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Tome premier.
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DE LA RÉVOLUTION.

a la suite d’une charrette , dans la plus grande chaleur du midi, l’abreuvant en route

de vinaigre poivré. C’est ainsi qu’il fut conduit à l’hôtel-de-ville , à travers les huées

et les imprécations d’une multitude furieuse et menaçante. Là , dans la grande salle j

tout le peuple à son aspect, s’écria , Pendu , pendu sur-le-champ ! Les électeurs , le maire

ensuite , employèrent tour-à-tour tous les moyens de persuasion , pour obtenir que

1 accusé ou le coupable fut jugé légalement et envoyé à l’abbaye de Saint-Germain. Le

cri fatal et négatif fut constamment la même réponse. Enfin M. Lafayette arriva, et,

par un discours adroit où il feignoit d’être ennemi de M. Foulon pour le soustraire

a la violence et l’abandonner aux lois , il paroissoit avoir ébranlé la multitude : mais

1 accusé ayant entendu cette conclusion , et sans doute voulant montrer qu’il ne craignoit

pas la rigueur des lois, battit des mains. Ce fut le signal d’un redoublement de fureur

P°pulaire : « Us sont de connivence , on veut le sauver » , s’écria-t-on de toutes parts ;

et 11 fut entraîné au dehors comme par une force invincible. On le pousse , on le traîne

dans la place et jusqu’à une boutique où près d’un buste de Louis XIV , étoit suspendu

Un reverbere, devenu trop célébré dans la révolution par cet odieux cri : A la

interne! On descend ce reverbere , on suspend le malheureux Foulon à la corde fatale ;elle

déchi

easse juqu’à trois fois sous le poids de ce corps colossal. On le massacre, on ler e par morceaux ; on lui coupe la tête , on la porte au bout d’une pique par toute

l a ville , et surtout au Palais-Royal , station solemnelle de tous ces affreux trophées.

Peut-être nul autre lieu dans l’univers n’offroit, à cette époque , et notamment dansc ette journée , un ensemble de contraste plus bizarres, plus saillants , plus monstrueux,^eluî qui écrit ces lignes , et qui par hazard se trouva présent à ce spectacle, enc °nserve , après trois ans , la mémoire encore vive et récente. Qu’on se figure , àfteuf heures du soir 9 dans ce jardin environné de maisons inégalement éclairées , entrees allées illuminées de lampions posés aux pieds des arbres , sous deux ou trois tentesdressées pour recevoir ceux qui veulent prendre des rafraîchissements , causer, sedivertir : qu’on se figure tous les âges , tous les rangs, les deux sexes , tous les cos-tumes , mélangés et confondus sans trouble , et même sans crainte , car les dangers31 ex istoient plus ; des soldats de toute arme parlant de leurs derniers exploits ; de jeunesfemmes parlant de spectacles et de plaisirs *, des gardes nationaux parisiens , encoreSans uniforme , mais armés de baïonnettes ; des moissonneurs chargés de croissants ou*fe feulx j des citoyens bien vêtus conversant avec eux ; les ris de la folie près d’unec °uversation politique ; ici le récit d’un meurtre , là le chant d’un vaudeville ; les pro-positions de la débauche à côté du treteau d’un motionnaire. En six minutes on pouvoitcroire dans une tabagie , dans un bal, dans une foire, dans un serrail, dans un camp.Au milieu de ce désordre et de l’étonnement qu’il causoit, je ne sais quelle confusionidées rappeloit en même temps à l’esprit Athènes et Constantinople , Sybaris etiger. Tout-à-coup un bruit nouveau se fait entendre , c’est celui du tambour : ilCttimande le silence. Deux torches s’élèvent et attirent les yeux. Quel spectacle ! Unee livide et sanglante éclairée d’une horrible lueur ! Un homme qui précédé , et crieAurie voix lugubre, Laissez passer la justice du peuple ; et les assistants muets qui