n 4 TABLEAUX HISTORIQUES
les boutiques, s’avancent vers la place de Grève , s’y joignent aux premières cohortes,et crient toutes ensemble qu’il leur faut du pain , qu’elles veulent parler aux membresde la commune.
Il n’était que sept heures du matin. La garde à cheval était, en petit nombre, rangéeaux barrières de l’hôtel-de-ville. Quatre ou cinq cents femmes l’attaquent , et lapoussent jusqu’à la rue du Mouton. Elles reviennent assaillir les portes. Elles trouventsur le perron un bataillon quarré de gardes nationales , qui leur présente la baïonnette.Elles font pleuvoir sur lui une grêle de pierres. Devait-il lâchement faire feu sur desfemmes , sur des infortunées , que la faim réduisait au désespoir ? Il cède, il leur ouvrele passage : elles s’y précipitent en foule. Alors , comme dans toutes les émeutes, onput distinguer , de celles qui, sincères dans leurs emportemens , ne cédaient en effetqu’à l’aiguillon impérieux du besoin, celles qui , mêlées dans ces vagues populaires,ne feignaient d’en partager l’agitation que pour les soulever davantage. Tandis que laplupart, furieuses comme des bacchantes , demandaient avec d’horribles imprécationsdu pain et des armes ; quelques-unes , qu’aux vêtemens, au maintien , au langage, onvoyait bien être salariées par une faction puissante , entraient dans les bureaux , causaientavec les commissaires , et , d’un air enjoué qui n’annonçait rien moins que la souffranceou la colère , intercédaient auprès d’eux pour les plus malheureuses de ces femmes ,dont elles paraissaient plutôt les protectrices que les compagnes.
Cependant ces terribles amazones remplissaient l’hôtel-de-ville de leurs bruyantesclameurs. Les papiers , les dépôts, le magasin d’armes , tout est mis au pillage. Aidéesd’une foule d’hommes armés de fer, de haches, et de piques, qui les ont suivies et quienfoncent devant elles les portes qui ne s’ouvrent pas , elles pénètrent partout , pillentles faisceaux d’armes , et sortent triomphantes , brandissant des sabres , des fusils , despistolets , suivies de deux pièces de canon dont leurs redoutables chevaliers se sontrendus maîtres. Descendues sur la place , elles arrêtent des voitures , parviennent ày placer leurs canons , à les assujétir avec des cables. Les unes montent dessus et yrestent fièrement assises , tenant en main la mèche menaçante 5 les autres , moinsambitieuses , conduisent les chevaux, et leur font faire place. Marcher à Versailles ,demander du pain à l’assemblée nationale et au roi, se faire rendre compte de toutce qui a été fait et décrété jusqu’à ce jour, tels sont les exploits que se propose cettearmée. Stanislas Maillard , l’un des héros du 14 juillet, est le général qu’elle choisit;les Champs-Elysées sont le rendez-vous que ses femmes se donnent. Les unes s’y rendentdirectement, les autres y arrivent par detachemens après avoir parcouru la ville enfaisant de nouvelles recrues. Toutes , réunies au nombre d’environ sept à huit mille»se mettent à la fin en marche , accompagnées d’une troupe d’hommes bizarrement armés ,précédées de huit ou dix tambours , et suivies, pour arrière-garde , d’une compagniedes vainqueurs de la Bastille.
C’est dans cet ordre tumultueux qu’elles s’avancent , qu’elles traversent Chaillot,Rassi, Auteuil , arrêtant et retenant à leur suite tous les couriers qui auraient pu lesannoncer 5 furieuses , mais contenues par les ordres du chef qu’elles se sont donné ,et qui n’eut pas peu de peine à sauver du pillage les riches villages qu’il traversait à