2 6 SEPTIEME DISCOURS PRÉLIMINAIRE
tante delà métropole? C’est aussi parceque le Français a été opprimé, vexé, pressuré,mutilé de mille maniérés, avec encore plus de dédain et plus d'impudeur qu’aucungouvernement l’ait jamais fait, qu’il s’est élancé, à pas de géant, vers le recouvrementde ses droits. Le peuple le plus célébré par son amour pour ses rois est celui qui ena secoué le joug et brisé ses fers avec le plus d’impétuosité et de fureur; c’est lui quia porté au despotisme les coups les plus terribles. L’histoire de son antique gouver-nement est nécessairement et indispensablement liée à celle de la révolution qui l’adétruit. Il faut que la postérité sache à quel point, et par quels moyens, on a pendantquatorze siècles aggravé perpétuellement le sort de la nation ; il est essentiel de suivrele despotisme dans toutes ses traces ; et l’histoire de la révolution française remontenécessairement aux premiers âges de la monarchie.
Les plus anciens états sont ceux qu’assembla Clovis , en 499 , pour l’établissementdu christianisme. On y délibéroit sur toutes les parties du gouvernement ; mais lesgrands seigneurs et les évêques étoient seuls appelés à ces états. Le peuple ( et par cemot nous entendons ici l’immense majorité de la nation ) n’étoit compté pour rien.Clotaire II tint des especes de parlements , ou assemblées ambulatoires. Seul maître dela monarchie , après les guerres civiles qui eurent lieu sous les enfants de Clovis ,ce fut lui qui fit prendre au gouvernement cette tendance désastreuse et despotiquequi précipita la ruine de la première race. Usurpateur de l’héritage de ses neveux ,meurtrier d’une reine alors célébré ( i ) , il vit accroître le pouvoir des maires du palais,qu’il avoit rendus ses complices *. il fut obligé de tout souffrir et de tout accorder.Bientôt les descendants de Clovis n’eurent qu’une ombre de royauté , et le peuple ,toujours esclave , avili et opprimé , passoit, sans voir améliorer son sort , du jougd’une dynastie sous celui d’une autre. Dans ces temps malheureux , et sous ces régnésignominieux, on dégrada l’homme, et on avilit la terre. Tels furent les commencementsde ce régime féodal, dont nous aurons bientôt occasion d’observer les suites funestes.La France n’avoit aucune constitution écrite. La démocratie militaire fut transforméeen aristocratie. Les rois attirèrent du peuple toute l’autorité à eux, et l’aristocratie sechangea en une monarchie absolue et arbitraire.
Charlemagne , qui éclipsa Pépin et Charles Martel , Charlemagne , près de qui le nommême de Louis XIV pâlit, se montra digne du trône en rendant la tranquillité à sesétats, et en les environnant de gloire, de justice et de bonheur, malgré ses nombreusesguerres. Il rendit presque totalement à la nation le pouvoir législatif, qui n’est enderniere analyse et ne peut être que le droit et la puissance de contraindre les hommesà être justes , et à suivre des réglés protectrices de leur sûreté et de leurs propriétés.Le peuple y participa pour la première fois, sans cependant faire encore un ordredans l’état.
Les enfants de Charlemagne furent à la fois foibles, injustes et cruels. La France fut opprimée par eux ; et Charles le Chauve , qui leur succéda, donna le dernier coupà l’autorité du gouvernement, parcequ’il joignit l’extrême injustice à l’extrême foiblesse.Il fut pour la seconde race ce qu’avoit été Clotaire pour la première. Les seigneurss’élevèrent sur les débris de la puissance royale, et la nation n’en fut que plus àplaindre. De nouveaux crimes replongèrent l’état dans de nouveaux malheurs. Enfinle sceptre de Charlemagne échappa à ses descendants pour passer dans les mains deFlugues Capet, un des plus puissants vassaux de la couronne : et la nation vit cechangement de dynastie avec la même indifférence qu’elle avoit vu ravir le sceptre andernier rejeton de la première race, parcequ’ayant été constamment foulée et dédaignée,