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Tome premier.
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DE LA RÉVOLUTION. m

devaient donner aux officiers du régiment de Flandre . Ceux des dragons et des chasseursqui se trouvaient à Versailles , ceux des gardes-suisses , des cent-suisses s de la prévôté,1 état-major et quelques officiers de la garde nationale , y sont aussi invités. On choisitpour lieu du festin la grande salle des spectacles > exclusivement destinée aux fêtes lesplus solennelles de la cour , et qui, depuis celles du mariage du second frère du roi ,oo s’était ouverte que pour l’empereur Joseph II .

L’intérieur de cette salle avait reçu de l’architecte trois dispositions différentes , selonqu’elle devait servir, soit aux représentations dramatiques , soit aux bals parés , soite ufin aux banquets de la cour. Le parterre restant à sa place , ou s’élevant au niveaudu théâtre , ou se divisant de manière à contenir des tables immenses autour desquellesle service circulait avec facilité , donnait à la salle entière l’une ou l’autre de ces troisformes. Au jour fixé , elle parut sous la troisième ; l’illumination était magnifique : ler eflet des lumières dans toutes les glaces qui ornent le fond des loges produisait un effetMagique. La table était splendidement servie. La musique des gardes-du-corps et durégiment de Flandre flattait délicieusement l’oreille ; et lorsqu’elle se taisait , des santéséclatantes faisaient résonner à sa place l’écho de cette salle , qui n’avait jamais répétéd’aussi bruyantes explosions. La santé du roi , celle de la reine , du dauphin , de lafamille royale , furent portées avec acclamations 5 celle de la nation fut proposée , unsilence universel fut toute la réponse.

Au second service on fit entrer dans les loges les grenadiers de Flandre , les Suisses ,l es chasseurs , émerveillés de ce spectacle, frappés surtout de voir un capitaine desgardes , un duc de Grammont, un duc de Guiche , assister à un repas donné par deS1 mples gardes , ce que, de mémoire de soldat , nul autre capitaine de ce corps n’avaitJamais fait avant lui. Mais on leur ménageait, on ménageait aux convives , une bienautre surprise. Tout-à-coup on annonce le roi : le roi entre en habit de chasse ; il entreavec la reine , qui conduit par la main le prince-royal, encore alors appelé le dauphin.La reine s’avance jusqu’au bord du parquet avec son fils : elle le prend dans ses bras,et fait le tour de la table parée de ce précieux fardeau. Les cris d’alégresse et de viveh roi, les acclamations , les applaudissemens, retentissent alors sans mesure. Les gardes-du-corps , les grenadiers , les soldats , l’épée nue à la main, portent a grands cris les* r °is santés royales.

La fête , qui jusques-là n’était animée que par une gaieté libre , mais encore decente,Se change alors en une orgie complète. Les vins les plus délicieux coulent avec uneMunificence royale. Les têtes s’exaltent, et la musique vient encore ajouter au délire.Llle fait entendre cet air , O Richard, ô mon roi > l’univers t’abandonne ! air dont 1 allusionne pouvait manquer d’être parfaitement saisie. On sonne la charge ; les convives chan-uolans escaladent les loges, imitant l’assaut de Blondel dans la pièce de Richard. Us ser épandent en propos imprudens. La cocarde nationale est proscrite : on offre la cocardeblanche , et plusieurs capitaines de la garde nationale de Versailles ont la faiblesse de1 accepter. Cependant on s’était porté en foule à la suite de la cour. Des gardes-du-corps,des officiers , des soldats ivres, remplissaient en désordre la cour de marbre. Un aide-de-camp de M. d’Estaing escalade le balcon de l’appartement du roi 5 il arbore la cocardeblanche ; on l’applaudit : il décore de sa croix de Limbourg un grenadier de Flandre