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importans , si rapides , la Bastille occupait encore tous les esprits ; l’ivresse publiquese prolongeait par la découverte des mystères affreux recelés dans son sein. C’est-laque la tyrannie avait enfoui ses archives , le récit détaillé de ses propres forfaits , lesdépositions de ses émissaires et de ses délateurs , la liste de ses victimes , les preuvesirrécusables de la barbarie de ses ministres , tracées de leurs propres mains. Ces vilsécrits, ces odieux registres , livrés au pillage , circulent dans Paris et de là dans toutl’empire, comme pour rehausser aux yeux des Français le prix de leur nouvelleconquête et de la liberté qui en est la récompense. Bientôt tous les arts s’empressent decélébrer l’une et l’autre. Chacun d’eux reproduit, sous les formes qui lui sont propres ,ce glorieux évènement Les théâtres , les jeux publics en retracent les principales cir-constances. Les vainqueurs de la Bastille assistent à leur propre éloge prononcé dansle sénat de la nation , dans les temples de la capitale. La patrie adopte ceux qui ontéchappé au feu des assiégés , les blessés , les veuves et les enfans des morts. Ainsil’enthousiasme se soutient et se perpétue. Les étrangers le partagent. Il s’étend au-delàdes mers. Ce grand jour est une fête pour l’Europe , ou plutôt pour le monde entier ,dont toutes les contrées ont fourni à ce labyrinthe, à ces cachots , des victimes de toutrang, des deux sexes , de tous les âges ( i ). Le i4 juillet a vengé tous les peuples.L’humanité applaudit à la destruction de cet odieux château , tandis qu’une de ses clefs ,envoyée dans un autre hémisphère à l’un des auteurs de l’indépendance américaine ,lui apprend que les Français n’ont pas inutilement servi sous ses yeux la cause de laliberté. Car eût-on alors pu prévoir que , sous Robespierre , cent mille Bastilles rempla-ceraient celle qu’on venait de renverser ?