44 TABLEAUX HISTORIQUES, etc.
aux balcons , aux fenêtres , des meubles , des ustensiles pesans , des bûches , et jusqu’auxpavés des rues : précautions inutiles , puisque , dès la nuit même , les régimens campesaux Champs-Elysées se retirèrent et disparurent.
Telle fut cette journée qui s’annonçait d’une manière si formidable , qui commençala destruction de l’ancien gouvernement et prépara la naissance du nouveau , qui vits’élever tout-à-coup une ombre de puissance civile et de force militaire capables deremplacer celles qui venaient de disparaître ; faibles appuis , frêles étais sans doute ,mais qui heureusement suffirent à soutenir l’édifice social prêt à crouler. Paris , le matinlivré aux brigands , compta le soir cent mille défenseurs. Le peuple se montra diguede la liberté : il en fit les actions , il en parla le langage. Même intrépidité , mêmepatriotisme dans les arrêtés de tous les districts , de toutes les corporations -, et quelquestraits d’éloquence antique se firent remarquer dans les discours de plus d’un orateur-Nombre de traits de vertu brillèrent parmi la classe d’hommes les plus opprimés , etque , par cette raison , on croyait les plus avilis. Un homme presque sans vêtemensavait sauvé un citoyen opulent d’un grand danger. Celui-ci le prie d’accepter un écu-Vous ne savez donc pas , répondit le pauvre , qu’aujourd’hui l’argent ne sert plus arien ? En voulez-vous la preuve ? Qui veut cet écu ? ajouta-t-il : c’est monsieur qui I edonne. — Point d’argent ! point d’argent! s’écrièrent ses camarades. Quelques traits degaieté française se mêlèrent même à ces scènes passionnées. Un petit marchand, ayantsurfait les cocardes tricolores, qui venaient d’être substituées à la cocarde verte , futmenacé par les assistans d’être traité en criminel de lèse-révolution. Enfin , ce qu’il fautcompter pour beaucoup , aucun crime ne se mêla aux orages de cette journée ; car dne faut pas attribuer au peuple l’incendie de Saint-Lazare, œuvre d’une bande de scélérats ,soudoyés dès long-temps peut-être par la faction d’Orléans , pour la plupart étrangers-Ces deux dernières circonstances sont la seule consolation que nous puissions présenterà nos lecteurs en leur offrant le tableau suivant, dont leur ame va être douloureusementaffectée. '
\