42 TABLEAUX HISTORIQUES
de force les passans pour aller brûler les maisons des aristocrates , nom sous lequel ilscomprenaient tous les propriétaires et même tout homme dont le maintien annonçaitquelque aisance. On eût dit que Paris allait être leur proie , d’autant plus que, dans cettealarme universelle , on confondait les tentatives que faisait la liberté pour se procurerdes armes, et les attentats que méditaient la licence et le brigandage.
Mais bientôt le besoin général rallia tous les amis de l’ordre. Les bourgeois s’armèrent;le tocsin de chaque paroisse les appela dans leurs districts. Chaque district vota deuxcents hommes pour sa défense. On en forme des compagnies : elles marchent sous deschefs nommés par elles , un magistrat , un marchand , un chevalier de Saint-Louis,un homme de lettres , un procureur , un acteur ; tous sont égaux , citoyens , frères.Des curés vénérables par leur âge et par leurs vertus, marchent à la tête de leursparoissiens armés, prêchant ou ordonnant le calme et la paix. Les cohortes citoyennesse divisent selon le besoin : elles prennent différens noms , Volontaires des Tuileries , duPalais-Royal , etc. Les armes manquaient, on en cherche. On se saisit de celles qui setrouvent chez les armuriers et les fourbisseurs : on expédie un reçu de ce qu’on emporte,qu’on promet de rendre, et que depuis on rendit en effet. Point d’effraction , point devol : tout se passait en règle autant que le permettait une nécessité si instante. Ondépouille le guet de ses armes. On court dans tous les lieux où l’on croit en trouverainsi que des canons. On délivre les prisonniers de l’hôtel de la Force , à l’exceptiondes criminels ; on arrête des voitures chargées d’effets , un batteau chargé de poudre ,que l’on conduit à la ville ; on établit des barricades , des tranchées , dans les faubourgs ;enfin on se dispose soit à soutenir un. siège , soit à repousser l’attaque dont on étaitmenacé.
Voilà ce que le peuple fit par lui-même , et comme d’un mouvement subit et spontané,tandis que , dans les districts , on cherchait les moyens d’imprimer à ce mouvement unedirection plus régulière et mieux ordonnée. On commença par envoyer des députationsà rhôtel-de-vàlle , où , depuis l’ouverture des Etats-généraux , les électeurs étaient dansl’usage de s’assembler ; mesure prudente, à laquelle la faction même d’Orléans n’osas’opposer , et qui devint le salut de la patrie. Là , dès six heures du matin , les électeurs,devenus magistrats provisoires par la confiance du peuple et par la nécessité , proposent,délibèrent , exécutent. Ils établissent entre eux et les districts une correspondance activeet continuelle. On cherche à donner à l’assemblée des électeurs une forme légale. Onmande le prévôt des marchands. Il arrive , et le peuple applaudit. Il offre de se démettrede sa place, et ne veut, dit-il, la tenir que de la confiance de ses concitoyens: on refusesa démission. Cependant le tumulte augmente , et l’assemblée ne peut suffire à toutes lesdemandes , à toutes les plaintes. On forme un comité permanent, qui doit rester assemblejour et nuit pour rétablir la tranquillité publique. On crée différens bureaux , afin depourvoir aux différens objets de sûreté ou d’utilité , subsistances , formation de milieuparisienne , etc. On arrête provisoirement qu’elle sera de quarante-huit mille hommes 5mesure sage , qui augmenta la confiance et rassura les esprits timides. Toutes ces déH r ‘bérations se prenaient en présence du peuple, dont une partie remplissait la salle, tandisque le grand nombre faisait retentir la place de Grève d’acclamations à l’arrivée desgrains , des canons , des soldats , des voitures chargées de meubles et d’effets. Cetteplace semblait tour-à-tour un camp , un marché , un port, un arsenal.
Telles étaient les opérations achevées avant deux heures ; celles de l’après-midi n efurent ni moins rapides ni moins étonnantes.
Effectuer la formation de la milice parisienne ; en promulguer le réglement à l’instantmême ; nommer les principaux chefs ; entendre tous les renseignemens donnés par ^ elieutenant de police , recevoir l’adhésion de tous les districts , de toutes les corporations?