IO T AB BEAUX HISTORIQUES
bouche d’un jeune gentilhomme qui se dégradait lui-même , et qui de plus attirait surlui les vengeances du ministère , forcé à regret d’envelopper un chevalier français dansla proscription de tous ces hommes sans naissance, de tous ces gens de rien qui parta-geaient ses principes et son espoir. Il faut avouer que M. de Lafayette aurait dû joindreà son projet de déclaration des droits un projet non moins nécessaire de déclarationdes devoirs.
Telle était à Versailles l’illusion générale lorsque la cour apprit la sortie des gardes-françaises prisonniers à l’Abbaye. Les ministres, en partageant l’indignation qu’elleexcitait, réprimèrent néanmoins les premiers mouvemens de leur fureur. Ils se rassuraienten songeant qu’ils avaient à leurs ordres une armée prête à punir les rebelles. Ilsdictèrent au roi une réponse mesurée, qui calma le peuple sans dissiper ses inquiétudes.Pendant ce temps, les maîtres de la force armée environnaient de troupes et de canonsl’assemblée nationale ; et, tandis qu’elle s’occupait à rédiger les droits de l’homme etdu citoyen , elle était menacée d’une prochaine destruction.
Déjà Paris , qui votait pour la liberté, était menacé des plus grandes violences. Déjàse développait un plan d’attaque dont le succès paraissait infaillible. Les vives clameursde la capitale éveillent enfin les alarmes des représentans , et l’éloquence de Mirabeaules décide à demander au roi la retraite des troupes. Dans la soirée du io juillet, unedéputation de vingt-quatre membres , présidées par l’archevêque de Vienne, est reçuedans le château de Versailles - elle présente au roi une adresse pleine d’énergie et deraison pour le décider à éloigner sans délai les régimens nombreux, les trains d’artillerieet tous les apprêts d’incendie et de meurtre qu’on étalait d’une manière si terribleaux yeux des Français .
Dans cette adresse, où l’on avait épuisé toutes les armes de l’éloquence, on avaitprédit les suites que devait avoir l’appareil formidable qui menaçait le peuple, et l’onproposait au roi les moyens de tout prévenir.
« La France, lui disait-on, ne souffrira pas qu’on abuse le meilleur des rois, et qu’on« l’écarte par des vues sinistres du noble plan qu’il a lui-même tracé. Vous nous avez« appelés pour fixer, de concert avec vous, la constitution, pour opérer la régénération« du royaume. L’assemblée nationale vient vous déclarer que vos vœux seront accomplis ;« que vos promesses ne seront point vaines ; que les pièges, les difficultés , les terreurs,« ne retarderont point sa marche, n’intimideront point son courage. »
On entrait dans les détails de tous les dangers qu’occasionnait le rassemblementdes troupes , et l’on ajoutait :
« Il est d’ailleurs une contagion dans les mouvemens passionnés. Nous ne sommes« que des hommes : la défiance de nous-mêmes , la crainte de paraître faibles, peuvent« entraîner au-delà du but. Nous serons obsédés d’ailleurs de conseils violens et déme-« surés ; et la raison calme , la tranquille sagesse, ne rendent pas leurs oracles au milieu« du tumulte , des désordres et des scènes factieuses. Le danger est plus terrible« encore; et jugez de son étendue par les alarmes qui nous amènent devant vous : de« grandes révolutions ont eu des causes bien moins éclatantes ; plus d’une entreprise« fatale aux nations (on n’osait dire aux rois ) s’est annoncée d’une manière moins« sinistre et moins formidable , etc. »
Le monarque, dont on dictait les paroles, fit une réponse ambiguë, et persistadans le projet de conserver autour de lui toutes les forces qu’il prétendait nécessairesau bon ordre et à la tranquillité publique.
Cette démarche de l’assemblée nationale , cette confiance dans la parole du roi, confianceque Paris ne partagea point, déterminèrent les ministres à presser l’exécution de leurprojet. La disgrâce de M. Necker, qui désapprouvait toutes ces mesures, était résolue;mais elle ne devait avoir lieu que dans la nuit du i4 au i5. Les conjurés, impatiens?