis XIV ,que de tristes exemples de tous les maux que peuvent enfanter l’ambition des grandset le fanatisme de la religion. C’est sous François I er , et Henri II son successeur ,que commencèrent ces guerres civiles qui embrasèrent le royaume jusqu’au régné deHenri IV .
Depuis la réunion des grands fiefs à la couronne, le gouvernement féodal n’existoitPlus, ou du moins il avoit cessé d’être dangereux. Mais si les seigneurs n’étoientplus des especes de souverains, ils étoient néanmoins encore beaucoup trop puissants.Ils causèrent tous les troubles de la ligue, et cette longue guerre, où une moitié dela France égorgea l’autre -, où l’on vit un roi ( r ) , féroce par instinct à la fleur deson âge, immoler dans une nuit, à la voix d’une reine non moins barbare, ( 2 ) centmille de ses sujets.
Sully , sous Henri IV , résista à l’insatiable avidité des grands ; et les victoires dece monarque avoient préparé leur ruine. Richelieu , sous Louis XIII , acheva d’abattreleur puissance. Le gouvernement devint ferme et vigoureux, mais en même tempsil se rendit despotique ; ce qui ne fut pour la nation qu’un changement de tyrannie,et une nouvelle source de malheurs et de calamités d’un autre genre. C’est alorsqu’a commencé le despotisme ministériel, le plus onéreux, le plus funeste peut-êtrede tous ; c’est lui qui a occasionné tant de guerres et une si monstrueuse dilapidation,des finances; c’est lui, qui, par ses actes violents et arbitraires, a le plus contribué àaccélérer la révolution, et à précipiter la ruine du trône. L’évènement que présente cetableau est une preuve de ce que nous venons d’avancer : on y verra à quel pointles ministres se jouoient de la vie des citoyens. La France étoit privée depuis cinqmois de ses tribunaux et de ses magistrats. Le simulacre de la force publique contenoitencore le peuple, sur-tout à Paris ; mais l’imprudence, la cruauté du ministre quiavoit cette ville dans son département, et la violence du commandant du guet, rompirentle dernier frein qu’on put opposer à la licence, en faisant d’une fête patriotique un jourde deuil et de carnage. La jeunesse de la capitale avoit demandé au lieutenant depolice la permission de donner des marques publiques de la joie qu’on ressentoit à1 occasion du renvoi des ministres de Brienne et Lamoignon. Elle s’assembla sur la placeci-devant Dauphine, et promena un mannequin représentant la personne d’un desministres disgraciés ( Brienne ); ce mannequin fut ensuite brûlé en cérémonie. Le len-demain le public voulut recommencer ; mais le chevalier Dubois , commandant duguet, entreprit de s’y opposer : il ordonna de fondre sur le peuple, et de chargertout ce qui se présenteroit. Plusieurs personnes furent blessées, et quelques - unesperdirent la vie. Le peuple se rallie, désarme et dépouille les soldats , brûle leurshabits, et les renvoie avec des sentiments de commisération bien honorables pour lui.On voit par-là qu’il n’est féroce que quand il a des agitateurs à sa tête.
On veut soutenir ce premier crime par un autre plus grand encore. Cette jeunesseprovoquée s’étant portée sur la Grève, des corps de troupes qu’on y avoit postés , etque la nuit couvroit de son ombre, firent des décharges redoublées, et étendirent surla place un grand nombre de malheureux.
La retraite de M. de Lamoignon fit recommencer les mêmes scenes. Deux corps detroupes entrèrent a la fois par deux extrémités de la rue Saint-Denis , et firent unehorrible boucherie. Un semblable massacre avoit eu lieu dans la rue Mêlée, où demeuroit