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Tome premier.
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48 TABLEAUX HISTORIQUES, etc.

Cependant la punition approchait, et la plupart la portaient déjà dans leur sein : ilssétaient empoisonnés par des liqueurs quils avaient stupidement hues dans la pharmaciede Saint-Lazare. Aux autres lexcès du vin tint lieu de poison ; et plusieurs , en tombantet restant couchés à terre, furent dépouillés dabord et enfin assassinés par leurs camarades.Un grand nombre était demeuré à Saint-Lazare , , après avoir forcé les caves , iBsétaient endormis ivres morts , tandis que dautres furieux, ayant brisé une multitudede tonneaux , occasionnèrent un déluge furent engloutis plusieurs même de ceux quilavaient causé, ainsi que nombre de femmes et denfans quon y trouva noyés quelquesjours après ( i ).

A ce tableau dhorreurs , à cette dégradation de la nature humaine , opposons un actede courage , un trait dintrépidité , qui la rehausse dans ce lieu même elle se montresi horriblement avilie. Tandis que ces scélérats déployaient leurs fureurs contre eux-mêmes et jonchaient de leurs cadavres la maison de Saint-Lazare et les rues adjacentes,un de leurs chefs se rappelle quils avaient oublié le pillage de léglise , échappée commepar miracle à leur sacrilège frénésie : il les invite à ce nouvean crime , quil appellelordre du jour. Ils courent aux portes , quils trouvent fermées et quils enfoncent. IBentrent. Que voient-ils ? Un homme seul, un prêtre (2). allez-vous , impies ? leurdit-il dune voix ferme et imposante.Le trésor , le trésor de léglise! sécrie la hordefurieuse et menaçante. Lui tranquille et calme , il les regarde ; et , ce qui étonne , il senfait écouter. Il leur représente lhorreur de ce forfait, les intimide , parvient à toucherceux qui lentendent. Mais la foule des brigands saccroît -, les survenans allaient se préci-piter sur lorateur. Frappez, dit-il en leur présentant un couteau , frappez 5 et, puisquevous voulez vous souiller dun forfait impie, percez-moi le cœur avant que de toucher à cedépôt sacré. Croirait-on que ces monstres , interdits et déconcertés , se retirèrent commesaisis de terreur ?

Une dernière délibération décida quil fallait détruire la maison de fond en comble 5et , pour commencer , ils mirent le feu aux écuries. Déjà la flamme , en sélevant , avaitrépandu la consternation dans les quartiers voisins, Les pompiers arrivent de toutesparts : mais , assaillis et maltraités par les brigands , ils se retirèrent consternés. Heu-reusement trois ou quatre cents gardes-françaises , mieux instruits du péril et de sesconséquences , voulurent bien sélever au-dessus de leur consigne , et croire enfin qu ela police les regardait. Quelques décharges de fusils purgèrent le terrain de ces brigands ?et assurèrent le travail des pompiers , qui coupèrent les bâtimens voisins , et empêchèrentle progrès des flammes. Un champ de bataille offre un spectacle moins révoltant qu elaspect de lenceinte des environs de Saint-Lazare , ruisselans de sang , couverts demourans, de morts , de lambeaux humains \ ces monstres avaient poussé la fureur jusqn asentre-déchirer après de tels forfaits. La plume tombe des mains , et on rougit dêtrehomme.

( 1 ) Voici un évènement bien remarquable , et que nous abandonnons aux réflexions de nos lecteurs.La femme dun savetier , loge à coté des petites écuries du roi , se transporte, quoiquenceinte de neufmois, au pillage de la maison de Saint-Lazare. Elle accouche , morte ivre , dans ces mêmes caves quonvenait dinonder de vin. Croirait-on qu on 1 en retira , quelques heures après , ainsi que son nouveau, tous deux sains et saufs ? Si quelque chose prouve la destinée , cest assurément ce fait.

(2) M. Pioret.