DE LA RÉVOLUTION. 19
Nous avons dit le cortège des patriotes et des orléanistes. Il faut donner ici le sens de cettephrase qui paraît se contredire : car rien n’était plus opposé de sentiment que les patriotesdignes de ce nom, qui n’a été avili qu’au moment où les Marat , les Carrier, les Lebon1 °nt usurpé, et les orléanistes, dont le but était le massacre, le pillage et l’anarchie.Les premiers entendaient par le mot révolution la réforme des abus : les derniers vou-aient un changement de dynastie en faveur du duc d’Orléans. Mais les uns et les autres,surtout dans les commencemens de la révolution, paraissaient faire cause commune, seconfondaient, et marchaient ensemble, soit parce qu’un parti avait besoin de l’autre pouretre en force contre la cour et les classes privilégiées, soit parce que les vues régicidesdu duc d’Orléans, et ses projets ambitieux, échappaient encore à la pénétration du plusê r and nombre, qu’il séduisait, qu’il aveuglait, tant par sa feinte popularité, que par lesC cri *s des journalistes et des prôneurs innombrables qu’il avait à ses gages. Il n’est peut-e ^e rien de plus difficile, mais en même temps il n’est rien de plus nécessaire pour^'intelligence de l’histoire de la révolution, que de bien saisir, de bien développer lesMotifs qui faisaient marcher ensemble et comme de front des partis qui étaient cepen-dant bien éloignés de tendre au même but. L’historien de la révolution ne saurait apporter^np de précision, trop d’attention à marquer, dans chacun de nos mouvemens révolu-h°nnaires, non seulement la cause ou le prétexte qui les ont amenés, mais encore lahgne de réunion et celle de démarcation, le point de contact et le point de séparationdes différens partis. Nous ne négligerons rien à cet égard, dans la suite de nos tableaux,P°Ur satisfaire entièrement nos lecteurs, et surtout la postérité, pour qui, sans ceseclaircissemens, l’histoire de nos orages politiques serait un chaos incompréhensible,1111 labyrinthe inextricable.