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Tome premier.
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9 o TABLEAUX HISTORIQUES

appelée depuis la nuit des sacrifices. Le peuple, au milieu de cette ivresse , ne veillaitpas moins à tout, et ses nouveaux succès ne le rassuraient pas. Quelques citoyensvoient passer un bateau au port S.-Paul : ils s’informent de sa cargaison. On leurrépond que c’étaient des poudres et des munitions , qui venaient d’être tirées de l’arsenal,et dont la destination était pour Essone . On s’alarme ; le peuple se rassemble , I e

tumulte s’accroît t les esprits s’échauffent. On mande ceux à qui la garde des munitionsde l’arsenal est confiée. Ils montrent leur ordre , et cet ordre est signé De la Salle pour

le M is de Lafayette. Aussitôt M. de la Salle est un traître. On court en foule à la Grève,on demande sa tête \ on prépare le fatal réverbère. Heureusement M. de la Salle n’étaitpoint à l’hôtel-de-ville. Il s’y rendait dans sa voiture , lorsque retardé dans sa route par lamultitude qui remplissait la rue , il demande quel est le sujet de ce tumulte. On lui dit,sans le connaître , qu’on en veut à un traître , au M 1S de la Salle. Il dissimule sa surpriseet sa crainte , descend de sa voiture , et va chercher un asile chez un ami.

Cependant le peuple parcourt tous les appartemens de l’hôtel-de-ville, enfonce toutesles portes , visite les coins les plus obscurs , et cherche même sous la cloche de l’horloge-En vain leur attestait-on l’innocence de M. de la Salle ; en vain leur expliquait-on cetordre et la cause de cet ordre *, que cette poudre était d’une qualité inférieure , qu’onl’échangeait contre une poudre d’une meilleure espèce , attendue d’Essone ; que cette

mauvaise qualité de poudre, appelée poudre de traite .( i ) Poudre de traître , s’écrient

quelques forcenés ; et cette cruelle plaisanterie , en circulant , augmentait encore lafureur de la multitude.

Le général Lafayette , qui avait été appelé pour expliquer l’ordre donné en sonnom par M. le M is de la Salle , et qui n’avait pas donné cet ordre , se trouva justifié;mais il augmentait le péril de son lieutenant. Il s’en tira avec habileté. Il parut entrerdans le ressentiment du peuple, fit chercher l’accusé , gagna du temps , donna différensordres , et attendait le retour de ceux qu’il en avait chargés. « La nuit avançait , dit» M. Dussault, témoin oculaire de cette scène , et les esprits n’en étaient pas moins» agités dans notre salle. On y voulait du sang. Les cris de la Grève augmentaient l a» terreur parmi nous, et déjà les imaginations ardentes de quelques-uns de nos collègues» se représentaient les ombres sanglantes des Foulon et des Berthier errants dans notr e» salle. »

En cet instant un sergent vint parler à l’oreille de M. de Lafayette. « C’en est assez, ”dit le général au peuple qui remplissait la salle. « Mes amis , ajoute-t-il , vous êtes» fatigués , et je n’en puis plus 5 croyez-moi, allons nous coucher tranquillement. A u» reste sachez que la Grève est libre maintenant. Je vous jure que Paris ne fut jamais» plus tranquille $ allons , que l’on se retire en bonnes gens. »

A ces mots plusieurs s’élancent vers les fenêtres : ils regardent, et sont consternés dece qu’ils voient, l’ordre rétabli à leur insu. Au lieu de ceux qui les appuyaient , q Ll1les excitaient , ils ne voient plus que de nombreux détachemens arrivés des différens

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(x) On appelle poudre de traite une espèce de poudre particulière quiet qu’on réservait pour lé commerce de la côte de Guinée, lors de la traite des Nègres.