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Tome premier.
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DE LA RÉVOLUTION. I07

Chaque bataillon avait son drapeau : ils avaient tous été bénis dans les principalese glises de chaque district : on imagina de les bénir encore tous à-la-fois dans l’église deNotre-Dame , au milieu d’une cérémonie pompeuse et d’une solennité religieuse etguerrière. Le ministre Saint-Priest écrivit à M. Lafayette cette lettre qui fait voir qu’alorsk roi approuvait , ou feignait d’approuver les moyens propres à ramener l’ordre etfo calme : « Le roi m’a prescrit , monsieur le marquis , d’ordonner qu’on tirât du(< magasin des Menus tout ce qui s’y trouve pouvant servir à l’ornement de l’église

« de Notre-Dame le jour de la bénédiction des drapeaux. Je me fais honneur de

l< concourir à la dignité d’une cérémonie où l’on consacrera les drapeaux d’une troupeK Nationale dont sa majesté compte faire usage dans toutes les circonstances importantes(< de l’Etat. Le repos actuel de la capitale est une de ces occasions essentielles. Sa majesté<( Voit avec satisfaction que votre zèle et celui des milices parisiennes s’y consacrentK sans réserve, etc. »

Dès le lever de l’aurore , on appela dans tous les districts les soldats citoyensautour de leurs bannières. Le rendez-vous général était devant l’hôtel de la commune.Toutes les rues furent bientôt remplies de bataillons sous les armes , marchant enseignesdéployées , au roulement des tambours , au son des instrumens guerriers , au bruit desfrains d’artillerie , qui portaient avec fracas au temple d’un Dieu de paix l’appareilMenaçant de la guerre. Le maire à la tête des représentans de la commune et des députésde tous les districts de Paris , l’état-major de la garde citoyenne , les députés de Paris a l’assemblée nationale , escortés par une troupe choisie, s’étaient rendus d’avance de1 hôtel de la commune à la cathédrale. Toute l’église était parée comme pour une pompetriomphale: les décorations profanes qu’avait offerte la munificence du roi étaient jointeset entrelacées aux ornemens religieux du lieu saint. Une foule innombrable remplissaitl Çs tribunes et les bas-côtés de l’église ; et , lorsque les troupes s’avancèrent en bon°rdre dans la nef qui leur était réservée, lorsque les tambours et l’harmonie militaireSentirent sous les voûtes du temple , lorsque les drapeaux , rangés autour de l’autel,Armèrent une couronne ondoyante / lorsque la vapeur de l’encens s’éleva dans les airsa Vec les chans pieux des ministres du culte , tous les sens frappés ensemble reçurent lesimpressions les plus vives et les plus profondes.

Au milieu de cette cérémonie auguste , un orateur, le même qui dans un autresolennité avait consacré son éloquence aux mânes des héros immolés par le canon de labastille , l’abbé Fauchet, monte en chaire ; et le souvenir de son premier triomphe ,la réputation de son talent , l’autorité de son patriotisme , lui assurent déjà l’attentionet fo faveur de l’auditoire. Sincèrement et passionnément épris de la liberté , de la loinouvelle , il suivait les élans de son cœur en lui vouant ses travaux oratoires. Il étaits °n missionnaire, il eût été son martyr (i). U trouva dans le prophète Isaïe un textesublime merveilleusement adapté aux lieux et aux circonstances : « En ce temps un<( grand hommage sera rendu au Dieu des armées par un peuple jusqu’alors divisé et

" déchiré, par un peuple devenu terrible_ Cette nation qui avait long-temps attendu

" la justice, cette nation toujours foulée aux pieds par ses ennemis qui possédaient sa(< terre comme des fleuves qui la dévorent, se réunira dans le lieu où est invoqué le" Dieu des armées. »

Témoin de cette application des rites et des livres du christianisme aux conquêtese la liberté , le spectateur philosophe jouissait tout autrement que le vulgaire. IlP°Uvait dire au fond de son cœur : Si quelquefois des étendards furent bénis dans ce

A) Il le devint en effet par la suite, lorsqu’après avoir été nommé éveque du Calvados il futa *foit au tribunal sanguinaire de Fouquier-ïhinville, et jugé à mort comme complice des Girondinsarr etés le mai.