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Tome premier.
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71
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DE LA RÉVOLUTION. 71

^ Ue tous les Français sentaient à-la-fois que de ce jour seulement ils avaient une patrie ;et 5 de l’enthousiasme soudain qu’inspirait cette idée , s’échappaient en même tempse s sentimens les plus élevés , comme autant de sources nouvelles qui se font jour etjaillissent au même instant. L’égoïsme semblait anéanti ; et l’intérêt du salut particulierSe manifestait par les signes d’un intérêt plus noble , la conservation de tous.

Parmi ces traits , dont on pourrait rapporter un grand nombre , nous n’en citeronsun seul des plus remarquables.

jeune homme , M. Mandar , occupé toute la matinée de différentes fonctionspubliques et volontaires , comme tous les citoyens , apprit , en se transportant auxInvalides , que la Bastille était prise. Désespéré de n’avoir pas eu part à l’honneur deCe succès , il lui vient à l’esprit de se consoler en rendant à ses concitoyens un serviceess entiel. U n’avait pu vaincre avec eux : il voulut tirer parti de leur victoire et duPremier effet que produirait sur les troupes postées au Champ de Mars la nouvellede la prise de la Bastille. U communique à ses compagnons la démarche qu’il médite.Q u elques-uns la trouvent impraticable , d’autres inutile ; tous la croient dangereuseP°nr l u i, et s’efforcent de l’en détourner. Mais il était inébranlable dans sa résolution.Cet enthousiasme, commun depuis quelques jours au plus grand nombre des habitanse Paris , exaltait, dans une ame naturellement ferme et intrépide , les idées de libertéet d’indépendance que la culture des lettres (1) et la lecture des écrivains de l’antiquité^dent presque indestructibles dans les hommes nés pour les passions généreuses,^poussant tout conseil timide de ses compagnons , et même écartant ceux que pouvait

I donner sa propre faiblesse déguisée en prudence , il se sépare de sa troupe et^rche vers l’École militaire , où le général était logé. De là il s’avance au campj ^ Champ de Mars , où le chef se trouve en ce moment : il pénètre jusqu’à lui ; ilUl dit que la Bastille est conquise , que M. de Launay vient de périr. On conçoitT 1 elle fut la surprise du commandant suisse . M. de Bezenval était un courtisan faible,mais d n’était ni cruel ni barbare. Tranquille et de sang froid, il se contente d’observerT l e cette nouvelle de la prise de la Bastille était invraisemblable ; que Henri IV , quiaVa it assiégé cette forteresse , n’avait pu s’en emparer. Le jeune homme, que l’incrédulité

II général échauffe sans l’étonner, atteste la vérité de ses récits , et, pour garant, offretete. Je vous oberve , ajoute-t-il, que je suis ici dans un camp : vous seul y commandez;**0 puis en sortir que de votre consentement. Que je perde la liberté et la vie , si ce

d Ue je dis n’est pas vrai. Le vieux officier , ne pouvant guère alors conserver de doutestlr la vérité des faits se contenta de marquer sa surprise tant sur les faits eux-mêmes ,T le sur la hardiesse du projet de venir les lui apprendre, et d’avoir pu réussir à parvenir)Us qu’à lui ; et, mêlant au flegme de son caractère et de son âge une sorte d’intérêt^otne d’émotion, il dit à M. Mandar : Retournez vers vos concitoyens , et dites-leurje ne sers point contre eux. Je ne tirerai point l’épée contre les Parisiens : je suisj Cl P°ur donner du secours à la ville , dans le cas où elle en aurait besoin contre^ brigands. Le jeune homme , frappé de la réponse du général, et persévérant danse spérance de l’engager à la retraite , lui dit que la seule manière de secourir Paris ,Gst d en éloigner les troupes , dont le voisinage y redouble les périls et les alarmes ;Tte la retraite du général peut seule prévenir l’effusion du sang humain et le carnage°tit le Champ de Mars va être infailliblement le théâtre. Le général répond qu il vaPrendre les ordres de la cour. Ne prenez , Monsieur , lui réplique-t-il , ne prenez\ que de vous-même , de votre amour pour la paix , si vous ne voulez répandrepure perte , dans cette même place , le sang de vos concitoyens , prêts d’attaquer ,

C 1 ) M. Mandar est le traducteur de l’excellent livre de Needain * intitulé de la Souveraineté duu ple , Qt c i e l' e xcellence d'un état libre.