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Tome premier.
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DE LA REVOLUTION. n

devancèrent l’exécution de ce projet, et crurent faire un grand pas en précipitant ledépart du seul ministre qui leur était contraire. Dès le n on lui fit donner l’ordre desortir du royaume dans vingt-quatre heures et avec tout le secret possible. Il obéitsi exactement, que son frère et sa fille, en présence desquels il avait reçu la lettre decachet, n’en furent instruits par lui-même que lorsqu’il fut arrivé, le lendemain 12, àBruxelles. Paris reçut le même jour à midi cette nouvelle inattendue. Celui qui l’apportaa u Palais-Royal fut traité comme un insensé , et pensa être jeté dans le bassin : maisbientôt elle se confirma, et il ne fut plus permis d’en douter. Le jardin était rempligrouppes menaçans ou mornes. Alors parut au milieu d’eux un ardent démagogue,Camille Desmoulins . Il faut l’écouter, c’est lui-même qui parle : « Il était deux heures<( et demie. Je venais sonder. Ma colère contre les despotes était tournée en désespoir." Je ne voyais pas les grouppes, quoique vivement émus ou consternés, assez disposés" a u soulèvement. Trois jeunes gens me parurent agités d’un plus véhément courage :" ils se tenaient par la main. Je vis qu’ils étaient venus au Palais-Royal dans le même(< dessein que moi. Quelques citoyens passifs les suivaient. Messieurs, leur dis-je, voici" un commencement d’attroupement civique : il faut qu’un de nous se dévoue, et“ monte sur une table pour haranguer le peuple. — Montez-y.—J’y consens... Aussitôt" I e fus porté sur la table, plutôt que je n’y montai. A peine y étais-je, que je me" Vl s entouré d’une foule immense : voici ma harangue , que je n’oublierai jamais :

<( Citoyens, il n’y a pas un moment à perdre. J’arrive de Versailles ; M. Necker est" renvoyé : ce renvoi est le tocsin d’une Saint-Barthélemi de patriotes ; ce soir tous les" bataillons suisses et allemands sortiront du Champ-de-Mars pour nous égorger. Il ne" nous reste qu’une ressource, c’est de courir aux armes, et de prendre une cocarde(( pour nous reconnaître.

<( J’avais les larmes aux yeux, et je parlais avec une action que je ne pourrais niK retrouver ni peindre. Ma motion fut reçue avec des applaudissemens infinis. —" Quelles couleurs voulez-vous?... Quelqu’un s’écria : — Choisissez. — Voulez-vous le" Verd, couleur de l’espérance, ou le bleu de Cincinnatus, couleur de la liberté d’Amé -" rique et de la démocratie ?.... Des voix s’élevèrent : — Le verd, couleur de l’espérance...." Alors je m’écriai : Amis, le signal est donné : voici les espions et les satellites de la" police qui me regardent en face. Je ne tomberai pas du moins vivant entre leurs" mains... Puis tirant deux pistolets de ma poche, je dis :—Que tous les citoyens m’imitent..."Je descendis, étouffé d’embrassemens : les uns me serraient contre leurs cœurs ; d’autres" me baignaient de leurs larmes. Un citoyen de Toulouse , craignant pour mes jours," ïie voulut jamais m’abandonner. Cependant on m’avait apporté du ruban verd : j’en" *ms le premier à mon chapeau, et j’en distribuai à ceux qui m’environnaient. »Telle fut la première motion qui établit l’insurrection au Palais-Royal , donna le^gnal de la liberté, et malheureusement fut aussi le signal des mouvemens sanguinaires°m ce même Palais-Royal et d’autres endroits de la capitale ont été depuis les moteurs^ les théâtres. Le citoyen qui eut le courage de la faire a sans doute à se reprochere délire de ses écrits à cette époque, et surtout d’avoir été vendu au duc d’Orléans.

ais il a bien expié ces torts depuis en se dévouant à la mort, pour avoir osé lePremier s’élever contre la tyrannie décemvirale, et la démasquer dans son dernierl°Urnal, intitulé Le Vieux Cordelier. (t)

( l ) Camille avait fait ses études avec Robespierre ; il était lié avec lui de la plus grande intimité :Ce L ne put le sauver. Lorsqu’il fut garotté pour aller à l’échafaud , il criait en écumant de rage :p ^ aut 'il que j’aie été dupe de Robespierre » ! Camille n’était méchant que la plume à la main. Ona appelé le La Fontaine de la révolution, tant il avait de simplicité, de douceur et de bonhommie;^ais sa tête était facile à s’exalter.