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Tome premier.
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DE LA RÉVOLUTION. 9 5

d’artillerie. Enfin des détachemens de l’armée parisienne visitèrent plusieurs châteaux ,appartenans , non plus à des princes, à des maréchaux de France , à des lieutenans-généraux, mais à des financiers, à des millionnaires qui les avaient légalement conquissur les descendans de ces guerriers , et qui , par une vanité qu’on ne peut excuser , yavaient laissé des canons pris dans les batailles par leurs illustres devanciers.

M. Lafayette était obligé de donner des ordres pour ces différentes expéditions,qui étaient supposées lui plaire , parce que l’un des premiers il avait apporté desEtats-Unis cette phrase bien connue en Amérique , mais neuve alors chez nous , et dontl’abus a causé tant de maux, l’insurrection, est le plus saint des devoirs ( i ). On a vu dequel usage ont été depuis tous ces canons, lorsqu’il s’est agi d’envoyer des détachemensà de grandes distances pour faire cesser les désordres excités quelquefois par les ennemisde la révolution , mais plus souvent encore par les Orléanistes , et les disciples deMarat . Nous remarquerons à ce sujet ce qui a été observé dans un grand nombre decirconstances depuis la révolution , que l’instinct du peuple l’a mieux conduit que nel’eut fait la raison plus ou moins éclairée de la plupart de ses chefs , même les mieuxintentionnés. Que fut-il devenu en effet, s’il n’eût créé en quelque sorte , dans sonpropre sein, une force armée capable de repousser l’anarchie , ou même la portion depuissance nationale encore placée sous la main de ses adversaires ?

Toutes ces courses, ces prises de canons , expéditions plus bruyantes que militaires ,plus illégales que légitimes , servaient pourtant , il faut l’avouer , à entretenir l’ardeurdu peuple. La rentrée dans la capitable était une fête , un triomphe. Indépendammentdes canons , les dépôts d’armes cachées qu’on découvrait sans cesse , manifestaient desintentions menaçantes qui commandaient au peuple une surveillance nouvelle. C’est unedes causes qui empêchèrent la renonciation aux droits féodaux de ramener le calmecomme l’avaient annoncé les deux membres de la noblesse qui la proposèrent : elleservit seulement à prévenir de plus grands malheurs. Cette proposition honora ceuxqui l’acceptèrent -, elle aurait dû rendre chers au peuple ceux qui la firent. En effet ,après une telle démarche on les crut dignes de marcher au moins du même pas quela révolution, quelque loin qu’elle pût aller. Mais il était de la destinée des nobles françaisde présenter à peine quelques hommes capables de la suivre usqu’à son dernier terme.C’est un plaisir qui n’est pas digne d’un philosophe d’observer à quel période de la^évolution chacun d’eux l’a délaissée, ou a pris parti contre elle. Tel l’a suivie ouaccompagnée après le veto suspensif, qui l’eût abandonnée si le roi n’eût été mis enPossession de ce privilège. Tel autre a quitté la France à la destruction de la royauté,qui , passant condamnation sur la royauté héréditaire, fût demeuré Français si on eûtétabli la royauté élective. Les préjugés , l’habitude , l’irréflexion , entraînèrent -«euxque l’intérêt personnel n’avait pu dominer. Sous cet aspect, purement moral et philo-sophique , la révolution a fourni des faits qui , dans l’espace de peu de mois , ont plusavancé un observateur dans la connaissance de l’homme , que ne l’eussent put faireVl ugt années dans la société , à toute autre époque.

( 1 ) M. Lafayette pensait qu’on ne saurait trop respecter les personnes et les propriétés. Il en adonné plus d’une preuve pendant la révolution.