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Cependant la punition approchait, et la plupart la portaient déjà dans leur sein : ilss’étaient empoisonnés par des liqueurs qu’ils avaient stupidement hues dans la pharmaciede Saint-Lazare. Aux autres l’excès du vin tint lieu de poison ; et plusieurs , en tombantet restant couchés à terre, furent dépouillés d’abord et enfin assassinés par leurs camarades.Un grand nombre était demeuré à Saint-Lazare , où , après avoir forcé les caves , iBs’étaient endormis ivres morts , tandis que d’autres furieux, ayant brisé une multitudede tonneaux , occasionnèrent un déluge où furent engloutis plusieurs même de ceux quil’avaient causé, ainsi que nombre de femmes et d’enfans qu’on y trouva noyés quelquesjours après ( i ).
A ce tableau d’horreurs , à cette dégradation de la nature humaine , opposons un actede courage , un trait d’intrépidité , qui la rehausse dans ce lieu même où elle se montresi horriblement avilie. Tandis que ces scélérats déployaient leurs fureurs contre eux-mêmes et jonchaient de leurs cadavres la maison de Saint-Lazare et les rues adjacentes,un de leurs chefs se rappelle qu’ils avaient oublié le pillage de l’église , échappée commepar miracle à leur sacrilège frénésie : il les invite à ce nouvean crime , qu’il appellel’ordre du jour. Ils courent aux portes , qu’ils trouvent fermées et qu’ils enfoncent. IBentrent. Que voient-ils ? Un homme seul, un prêtre (2). Où allez-vous , impies ? leurdit-il d’une voix ferme et imposante.—Le trésor , le trésor de l’église! s’écrie la hordefurieuse et menaçante. Lui tranquille et calme , il les regarde ; et , ce qui étonne , il s’enfait écouter. Il leur représente l’horreur de ce forfait, les intimide , parvient à toucherceux qui l’entendent. Mais la foule des brigands s’accroît -, les survenans allaient se préci-piter sur l’orateur. Frappez, dit-il en leur présentant un couteau , frappez 5 et, puisquevous voulez vous souiller d’un forfait impie, percez-moi le cœur avant que de toucher à cedépôt sacré. Croirait-on que ces monstres , interdits et déconcertés , se retirèrent commesaisis de terreur ?
Une dernière délibération décida qu’il fallait détruire la maison de fond en comble 5et , pour commencer , ils mirent le feu aux écuries. Déjà la flamme , en s’élevant , avaitrépandu la consternation dans les quartiers voisins, Les pompiers arrivent de toutesparts : mais , assaillis et maltraités par les brigands , ils se retirèrent consternés. Heu-reusement trois ou quatre cents gardes-françaises , mieux instruits du péril et de sesconséquences , voulurent bien s’élever au-dessus de leur consigne , et croire enfin qu ela police les regardait. Quelques décharges de fusils purgèrent le terrain de ces brigands ?et assurèrent le travail des pompiers , qui coupèrent les bâtimens voisins , et empêchèrentle progrès des flammes. Un champ de bataille offre un spectacle moins révoltant qu el’aspect de l’enceinte des environs de Saint-Lazare , ruisselans de sang , couverts demourans, de morts , de lambeaux humains \ ces monstres avaient poussé la fureur jusqn’ as’entre-déchirer après de tels forfaits. La plume tombe des mains , et on rougit d’êtrehomme.
( 1 ) Voici un évènement bien remarquable , et que nous abandonnons aux réflexions de nos lecteurs.La femme d’un savetier , loge à coté des petites écuries du roi , se transporte, quoiqu’enceinte de neufmois, au pillage de la maison de Saint-Lazare. Elle accouche , morte ivre , dans ces mêmes caves qu’onvenait d’inonder de vin. Croirait-on qu on 1 en retira , quelques heures après , ainsi que son nouveauné, tous deux sains et saufs ? Si quelque chose prouve la destinée , c’est assurément ce fait.
(2) M. Pioret.