Band 
Tome premier.
Seite
31
JPEG-Download
 

AUX TABLEAUX HISTORIQUES DE LA RÉVOLUTION. 3i11 survint de la cavalerie , de l’infanterie , et on pointa le canon sur le faubourg.La foule fut bientôt dissipée , et plusieurs subirent le dernier, supplice : le peuple esttoujours à la fois instrument et victime. Paris vit avec effroi cet amas de forces quimenaçoit visiblement sa liberté. Les soldats eurent horreur du service qu’on exigeoitd’eux ; et le despotisme concouroit ainsi, sans en avoir le moindre soupçon, à gagnerla force armée à la cause commune des citoyens. Grande et importante leçon, donttous les gouvernements devroient profiter, et qui prouve que les excès même de latyrannie lui ôtent ses plus fermes appuis , en la rendant plus odieuse à tous !

Le gouvernement avoit commis , quelque temps avant, une faute du même genre.La retraite de M. de Lamoignon ayant causé une joie générale dans Paris , et laJeunesse de cette ville voulant brûler en cérémonie un mannequin qui représentoitce magistrat, aucun satellite ne troubla la fête ; mais des brigands et des hommessoudoyés se mêlèrent dans la foule. M. de Brienne, ministre de la guerre, et frere duministre principal, arrivoit de Versailles à l’instant où ces forcenés s’approchoient de sonhôtel pour l’incendier. Il falloit en imposer à cette multitude par une force armée considé-rable ; c’étoit assurément la seule maniéré de prévenir l’effusion du sang et d’arrêter ledésordre : on trouva plus court de massacrer le peuple impitoyablement, que derechercher les vrais coupables. C’est ainsi que dans un gouvernement arbitraire, ouplutôt c’est ainsi qu’avec des ministres altiers , présomptueux et ignorants , on croitpouvoir se jouer impunément de la vie des citoyens. Les mêmes évènements, suivis desmemes imprudences , eurent encore lieu au sujet de la joie que le peuple manifestapour le renvoi de M. de Brienne , principal ministre.

Cependant, la France étoit dans une fermentation générale : complètement asservieJusqu’à cette époque , elle songea enfin à secouer ses chaînes. La longue durée de lamonarchie n’offroit plus qu’une succession désolante des miseres du peuple, de l’accrois-sement graduel du despotisme, et de la prodigalité du gouvernement. Les commencementsrégné de Louis XVI avoient fait espérer que la France , après avoir passé d’ungouvernement mixte à un gouvernement féodal, et d’un gouvernement féodal à ungouvernement absolu , passeroit enfin à une monarchie populaire et paternelle. Maista foiblesse du chef, le fatal ascendant de la reine, du comte d’Artois, de madamede Polignac, qui avoit toute l’ambition de la maréchale d'Ancre ; l’avidité d’une foulede courtisans ; l’ineptie et l’immoralité des ministres , tout-puissants pour le mal , etmcapabies d’opérer le bien ( car Turgot et Necker ne furent pas conservés ) ; les obstaclessans nombre qu’éprouvoient les administrateurs instruits et bien intentionnés ; enfin,tas fausses mesures que prit le gouvernement, plongèrent le royaume dans les convulsionsdu désespoir et de l’indignation.

Telles étoient les dispositions des esprits , lorsqu’on eut l’imprudence d’empirer le■ ^al par les fusillades et les coups d’autorité que nous venons de décrire.

Les écrits mâles et généreux paroissoient en foule, et aclievoient d’électriser touteses têtes. On voulut arrêter ce torrent de lumière et d’effervescence ; mais les livressembloient sortir de dessous terre. La plupart avoient une tournure populaire quies mettoit à la portée de tous les lecteurs. Le gouvernement fut obligé de laissertout écrire et tout dire. Les mécontentements publics éclatèrent alors sans aucun ména-gement : les écrivains assez hardis pour en porter l’expression franche aux pieds dutrône, fixèrent l’attention générale et appelèrent les vœux de l’immense majorité dea nation pour un ordre de choses plus légal et moins arbitraire.

La faction d’Orléans profitoit malheureusement de toutes ces circonstances , etsalarioit tout à la fois et des écrivains incendiaires qui précipitoient le mouvement dea révolution, en lui donnant la plus fatale direction, et une horde de brigands, qui